‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 44 sur 92 · Archives de la Nouvelle-Écosse, p · texte numérisé non relu

Archives de la Nouvelle-Écosse, p

La plupart des Acadiens avaient fini par prendre en horreur le séjour de l'Acadie. Eux qui avaient tant désiré d’y rentrer, n’aspiraient plus maintenant qu’à en sortir. Lorsque à la suite du traité de Paris (1763), ils apprirent que leurs compatriotes, détenus en Angleterre, avaient obtenu la liberté de rentrer en France, grâce aux soins du duc de Nivernais et de l’abbé Leloutre, ils éonçurent l'espoir d'aller les y rejoindre et firent des démarches en conséquence. Ils avaient été déclarés prisonniers de guerre comme eux, il n'était que juste qu'ils fussent mis sur le même pied. Il semble d’ailleurs qu'on aurait dû saisir avec empressement cette occasion de s’en débarrasser, puisqu'on ne voulait pas les souffrir dans la Nouvelle-Ecosse; mais, chose presque incroyable, sur le simple soupçon, d’ailleurs non fondé, que le secrétaire du duc de Nivernais, M. de la Rochette, s'était occupé de leur rapatriement, le gouvernement anglais en prit ombrage et adressa d’énergiques protestations à la cour de France. Lord Halifax, président du Bureau de Commerce, écrivit enÿmême temps au gouverneur Wilmot, successeur de Belcher, de veiller de plus près sur les Acadiens, afin d'arrêter toute tenta-

tive d'évasion. Le recensement des différents groupes de cette population, avec leurs lieux de résidence, dressé à cette occasion, indique que Wilmot, dont la politique ne différait pas de celle de ses prédécesseurs, avait suivi ponctuellement les ordres du noble Lord. !

Ce dernier acte de tyrannie acheva d’exaspérer les Acadiens. Ils se soulevèrent avec indignation, dressèrent des réclamations, déclarant qu'ils ne prêteraient jamais serment d’allégeance, qu'ils étaient et qu'ils voulaient rester français et catholiques, qu'ils étaient prêts à tout souffrir pour cela et qu'ils en avaient donné des preuves.

Pour bien comprendre toute la portée de ces réclamations, il faut se rappeler que le principal motif de la déportation des Acadiens, en 1755, avait été un motif religieux: je veux dire l'accusation de papisles rccusants, portée contre eux parce qu'ils avaient refusé de prêter serment. Or, le gou-

Familles. Individus.

1. A Halifax et'aux environs.....,...,.. 232 1,056 Comté de King, fort Edouard. ,..,.,. ....... 77 297 ANDODOURS 1 En Povemiet Vel n era tle 23 91 Fort Cumberland.............,....,,..,.. 73 388

Il y avait en outre dans l’île Saint-Jean (Prince-Edouard) 300 autres familles acadiennes.

verneur Wilmot exigeait d'eux maintenant le serment d’allégeance sous une nouvelle formule qu'ils croyaient contraire à la foi catholique. !

Ceux qui se décidèrent ensuite à prêter ce serment, le firent avec de grandes craintes et ne se tranquillisèrent qu'après avoir consulté M. Bailly, missionnaire canadien, que leur envoya, en 1767, l'évêque de Québec. |

En terminant leur requête, les Acadiens avaient demandé au'on leur fournît les moyens de passer aux Antilles, où ils savaient rencontrer de leurs

compatriotes, partis de la Géorgie et de la Caroline du Sud.

Sur un refus de Wilmot, ils préparèrent secrètement une expédition et partirent, au nombre d’environ six cents, dans l’automne de 1764. Le gouver- . neur ferma les yeux sur les préparatifs de cette expédition, ou du moins n’y mit guère d'obstacles, car ce départ était tout ce qu'il désirait. Il écrivait à Londres, vers cette même date, qu'on ne pouvait choisir de lieu plus favorable que les Antilles, pour les y envoyer. Le motif qu'il en donneest à noter: c'est que plus ils seront loin, mieux ce sera pour la

1. (The Council) drew up the form of such an oath in terms least liable to an equivocal sense. Wilmot to Halifax, p. 340.

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sûreté de la Nouvelle-Ecosse, et que le climat des Antilles est mortel ponr les hommes du Nord ; qu'un grand nombre d’Acadiens, qui avaient voulu s’y établir, y étaient morts des fièvres, et que les fièvres viendraient bien vite à bout de ceux-ci. !

