Archives de la Nouvelle-Ecosse, pp
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que ne l'avaient été les colons américains, lors de la première expulsion. La Nouvelle-Ecosse se trouvait ainsi chargée d’un fardeau qu'elle s'était mis elle-même sur les épaules, et dont elle ne savait plus comment se Aéfaire. Le trésor public se trouvait, en outre, obéré par les dépenses qu'entrainaient l'entretien et la nourriture de cette multitude de prisonniers, dont le nombre était tel, seulement à Halifax, qu'il fallait tenir, à tour de rôle, le quart de la population de cette ville sous les armes pour les garder. Les citoyens, fatigués de cette servitude, demandaient à grands cris d’en être délivrés. On avait cherché à soulager le trésor public en mettant à gages chez les particuliers une partie des détenus ; un bon nombre d’autres étaient employés à l'ouverture des chemins et à la réparation des digues.
Belcher ne pouvait s'empêcher de reconnaitre la supériorité des Aradiens dans ce dernier genre d'ouvrage. Au cours d’une lettre qu'il écrivait au secrétaire d'Amherst, M. Forster, pour demander l'autorisation de les forcer à ce travail, il disait : “ Il me paraît de la dernière importance que les colons soient assistés par les Acadiens pour réparer les digues,d’autant plus que la subsistance de ces colons dépend de l'avancement de cet onvrage pour lequel
les Acadiens sont les plus habiles du pays. Cette puissante raison, jointe à la considération du grand service rendu à ces établissements au moyen des Acadiens, me presse de Yous renouveler la demande de m'envoyer des ordres, afin qu’il n’y ait aucun retard dans le progrès de ces établissements, J'espère que j'éprouverai d'autant moins de diffculté à obtenir cette autorisation, que le secrétaire des affaires militaires m'a assuré récemment de votre part, que /es Acadiens devront étre préls à recevoir mes ordres, A UNE DEMI-HEURE D'AVIS.” |
Après la lecture de cette lettre, on comprend pourquoi les Acadiens goûtaient peu les douceurs de ce régime, qui. à une demi-heure d'avis, les faisait esclaves d'étrangers incapables d'exploiter les terres sur lesquelles eux-mêmes avaient vécu richement de père en fils. On comprend aussi de quelle source de richesses eussent été ces mêmes Acadiens pour la Nouvelle-Ecosse, si on leur avait seulement donné un coin de terre à cultiver paisiblement. La conduite de Belcher et de son gouvernement était d'autant plus condamnable que, dès le 22 mars de la même année 1761, le général
1. Archives de la Nouvelle-Ecosse, Lettre de Belcher au colonel Forster, p. 319. *
AU PAYS L'ÉVANGÉLINE 235 Ambherst conseillait fortement les mesures de conciliation à l'égard des Acadiens, ‘“ Je n'ai rien plus à cœur, écrivait-il au gouverneur, que l'intérêt et la sécurité de la province de la Nourvelle- Ecosse; mais, dans les circonstances où se trouve cette riche et florissante province, je ne vois pas qu'elle puisse avoir rien à craindre ou à redouter de la part des Acadiens, mais qu’au contraire on pourra retirer de grands avantages en les occupant convenablement. Je dois avouer que j'incline à les laisser s'établir dans la province sous une législation convenable.” 1
Au lieu de suivre ces sages conseils dictés par l'humanité, Belcher faisait armer deux vaisseaux pour aller chercher ceux qui s'étaient réfugiés dans le golfe et jusqu'au fond de la Baie des Chaleurs, où ils vivaient de chasse et de pêche ; sept cent quatre-vingt-sept individus, hommes, femmes et enfants furent capturés. Sur ce nombre, trois cent trente-cinq furent mis à bord des vaisseaux; le reste, faute de moyens de transport, dut être relâché, sur promesse de venir se rendre, quand l’ordre lui en serait signifié.