CHAPITRE DIXIÈME
Les Acadiens dans le Massachusetts. — Cruautés des Puritains. — Dislocation des familles. — Les proscrils au Maryland. — Étienne Hébert. — Les Acadiens au Canada. — L'aumônier du général de Rochambeau.
Lorsque, pendant l'hiver de 1736, Lawrence se promenait, dans les rues d'Halifax, avec les chevaux qu'il avait fait voler aux Acadiens pour son propre usage, il était loin de soupconner les embarras que lui préparaient plusieurs des colonies anglaises, en favorisant le retour de ceux-là mêmes qu'il avait mis tant d’acharnement à chasser de leurs foyers!. Aussi fut-il plongé dans d’étranges perplexités, quand il apprit, au cours de l'été suivant, que des centaines d’entre eux longeaient les côtes de l'Atlantique, avec la résolution bien arrêtée de venir reprendre leurs terres. Cela mettait en question sou .dée Lx AE rar
! Lawrence avait conçu de ‘elles craintes d'être blämé par l'Angleterre qu'il crut prudent de s’abriter derrière la législature de la Nouvelle-Ecosse, Il se fit, en conséquence, présenter, pendant la session de 1759, une adresse approuvant l'initiative qu’il avait prise a pire les Acadiens, Public Recorl Office, Nova Scotia, vol, XVII,
d'effacement complet de la race française dans la péninsule. Il se répandit en reproches et en plaintes amères, adressa même une circulaire aux différents gouverneurs. « Je conjure Votre Excellence, y disait-il, d'employer tous les moyens possibles pour empêcher l'accomplis:ement d'une si pernicieuse entreprise, en détruisant toutes les embarcations que ceux (des Acadiens) qui sont dans votre colonie peuvent avoir préparées, et de retenir tous ceux d’entre eux qui essayeront de passer dans aucune partie de votre gouvernement, en route pour ici, soit par terre, soit par eau!. »
C'est à la suite de cette circulaire qu'eurent lieu, dans les Etats du Nord, les redoublements de rigueur et les emprisonnements dont j'ai déià parlé.
Le Massachusetts, qui avait pris la part la plus active à la déportati n des Acadiens, fut aussi, de toutes les provinces, celle qui en reçut le plus grand nombre. Lawrence avait calculé, non sans raison, qu'il aurait moins de difficultés à les y faire accepter, que dans les provinces moins directement intéressées à leur dispersion ; la plupart avaient été faits prisonniers par des troupes et des officiers bostonnais., C'était à une compagnie de Boston que Lawrence avait confié le soin de lui expédier les transports dont il avait besoin. L'agence Apthorp et Hancock avait loué pour cet usage, aux plus bas prix possibles, tout ce qu’elle avait pu rassembler de voiliers, vieilles goélettes, etc., à raison d'un charge: ment de deux individus par tonneau, sans plus d’égards pour la santé, la vie même de: passagers, que s’il se füt agi de transporter des be:tiaux. Ces conditions de chargement avaient été même outrepassées par les capitaines de navires, qui y trouvaient leur intérêt. Il en était résulté ce que le colonel Winslow lui-même avait prévu,
1 Archives de la Nouvelle-Ecosse, p. 303.
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lors de l'embarquement, quand il remarquait, dans son journal, que ces navires étaient effroyablement chargés !.
A peine avaient-ils pris la mer, que la maladie s'était déclarée parmi cet entassement d'hommes, de femmes et d'enfants, au nombre desquels il y avait des malades et des vieillards décrépits, tous confinés péle-mêle à fond de cale dans un air empesté, car l'équipage ne permettait de monter sur le pont qu’à un petit nombre à la fois, par crainte d’une révolte. Quand on songe qu? ce voyage, en y comprenant le sé, our forcé sur les navires, à leur arrivée dans les ports, dura jusqu’à deux mois et quelquefois plus, on imagine ce que durent être ies souffrances et la mortalité. On aurait presque pu suivre les navires à la trace des cadavres qui furent jetés à la mer le long de la route. Les autorités du Massachusetts refusèrent d’abord, comme celles de la Pensylvanie, de laisser débarquer les Acadiens, que leur seul titre de catholiques faisait rearder comme les pires ennemis de la société. Ajoutez à cela qu'ils étaient Français, c'est-à-dire d'une nation considérée par les lois du Massachusetts comme dangerouse au salut public®?, enfin qu'ils étaient des rebelles
1 { put in more than two to a tun and the people greatly crowded, Journal de Winslow, p. 179.