Peu de temps avant ce départ, une autre bande de cent cinquante personnes des environs de Canseau, s'était soustraite à la vigilance des magistrats et avait fait voile pour Saint-Pierre et Miquelon. C’est aussi vers c'tte date que dut avoir lieu le départ des réfugiés acadiens de l’île du Prince- Edouard, dont la destinée, à partir de ce jour, est restée enveloppée de mystère. La plupart se composaient de la population de Cobequid, qui, en 1755, avaient abandonné leur village pour éviter la déportation. S'il faut en croire le récit d’un certain

Eedure The further they are distant, the greater our safety ......

A ÉNUSS Great numbers of them have lately died at cape Français (West Indies)......

RE Ta As that climate is mortal to the natives of the Northern countries, the French will not be likely to gain any considerable advantage from them. Letters from Wilmot to Lord Halifax, pp. 345, 349, 351.

Wilmot réitéra par trois fois la demande de déporter les Acadiens aux Antilles. Archives de la Nourvelle-Ecosse, p. 346,

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capitaine Pile, commandant du navire l’Achille, vers la fin du siècle dernier, ils périrent presque tous en mer dans les circonstances les plus lamentables.

‘“ Le capitaine Nichols, dit-il, commandant un transport venaut d'Yarmouth, fut employé par le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse, pour enlever de l'ile Saint-Jean, trois cents Acadiens avec leurs familles. Avant de mettre à la voile, il représenta à l'agent du gouvernement, qu'il était impossible que son navire, dans l'état où il était, püt arriver sans danger en France, surtout à l'époque avancée de la saison où l'on se trouvait. Malgré ses représentations, il fut forcé de les recexoir à son bord, etd'entreprendrele voyage. Arrivé à une centaine de lieues des côtes de l'Angleterre, le navire faisait eau à tel point, que malgré tous les efforts de l'équipage, il était devenu impossible de l’empécher de sombrer. Quelques minutes avant qu'il s'enfonçât, le capitaine fit venir le missionnaire qui se trouvait à bord, et lui dit que le seul moyen de sauver la vie d’un petit nombre, était de faire consentir les passagers, à laisser le capitaine et les matelots s'emparer des chaloupes. Le missionnaire fit une exhortation aux Acadiens, leur donna

l’absolution et les amena à se soumettre à leur

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malheureux sort. Un seul Français s'embarqua dans une des chaloupes, mais sa femme, lui ayant reproché qu'il l’abandonnait avec ses enfants, il revint à bord. Peu d'instants après, le navire s’'engloutit avec tous ses passagers. Les chaloupes, après avoir couru mille dangers, arrivèrent dans un port situé à l’ouest de l'Angleterre.” !

En terminant son récit, le capitaine anglais a cru lui donner du piquant en faisant jouer un rôle ridicule au missionnaire, et en disant qu'il avait lâächement abandonné ses compagnons d’infortune. Malheureusement pour le narrateur, ce détail n’a pas de vraisemblance. Quant au fait en lui-même, il paraît confirmé par une lettre de Brook Watson, déjà citée, où il est dit que treize cewts Acadiens périrent vers ce temps, les uns, dans un naufrage, les autres, de la variole à Southampton, et dans les ports voisins où ils avaient été débarqués.

En parlant de ces désastres, Watson fait une réflexion mélancolique qui fait voir en même temps l'esprit juste et droit de cet homme de bien: ‘“ Ce peuple infortuné, dit-il, livré par la France sans son consentement, fut à cause de son attachement

1. Collection de la Société Historique de la Nouvelle-Ecosse. Vol, II, p. 148,

à des principes que tout noble esprit regarde comme digne de louanges, arraché de son pays natal, chassé par la nation qui réclamait son obéissance, et rejeté par celle dont il descendait et dont il suivait la religion, les coutumes et les lois, avec le plus profond attachement.” 1

Vers le temps que le navire du capitaine Nichols périt en mer, et dans les mèines parages où il fut englouti, cinglait un autre navire chargé, lui aussi, d'Acadiens de l'ile Saint-Jean. Ceux-ci n'avaient pas attendu les dernières persécutions pour fuir de leur pays ; ils en étaient partis dès l'automne de 1758, au nombre de cent soixante-dix-neuf. Surpris par une tempête en arrivant sur les côtes de France, ils avaient trouvé un refuge dans le port de Boulogne-sur-Mer (26 décembre), où le gouvernement s'était occupé de leur subsistance et de leur établissement, soit dans les provinces, soit dans les colonies. ? Ils étaient repartis de Boulogne le 22 novembre 1764, et avaient peut-être croisé, sans être aperçus, le malheureux vaisseau où tant des leurs allaient disparaître. Ce groupe d’Acadiens était en route pour la Guyane française, où il s'établit,

1. Collection de la Société Historique de la Nouvelle-Icosse, Vol. II, p. 132.

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