‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 40 sur 92 · Archives de la Nouvelle-Ecosse, p · texte numérisé non relu

Archives de la Nouvelle-Ecosse, p

2. These land rufflans, turned pirates, have had the hardiness to fit out shallops to cruise on our coast, and sixteen or seventeen vessels, some of them very valuable, have already fallen into their hands. Archives de la Nouvelle-Ecosse. Lettre de Lawrence aux Lords du Commerce, p. 308.

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Après la chute de Québec (1759), les Acadiens avaient cru qu'ils seraient traités comme les Canadiens, qu'ils auraient part aux conditions faites à ceux de ces derniers qui avaient accepté le nouveau régime. Ils y avaient d'autant plus de droit, qu'ils avaient plus souffert.

Au mois de novembre 1759, environ deux cents d’entre eux, accompagnés de leurs missionnaires les PP. Cocquart et Grermain, descendirent des bois au fort Frédéric sur la rivière Saint-Jean. Ils présentèrent au commandant, le colonel Arbuthnot, une lettre attestant qu’ils avaient prêté serment d’allégeance, à Québec, devant le juge Cramahé, et un permis d'aller reprendre leurs terres, signé par Monckton. Ce dernier était le même qui commandait à Beauséjour en 1755, et qui avait déshonoré ses épaulettes d'officier en exécutant les ordres de bannissement des Acadiens. Etait-ce le souvenir des scènes navrantes qu'il avait provoquées, et le remords de sa conduite inhumaine qui l'avaient fait consentir à cet acte de justice? Essayait-il de réparer une partie des malheurs qu'il avait causés, et cet acte fut-il suivi d’autres semblables ? On

aime à le supposer. Quoi qu'il en soit, sa conduite en cette circonstance contraste étrangement avec celle de Lawrence. À peine celui-ci eut-il reçu les informations d’Arbuthnot, qu’il répondit par un refus insultant. Ne pouvant contester l’authenticité des lettres de Monckton et de Cramahé, il prétendit que les Acadiens n'avaient pu les obtenir que par fraude, et il décida avec son conseil, instrument toujours docile entre ses mains, qu'ils seraient regardés comme des prisonniers de guerre et transportés au plus tôt en Angleterre. Il eut le soin de tenir cette résolution secrète, afin de les garder autour du fort, et de les avoir sous la main à l’arrivée des navires qui devaient les transporter. Cette précaution était presque superflue, car les Acadiens, ayant épuisé leurs dernières ressources, n'étaient plus en état de retourner dans les forêts où ils seraient bientôt morts de faim.

Vers le même temps, un égal nombre de fugitifs des environs de Peticoudiac et de Memramcook, pressés aussi par la famine, vinrent faire leur soumission au colonel Frye, commandant du fort Cumberland (Beauséjour). Ils furent suivis peu après de plus de sept cents autres retirés à Richibouctou, Bouctouche et Miramichi. Frye eut l’humanité de leur fournir quelques provisions, sans

lesquelles un tiers d’entre eux seraient morts de faim dans le cours de l'hiver. Mais il n’obtint cette autorisation de la part de Lawrence, que parce que celui-ci y voyait un moyen de les rassembler, de s'emparer d'eux comme prisonniers, selon qu'il avait été décidé dans son conseil, et de les déporter en Angleterre, à l'exemple de ceux de la rivière Saint-Jean. Il exigea des otages, comme garanties de la présence, au printemps suivant, de tout ce qui restait dans cette région d’Acadiens dont le chiffre s'élevait à douze cents âmes.

Un arrêt du même genre, édicté l’année suivante à Halifax, engloba dans la même proscription un autre groupe de sept cents réfugiés au fond de la Baie des Chaleurs, principalement à Ristigouche. Dès l’ouverture du printemps de 1760, des centaines de ces malheureux, proscrits pour la deuxième lois, furent dirigés les uns par terre, les autres par mer, sur Halifax, où les casernes de la ville leur furent assignées pour prison ; d’autres furent condamnés par Lawrence à réparer les digues, rompues presque partout par suite de l'abandon où elles avaient été laissées. Ainsi les maîtres de ces domaines, naguère si fortunés, se voyaient maintenant réduits à l’état d'ilotes sur ces mêmes domaines, qu'ils étaient forcés de rouvrir de leurs

propres mains à la culture, au profit d'étrangers, avant de repartir pour l’exil.