? La loi du Massachusetts à laquelle il est fuit ici allusion est datée du 12 àécembre 1695, et se lit comme suit : « Il est statué, en vue de la sàreté publique, qu'aucun individu de la nation française ne pourra exister ou résider dans aucun port de mer, ou dans aucune ville frontière de cette province, excepté ceux qui y seront autorisés par le gouverneur et le conseil, »
A l’arrivée des troupes françuises, venues pour aider les Yonkees à secouer le joug de l'Angleterre, les puritains de Boston imitèrentils ceux de Rhode-Island, qui s’assemblèrent en toute hâte pour répudier la loi qui défendait, sous peine de mort, à tout catholique l'entrée de leur province? On ne peut s'empêcher de sourire à Ja pensée de la figure que devaient faire ces Yankees, en recevant les Français, dont ils venaient de décréter, le jour même, l’entrée libre dans leur pays. Quelques semaines après, les Eders de Boston sui-
et des traitres : peu importait alors l’état affreux où ils étaient réduits.
Disons cependant, pour l'honneur de l'humanité, qu'il se rencontra de nobles exceptions qui font du bien à citer. Un des citoyens les plus marquants de Boston, plus tard gouverneur du Massachusetts, M. Hutchinson, ne put voir, sans étre révolté, une pauvre femme expi- ‘ant dans un coin obscur et infect, entourée de trois petits enfants qui imploraient en vain son assistance. Malgré les défenses formelles de ne laisser descendre à terre aucun captif, il la fit enlever avec ses trois enfants et transpcrter dans une maison où elle reçut les soins les plus délicats. Malheureusement il était trop tard, les secousses morales et jhysiques qu'elle avait endurée: l'avaient épuisée. Ses dernières paroles furent une action de grâces envers son bienfaiteur, à qui elle confia le sort de ses trois orphelins.
Avant de permettre le débarquement des Acadiens, le vouvernement du Massachusetts voulut s'assurer que les frais de leur installation ne seraient pas à la charge de ia province. Enfin, après plusieurs jours de retard, ils furent logés dans des baraques temporaires, érigées sur la place publique, en attendant qu'ils fussent distribués dans les comtés. Ils firent quelques tentatives pour être traités en prisonniers de guerre, mais durent bientôt se résigner à travailler pour vivre. Il fallait pour cela se mettre au service d'une population plus hostile encore, s’il était possible, qne celle de la Pensylvanie. On ne saura jamais
vaient le crucifix, porté en procession dans les rues de la ville. Ils en avaient bien quelques remords, mais ces Français étaient si utiles! C'étaient ces mêmes puritains qui s'étaient préparés à brûler le pape en effigie, lorsqu'ils en avaient été empêchés per Washington, et qui n'avaient cessé de demander à grands cris l’expuision du seul missionnaire, accordé aux Acadiens de la Nouvelle-Evosse, en disant que « l'établissement d'un prêtre y était la honte du présent règne ». Lettre de l'abbé Bailly, 28 avril 1771.
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tout ce que ces pauvres déshérités eurent à souflrir d'indignités et de barbarie. En certains endroits, on calcula même sur le fanatisme pour commettre les plus criantes injustices, convaincus que l'opini n publique donnerait le tort aux victimes.
Deux jeunes gens furent cruellement battus parce qu'ils réclamaient quinze jours de salaire qui leur était dù ; l'un d'eux fut maltraité au point qu'un œil lui était sorti de la tête.
Quel pays ! quelles mœurs ! se dit-on involontairement à la vue de teis faits. Ne se croirait-on pas en Chine ?
Un père et une mère furent également battus pour s'être plaints qu'un de leurs enfants, trainé Ge force sur un navire, était accablé de coups par le capitaine. L'’étendue de ces désordres finit par attirer l'attention du parlement, et les lois passées pour y mettre un terme en sont la preuve irrécusable.
Une nombreuse famille, transportée à Wilmington au milieu de l'hiver, avait été placée dans une maison en ruine où il n'y avait ni portes ni fenêtres. La mère, malade, était obligée de faire transporter son lit, selon que le vent et la pluie venaient d'un côté ou de l’autre. Ils n'avaient ni bois de chauffage, ni voiture pour en transporter, et il leur était défendu d'aller en chercher dans la forèt.
On leur avait fourni un peu de provisions, en leur disant de chercher à gagner le reste, Le rari s'étant plaint que le plancher était inondé d’eau et que tout y flottait, on lui répondit en ricanant de se bâtir un canot, et qu'il pourrait naviguer dans sa maison.
