À UN PÈLERINAGE
part faisaient coïncider leur pèlerinage avec la date des distributions annuelles; mais en d’autres temps, même aux époques rigoureuses de l’année, on voyait passer des familles entières, des malades se trainer péniblement, mendier l'hospitalité le long de la route, dans l'unique dessein d'aller implorer la sainte patronne dans son sanctuaire privilégié.
Un soir — c'était la veille de Noël — pendant que ma mère était occupée au salon à faire une lecture aux ainés de ses enfants, afin de les préparer à la fête du lendemain, une de nos domestiques vint la prévenir que deux sauvagesses venaient d'entrer, et demandaient à lui parler. Attirés par la curiosité, nous accourümes à sa suite.
Les deux sauvagesses, la mère et la fille, étaient assises auprès du poêle, dans la cuisine. La jeune fille, maigre, pâle comme un cadavre, semblait presque mourante. Une toux creuse, qui lui déchirait la poitrine, indiquait clairement qu'elle était à une période avancée de la phtisie. Les deux pélerines venaient demander l'hospitalité, afin d'être proches de l’église et d'assister à la messe de minuit, où elles voulaient communier. Ma mère leur fit immédiatement préparer à souper, et les invita à se mettre à table; mais ni l’une ni l’autre ne consentirent à prendre une seule bouchée, disant qu'elles ne voulaient pas se priver de faire la communion. Ma mère eut beau leur expliquer que la communion n'ayant * lieu qu'après minuit, il était permis de prendre quelque # chose auparavant, que le prêtre qui célébrait la messe faisait de même; elles s'y refusèrent obstinément. Aveugle mais touchante foi de ces bonnes gens, qui fait bien voir la fermeté de leur croyance, et le grand respect M qu'elles avaient pour l’eucharistie. à
Ces pèlerinages ont cessé peu à peu depuis l'érection À de l'église actuelle de Ristigouche, qui a été dédiée à
sainte Anne. Cette église, dont l'intérieur a été achevé,
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il y a une vingtaine d’années, est sans prétentions architecturales, mais propre et convenable. Il n'en est pas de même du presbytère, qui a été mal construit, et qui est devenu inhabitable, surtout en hiver. Comme il n'existe, dans le voisinage, aucune maison où le prêtre puisse se retirer, et qu’il n’y a aucunes ressources pour bâtir un nouveau presbytère, les pauvres sauvages sont exposés à être privés un jour ou l’autre de leur curé, et à n'être desservis que par voie de mission. Cet éloignement leur serait fatal, car aucuue population n’a plus besoin de l'œil vigilant du pasteur. Espérons que la bonne sainte Anne, pour laquelle ils ont toujours la même dévotion, viendra à leur secours, comme elle a fait tant de fois dans le passé !.
Les maisonnettes du village, bâties et meublées à peu près comme celles de nos cultivateurs pauvres, sont échelonnées tout le lorfg de la réserve, qui n’a guère que trois milles d'étendue. Quelques-unes sont assez spacieuses ct ont un certain air de propreté et de confort.
Le costume de ces Micmacs n'a guère d’original que l'espèce de turban que portent les femmes, lequel consiste en un grand foulard rouge qu'elles enroulent autour de ieur tête. À peine y en’a-t-il quelques-uns, parmi cette tribu, qui aient le vrai type sauvage. Leurs traits et les noms de taille de plusieurs d’entre eux rappellent le sang européen dont ils sont plus ou moins mêlés. Comme partout ailleurs, ils sont plus aptes à s'approprier les
vices que les vertus des blancs. Insouciants et sans pré- [voyance comme au temps jadis, ils ne s’adonnent guère Là la culture, n’ensemencent que quelques petits champs
de pommes de terre et de grain. La pêche et la chasse
sont encore leurs occupations favorites, et ils n’ont rien
perdu de leur habileté à construire et à guider leurs
1 Depuis que la première édition de ce livre a été publiée, un beau presbytère a été construit, grâce à des secours imprévus.
admirables canots d'écorce, vrais chefs-d'œuvre de légèreté, d'élégance et de solidité. Les bêtes à fourrures deviennent de plus en plus rares dans cette région; mais les caribous, m'assurent quelques chasseurs, sont encore assez communs dans la presqu'île gaspésienne. Les meilleurs hommes, parmi cette tribu micmaque, trouvent une source de profits en servant de guides aux sportsmen anglais, américains, etc., qui viennent en été dans ces parages pour la pêche à la mouche, soit du saumon, soit de la truite. Ils sont doux et tranquilles, parlent peu, et % ont gardé quelque chose de cette timidité et de cette M réserve naturelles à leur race. Les désordres que cause parmi eux l'ivrognerie ont été réprimés, depuis que leur missionnaire à fait nommer, par le gouvernement fé- 4% déral, un officier de police qui veille sérieusement à "M l'observation de la loi. Quiconque leur livre de la boisson | est passible d'une très forte amende ou de la prison. Aucun blanc ne peut demeurer sur la réserve après le coucher ou avant le lever du soleil.
Dimanche, 4 octobre. — A la grand'messe, un chœur de sauvages et de sauvagesses chantent dans leur langue les principales parties de l'office divin, Leur voix, justement vantée, est d’une heauté rare, avec un timbre mélancolique qui pénètre et impressionne.
