‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 62 sur 92 · ITI · texte numérisé non relu

ITI

À notre départ de Saint-Jean, une chaloupe de pilotes s'était amarrée derrière le steamer et dansait dans le sillage. Les passagers s’expliquèrent cette manœuvre au sortir du havre, en voyant la course que prenaient d’autres chaloupes pour arriver les premières à un gros navire qui cinglait à toutes voiles vers Saint-Jean. Plus habiles qu’elles, celle-ci se détacha de nous vis-à-vis le navire et gagna sans peine le pilotage convoité.

Après une soirée calme, étoilée, attiédie par la brise de juillet, sur une mer d’émeraude, veloutée par les rayons de la pleine lune, le voisinage de la Nouvelle-Ecosse s'annonce par une barre de brume à fleur d’eau, qui bientôt nous envahit et se condense en gouttelettes sur les cordages. Cette brume

est si basse et si diaphane, qu’elle n’intercepte pas la clarté des étoiles; mais elle ferme l'horizon et oblige de raientir la marche du vapeur dont le sifflet retentit de minute en minute. Cette côte est la région des brouillards, ils y règnent presque en permanence.

.... The shores of the mournful and misty Atlantic. 1

C'est aussi la région des naufrages. Le marin qui brave la tempête, redoute le brouillard, car il fait de lui l’aveugle qui tâtonne le long du chemin.

2 juillet. —Au lever du soleil, la brume se dissipe et découvre l’île aux Eglantiers (Brier Island), à l'entrée de la baie Sainte-Marie, puis le Cap Fourchu dont la pointe se bifurque, avant de donner accès au havre d'Yarmouth. À mesure qu'on en remonte le chenal tortueux, étroit, assez difficile, les deux bras de la baïe s’allongent derrière nous en chaînes de roches couronnées d’arbustes et de plateaux cultivés. La petite ville d’Yarmouth, qui s’arrondit au fond de l’anse, n’a de remarquable que son commerce de cabotage, l’un des plus considérables du monde, eu égard à sa population.

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