On doit dire en revanche que, si les Acadiens manquaient de logement, de nourriture et de vêtements, ils ne manquaient pas de remèdes, à en juger par certains comptes présentés au gouvernement du Massachusetts. Un docteur Trowbridge, de Marshfeld, qui avait visité
neuf Français neutres, leur avait distribué huit vésicatoires, neuf vomitifs et cent vingt et une médecines.
Comme il n'y avait aucun méfait dont on ne crût les prisonniers capables, ils étaient sujets à une surveillance continuelle ; tout crime commis, dont on ne connaissait pas les auteurs, leur était imputé. Un village des bords de la mer demanda par une requête, qu'on reléguât dans l'intérieur ceux qu'on leur avait imposés, donnant pour raison que ceux-ci pouvaient faire sauter la poudrière du lieu,
Défense était faite à tout Acadien d'aller d'un village à l’autre, sans passeport, et quiconque était surpris contrevenant à ce règlement était condamné à cinq jours de prison ou à dix coups de fouet, et quelquefois aux deux châtiments à la fois, Cette tyrannie, aussi inutile que barbare, empéchait les familles, dont les membres étaient séparés, de se rejoindre et même de savoir ce qu'ils étaient devenus. On trouve encore aujourd’hui des traces de leurs anxiétés, dans les pétitions et les avis qu'ils faisaient circuler ou publier pour obtenir des renseignements !, De toutes leurs peines, celle-là était, on le conçoit, la plus sensible, et celle dont ils se plaignaient le plus amèrement,
Il n’y a pas a douter, malgré ce qu'ont prétendu des écrivains américains, que le nombre des familles aïnsi disloquées ait été considérable. Qu'on se rappelle seulement le témoignage déjà cité de l'abbé Le Guerne, qui affirme que, lors de la dispersion de 1755, il y eut, dans la seule mission de Petitcoudiac et des environs, pas moins de soixante mères de famille, séparées de leurs maris, À ce témoignage on peut ajouter celui de Hutchinson ? : « En plusieurs circonstances, dit-il, des
1 Acadia, a lost chapter in American History, by Philip H. Smith, p. 244, 2 History of Massachusetts Bay, vol. II, p. 40.
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AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 201 maris, qui s'étaient trouvés absents lors de la capture de leurs familles, furent embarqués sur des navires, en destination de certaines colonies anglaises, tandis que leurs femmes et leurs enfants furent mis sur d’autres navires, destinés à des colonies très éloignées de la première... Cinq ou six familles furent amenées à Boston, les femmes et les enfants seulement, sans leurs maris et leurs pères. Ceux-ci, à la suite d’avertissements sur les journaux, vinrent de Philadelphie à Boston, ayant ignoré entièrement dans l'intervalle ce qu'étaient devenues leurs familles, »
Dans la même ville de Boston, où avait été arrêtée une bande de fugitifs venue par eau des provinces du sud pour regagner la Nouvelle-Écosse, cinq maris, dont les femmes y étaient détenues, demandèrent qu'on leur permit de descendre à terre pour rejoindre leurs familles ; d’autres, qui y avaient aussi des parents, firent la même demande et l’obtinrent. Ce groupe fut ensuite distribué dans différentes villes.
« Il est trop évident, ajoute l'écrivain américain de qui nous empruntons ce dernier fait, que ce malheureux peuple eut beaucoup à souffrir de ia pauvreté et des mauvais traitements, même après qu'il eût été adopté par le Massachusetts. Les différentes pétitions, adressées au gouverneur Shirley, vers ce temps, sont à fendre le cœur. L'auteur a essayé d'en copier quelques-unes aux archives de la secrétairerie d'Etat, mais s’est trouvé tellement aveuglé par les larmes, qu'il a été obligé d'y renoncer. Voici les noms de quelques-uns des signataires : Dupuis, Bellivaux, Bourgeois, Amiraux, d'Entremont, Boudreau, Dugas, Breau, Gourdeaux, De Mathieu, Mius, Girouard, Gentil, Raymond, Benoit, Robichaud, Brun, Doucet, Clairmont, Charest. Ces signatures se trouvent au bas d’une pétition, adressée par huit cents personnes demandant de retourner au
UN PÉLERINAGE Canada, après la cession du pays à la Grande-Bretagne. La réponse du gouverneur Murray équivalait à un refus, car il exigeait que l'Etat du Massachusetts leur fournit des provisions pour une année après leur arrivée !. »
L'aieul de Mgr Prince, premier évèque de Saint- Hyacinthe, au Canada, fut débarqué seul à Boston, où une famille charitable le recut; il ne découvrit ses parents que bien des années plus tard,
Jean-Baptiste Bourgeois, séparé à Port-Royal de sa femme et de ses enfants, avait été débarqué à Philadelphie. Il écrivit de là dans les différentes colonies, fit faire des annonces dans les journaux, mais ne recut pas la moindre nouvelle de sa famille. Quoiqu'il ne sût pas un mot d'anglais, il alla de ville en ville, de village en village, depuis Philadelphie jusqu'à Boston, demandant, avec une naïveté un peu ridicule : « Avez-vous vu ma Julie? » Après sept ans d'infructueuses recherches, il passa au Canada et se rendit dans la colonie acadienne de Saint-Jacques de l'Achigan, Un matin, il vint frapper à la porte d’une des maisons de la paroisse, appartenant aux prêtres de Saint-Sulpice, et il fit son éternelle demande à une femme qui vint lui ouvrir : « Avez-vous vu ma Julie? » A cette question, la femme recule d'un air étonné, regarde attentivement l'étranger, palit et tombe sans connaissance ; c'était sa Julie.