Ce fut le dernier acte de persécution de Lawrence. La mesure de ses iniquités était comble. Il mourut peu après de la mort des persécuteurs, frappé dans la force de l’âge par un mal foudroyant, au sortir d’un bal public, donné, paraît-il,en réjouissance de la capitulation de Montréal.

Le révérend Hugh Graham, ministre protestant d'Halifax, écrivait, en parlant des soldats américains, notés d'infamie pour leurs cruautés contre

les Acadiens : “ On a observé que ces soidats, presque tous sans exception, terminèrent leurs jours misérablement.”

Telle fut aussi la fin de Lawrence. Ces châtiments ne rappellent-ils pas ce que racont : Lactance, en parlant de la mort des persécuteurs ?

Les deux principaux persécuteurs des Acadiens, avant Lawrence, étaient morts comme lui misérablement : Armstrong se suicida dans un moment d’aliénation mentale (1739); on le trouva mort percé de cinq coups de sabre qu'il s'était donnés lui-même ; Mascarène finit ses jours dans la disgrâce et l'abandon (1760).

Le nouveau gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, Jonathan Belcher, ne valait guère mieux que son prédécesseur. Président de son conseil, il avait souscrit servilement à tous ses actes arbitraires, et il eut d'autant plus à cœur de marcher sur ses traces et d'achever son œuvre, qu'il y était poussé par la part de responsabilité qu’il avait prise à la spoliation et au bannissement de tout un peuple, et surtout par le besoin d’en effacer tout vestige. Pour lui, en effet, de même que pour Lawrence,, chaque apparition d’Acadiens, revenant de l'exil, était une vision menaçante, comme le spectre de Banco. Il en était chaque jour obsédé, car de nouvelles bandes d’Acadiens affluaient, de toutes parts, vers leurs anciennes propriétés, ne pouvant se persuader qu'ils les avaient perdues pour toujours: d'autant plus que des permis d'occupation avaient été récemment donnés, comme ceux de Monkcton ; qu'au surplus un grand nombre de déportés n'avaient consenti à se rendre et à s'embarquer, en 1755, qu'après avoir reçu l’assurance qu’i's seraient réinstallés dans leurs biens après la guerre, ! et

1. ‘‘ Il n’est point de trahisons dont l'Anglais ne se soit servi contre l'habitant pour l'emmener. . .. On n’enlevait, disait-on, des

qu'enfin le commandant général Amherst, jugeant de la situation plus froidement que les autorités de la Nouvelle-Ecosse, ne mettait pas d'opposition au retour des exilés. !

Il en résultait des «onflits avec les nouveaux occupants, qui ne cessui:ut d'adresser des demandes de protection au gouverneur. 11 eût 6t6 assez facile à celui-ci de concilier les uns et les autres, en offrant aux Acadiens des terres dans quelque région inoccupée de la Province, comme le fit, un peu plus : tard, le lieutenant-gouverneur Franklin, second successeur de Belcher. Les Acadiens, qui, depuis six ans, n'avaient pas eu où reposer la tête, et qui soupiraient plus que jamais après la tranquillité, se seraient bientôt résignés à prendre ce parti ; ils en donnèrent des preuves, du moment qu'on leur en fit la proposition ; mais ce temps était encore éloigné.

La législature de la Nouvelle -Ecosse se montrait aussi intolérante que le gouverneur Belcher. Elle lui adressa une pétition, dans laquelle elle lui demandait de bannir une seconde fois les Acadiens.

familles que pour les empêcher de porter les armes pour les Français.. La paix ramènerait un chacun sur son ancienne habitation. ” Lettre de l'abbé Le Guerne à M. Prévost, 1756.

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