‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme]Chapitre 29 sur 58 · AL · texte numérisé non relu

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AU PAYS D'ÉVANGÉLINE 207 première messe dite à Baltimore, remarque à ce sujet M. Shea, eut lieu dans cette maison abandonnée, sur un autel improvisé, en présence d'uae poignée de proscrits acadiens et d'Irlandais catholiques.

L'abbé Robin, attaché comme aumônier à l’armée du comte de Rochambeau, a tracé un tableau touchant de la petite colonie acadienne, qu'il trouva dans le Maryland, en 1781. « La moitié de la ville de Baltimore, dit-il, est habitée d’Acadiens, que les Anglais arrachèrent inhumainement de leurs heureuses contrées, pour les laisser sans ressources dans ce nouveau pays. Leur quartier est le moins riche et le plus mal bâti. La tyrannie du gouvernement anglais les a empéchés de profiter de l'heureuse position de cette ville.

» [ls conservent entre eux la langue francaise, sont demeurés très attachés à tout ce qui tient à leur ancienne nation, surtout à leur culte, qu'ils suivent avec une rigidité digne des premiers âges du christianisme. La simplicité de leurs mœurs est un reste de celle qui rénait dans l'heureuse Acadie. Leurs prétres exerçaient sur eux l'empire que les vertus et les lumières donnent sur les hommes qui ne sont point corrompus. Ils étaient leurs juges, leurs médiateurs ; et aujourd'hui même, ils ne les nomment pas sans attendrissement... Leur église est bâtie hors de la ville, sur une hauteur entourée de sept ou huit temples de différentes sectes. [ls se plaignent beaucoup de ne pas retrouver, dans leurs pasteurs actuels, le zèle et l'affection de ceux de l’Acadie. Occupés | du soin de leurs habitations, ceux-ci donnent peu à l’ins-

tuction de leur troupeau ; et presque toutes leurs fonc-

tions pastorales se bornent à une basse messe tous les MOIS,

» La vue d'un prêtre français sembla leur rappeler leurs anciens pasteurs. Ils me sollicitèrent d'officier dans Leur église, Je ne pus, en remplissant cette sainte fonc-

tion, me dispenser de les féliciter sur leur niété, et de leur retracer le tableau des vertus de leurs pères. Je leur rappelais des souvenirs trop chers ; ils fondirent en larmes. La musique du régiment, que j'avais amenée, contribua encore à émouvoir leurs cœurs. »

Malgré la proximité de coreligionnaires, les Acadiens ne s'implantèrent cependant pas plus dans le Maryland que dans les autres colonies où ils furent jetés. La plupart se dispersèrent graduellement, ou allerent se fixer dans des contrées plus hospitalières. Le reste finit par se fondre F dans la population.

Les malheurs des Acadiens ont inspiré à un historien américain des paroles émues qu’il fait bon de citer :

« Des sept mille proserits, dit-il, qui furent ainsi dispersés comme les feuilles par les vents violents de l’automne, depuis le Massachusetts jusqu’à la Géorgie, au milieu d'un peuple qui haïssait leur religion, détestait leur pays, se moquait de leurs coutumes et riait de leur langage, il ( en resta peu comparativement pour grossir lenombre des LP 7. catholiques de ce pays. En descendant sur ces lointains Nor

rivages, ces hommes, qui avaient connu l'abondance et les la richesse, se virent inontrés du doigt et repoussés tant comme des vagabonds réduits à la mendicité; et ces D x, cœurs brisés, atteints dans tontes leurs affections, ne sui

rencontrèrent que rarement de bons samaritains pour est panser leurs plaies intérieures et verser l'huile et le vin LS &,} de la consolation sur leurs poitrines endolories ?. » cq

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1 Nouveau voyage dans l'Amérique septentrionale en l'année 4781, LE brûl et campagne de l'armée de M. le comte de Rochambeau, per l'abbé ; Fe À mob Robin. Paris 1782, f Stevens, History of Georgia, vol. I, p. 476. fi acq

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