Veut-on une preuve de plus de la barbarie avec laquelle les families furent disloquées? À Saint-Malo, où avait abordé une foule de proscrits, le nombre de parents séparés de leurs enfants était tel, qu'ils durent se concerter ensemble et adresser une requête au gouvernement français, afin d'obtenir d’être transportés de nouveau à Boston. Le motif qu'ils avaient de s'exposer ainsi à de nouvelles persécutions était « l'espérance de
1 Mrs Williams, 7e Neutral French, Introduction, p. 68 et suivantes,
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Au nombre VO ET TT de dix] nbre de ces fugitifs était un jeune homme âgé ix - Hs ans nommé Étienne Hébert, enlevé d Î paroisse de la Grand-Pré Lt PTS COYE HE D : nd-Prée, où il habitait le vallon du de ss . . dans la concession dite des Héberts. Ké ' } Ce & ‘ras a , Q é re ” Mio di tt nn qui avaient été jetés l'un, dans le Massachusetts, l’autre dans 1 | s le Maryland, et le troisié dans ut 3 Ra | and, et le troisième qe cn endroit, tandis que lui même, débarqué i adelphie L té mis . è l'armée “il 2 aa été mis au service d’un officier de a vi n eut Us de repos qu'il n’eût rejoint ses 'S , croyait rendus a ) es | s au Canada. Frustré äans ses béta dogt à Re stré dans ses or Hi RE ée, mais non découragé, il se fit ‘0nC s terres dans la seig n .
non bite Ja seigneurie de Bécancourt, et , monté sur des raquettes. Après bien
1 Archive S ( Se — Aa sc ts de M I ame ; à arts. Î ri 2 American Catholic Q 1 F , J ‘ uarterl: Re 0 ; ] ñle aith, | ul viciv , the Acadian Conf r f
des recherches, il eut la joie de les ramener tous les $ trois : l’un était à Worcester, l'autre à Baltimore et le ë troisième dans un village dont le nom a été oublié. Les C quatre frères s’établirent, voisins l’un de l’autre, à Saint- D « Grégoire, où ils ne tardèrent pas à prospérer. é Un jour, Etienne Hébert apprit qu’une de ses voisines D l: de la Grand-Prée, du nom de Josephte Babin, qu'il avait D 1 eu l'intention d'épouser, avait été emmenée à Quéhec, mn où elle vivait avec une de ses sœurs, sous la protection d'exilés comme elle. Malgré une longue séparation, elle di ne l'avait pas oublié et n’avait jamais perdu l'espérance ÆN DB: de le revoir. Ils se revirent en effet. Hébert, de son Ac côté, lui était resté fidèle. Ils pleurérent longtemps au de souvenir de la Grand-Prée, au souvenir de tant de pa BR ca rents et d'amis morts ou disparus. Peu de jours après, seI ils étaient unis pour ne plus se séparer. NO la Qu'on ouvre Æ£vangéline, et l'on verra que toute h EN 1
trame de ce poème est dans cet épisode, à la seule dif. BS ten férence qu'Evangéline ne retrouve Gabriel qu’à son li et de mort. de
Les quatre frères Hébert sont devenus la souche de nombreuses et honorables familles répandues au Canada, Huit ce ces familles occupent encore aujourd'hui le rang des Héberts, dans la paroisse de Saint-Grégoire !.
Un grand nombre d’Acadiens s'étaient donné rendez vous au Canada : ils y recurent un accueil fraternel maloré les temps de misère qu'on avait à traverser. De
1 Un des descendants d'Etienne Hébert s’est distingué, de n jours, par son admirable dévouement à la cause de la colonisation Le premier des établissements qu’il a fcndé porte, en souvenir d?
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rang parmi nos artistes canadiens. Il exécute actuellement, à Pari L
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son côté, le gouvernement fit de grands frais pour venir à leurs secours. L'abbé Le Guerne, ancien missionnaire des Acadiens, en rend un témoignage particulier dans une lettre à Mgr de Pontbriand. L'évêéque de Québec était l'écho des sympathies du peuple et du clergé, dans la réponse où il exprimait sa profonde affiction pour les infortunes des Acadiens : « Hélas! disait-il, que de misères à soufirir, malgré toute la dépense !. »
Il y eut malheureusement quelques Canadiens, indignes du sang français, des misérables de l’école de Bisot et de Vergor, qui profitèrent de la naïveté des Acadiens, pour exercer contre quelques-uns d’entre eux de honteuses extorsions ; mais ce ne furent là que des cas isolés, comme il s'en rencontre en tout pays, et qu'il serait souverainement injuste d’imputer à la masse de la population.
Les prêtres de Saint-Sulpice offrirent aux exilés des terres dans leurs seigneuries, leur fournirent des secours et même des animaux pour commencer le défrichement de leurs fermes. Ce fut l’origine de la paroïsse de Saint- Jacques de l’Achigan. D'autres groupes fondèrent celles de Saint-Grégoire et de l’'Acadie, ouvrirent une partie de Nicolet et d’Yamachiche, où l’une des concessions porte encore le nom d’Acadie. À Saint-Gervais et à Saint- Charles, près de Québec, les concessions peuplées par les exilés s'appellent encore aujourd'hui les Cadies,
1 Archives de l'archevéché de Québec. Lettre de Mgr de Pontbriand
| à l'abbé Le Guerne, 28 juillet 1756.
« En octobre 1756, deux bateaux, chargés de deux cents Acadiens, arrivèrent à Québec; ils furent distribués dans les paroisses de l'île d'Orléans; car il y en avait déjà quatre cents à Québec. On leur donna des rations. » Lettre de l'intendant Bigot au Ministre, 27 octobre 1756,
« 1l y a environ quinze ou seize cents Acadiens à Québec. Trois
É cents sont morts de la petite vérole, » Lettre de l'intendant Bigot,
15 fevrier 1758.
206 JN PÉLERINAGE Le successeur de Mgr de Pontbriand au sièsce de Québec, Mgr Briand, envoya un de ses prêtres dans les colonies anglaises, pour y recruter des familles acadiennes, auxquelles il assurait des établissements au Canada. Ce jeune prêtre était un des exilés, que l’évêque avait protégé et ordonné tout exprès pour cette œuvre de charité. L'abbé Breau ramena, en effet, un bon nombre de familles, qui recurent des terres, auprès de leurs compagnons d'exii, à Saint-Jacques de j'Achigan: l'abbé Breau lui-même devint leur premier curé. Il y a loin de cet exposé vrai de la situation des Acadiens, dans le Canada, aux assertions de certains historiens américains, qui, s'appuyant sur quelques faits isolés, en concluent qu'ici, leur condition était plus dure que celle de leurs compatriotes détenus dans les colonies anglaises '. Autant faudrait-il soutenir que le sort des prisonniers est plus enviable que celui de l’homme libre. Telle était cependant la différence entre les deux situations. Mais il y a une réfutation plus éclatante de ce ‘ophisme historique, dans le fait que pas un seul groupe acadien ne s'est implanté dans les colonies où ils ont été déportés, tandis qu'on vient de voir combien il s’en est formé au Canada.
Sur une ancienne vue de Baltimore, on distingue près du palais de justice, une maison bâtie, parait-il, dès l’année 1710, par un colon irlandais, Edward Fotterall. C'est dans cette maison inachevée et inoccupée, que plusieurs familles acadiennes s’établirent à leur arrivée dans le Maryland. Elles y apprirent bientôt qu’un missionnaire, le P, Ashton, résidait à quinze milles de Baltimore; et elles lui envoyèrent une députation pour le prier de leur accorder l'assistance de son ministère La
1 M. Parkman, Montcalm and Wolfe, vol. I, p. 282,
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