Les éloges qu'en ont faits les anciens voyageurs n’ont rien d’exagéré : « Je les ai plus d’une fois, racontait Dièreville en 1700, entendus chanter dans l’église de Port-Royal à la grand'messe et à vépres ; les voix des femmes particulièrement étaient si douces et si touchantes que je croyais entendre les anges chanter les louanges de Dieu. Les voix des hommes se mélaient de temps en temps si justement avec celles des femmes, que cela faisait un effet admirable, et j'en étais charmé !. »
1 Voyage de Dièreville en Acadie; édition imprimée à Québec, 1885, p. 101.
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Invité à faire le sermon, j’admire l'éloquence et les
gestes expressifs de l'interprète Polycarpe, qui, debout
à la balustrade, me dévore des yeux pendant que je
parle, puis, après avoir écouté un passage de mon ser-
mon, le traduit avec la plus étonnante fidélité, au dire
de plusieurs des assistants qui comprennent les deux
langues, et que j'ai pris la peine d'interroger ensuite.
Polycarpe est depuis quelques années le chef de la tribu;
; c'est un grand gaillard dans toute la force de l'âge, beau
type de sang mélé, d'un visage et d'un caractère ave- MR nants, influent parmi les blanes comme dans sa tribu.
La population miemaque de Ristigouche, dont le chiffre reste à peu près stationnaire, ne dépasse pas cinq cents âmes. Comme tous les autres groupes de race in- | digène, elle est destinée fatalement à disparaître ou à se
noyer dans le flot étranger qui l’environne. A la fin du siècle prochain, il n'en restera probablement pas d’autre trace que les manuscrits en langue sauvage de l'abbé Maillard, surnommé l’apôtre des Micmacs, dont j'ai euilleté les pages jaunies et rongées par le temps, dans Mila bibliothèque de la mission. Ces manuscrits, qu’on ne peut ouvrir sans éprouver un sentiment de respect et d'admiration, à la vue des patients travaux et du zèle æpostolique qu'ils révèlent, ces glossaires dont les feuilles usées se détachent, sont bien les monuments qui conviennent le mieux pour rappeler le souvenir de ces tribus éphémères , que le souffle de la civilisation emporte jcomme les feuilles de leurs forêts.
Lundi. — Matinée d'automne claire et fraiche. La température en septembre et octobre est plus douce dans la baie des Chaleurs que dans la vallée du Saint-Laurent.
La rivière Ristigouche coule entre des montagnes hardiment découpées et couvertes de forêts primitives. On n'aperçoit de champs cultivés que sur les plateaux qui bordent les rivages. | |
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Les montagnes s'ouvrent en bleuissant au loin, de cap en cap, baignant leurs pieds dans les eaux de la baie des Chaleurs.
Au premier plan, sur la rivière, se détache du ciel bleu la vigoureuse silhouette d'un navire norvégien, chargé de bois de construction, qui appareille pour Belfast. Trois autres navires sont amarrés le Jong des quais.
Ï1 y a cent vingt-cinq ans, au mois de juillet 1360, le même nombre de vaisseaux étaient ancrés dans cette même rade ; mais c'était la guerre et non le commerce qui les avait poussés jusqu'ici.
« Québec, raconte l'abbé Ferland dans son Voyage dans la Gaspésie, avait été pris l'automne précédent. Pressée par le marquis de Vaudreuil, la cour de Versailles envoyait de faibles et tardifs sccours au chevalier de Lévis, qui était décidé à tenter une attaque contre Québec. La flottille française s'était amusée en route à poursuivre quelques navires ennemis ; aussi fut-elle devancée par les vaisseaux anglais, qui lui barrèrent le passage à l'entrée du fleuve Saint-Laurent. Elle se jeta alors dans la baie des Chaleurs et remonta la rivière Ristigouche, où le commandant, M. de Danjac, trouva quinze cents personnes réfugiées sur ses bords, et vivant dans un état déplorable de misère. Le capitaine Byron, probablement le célèbre navigateur, grand-père du poète de ce nom, s'avança avec les vaisseaux le Fame, le Dorsetshire, \’ Achilles, le Scarborough et le Repulse, pour attaquer la flotte française qu’il rencontra le 8 juillet à peu près dans cette partie du Ristigouche. Elle était composée du Machault, de trente-deux canons, — de l’Espérance, de trente, — du Bienfaisant, de vingt-deux, — du Marquis de Marloze, de dix-huit. Les Français s'étaient préparés à recevoir chaudement l'ennemi ; leurs vaisseaux étaient protégés par la pointe à la Batterie, où
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1 Voyage récédent.
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plusieurs canons avaient été mis en position. Plus bas, à la pointe à la Garde, d'où la vue s'étend jusqu'à l'embouchure du Ristigouche, était un piquet de soldats qui. avaient ordre de veiller sur le cours de la rivière et d'avertir de l'approche de la flotte anglaise.
» Favorisés par un bon vent, les vaisseaux de Byron remontèrent sans obstacle jusqu'a la pointe à la Batterie, où une vive canonnade s’engagea. Deux bâtiments français furent mis hors de combat, et les canons de la batterie réduits au silence. Le Bienfaisant et le Marquis de Marlozz durent alors se retirer vers le village sauvage, 4 tandis que les Anglais s'avançaient jusqu'à la pointe à 0 Martin, sur la rive opposée, où ils souffrirent beaucoup du
M feu de quelques canons placés à fleur d'eau. Cependant 0 leur artillerie supérieure criblait les vaisseaux français, (4 Un de ceux-ci fut poussé au rivage, près de la chapelle M de Ristigouche, tandis que le cor amandant de l’autre M ncttait le feu aux poudres, afin &e l'empêcher de tomber aux mains des Anglais.
» Resté maitre du champ de bataille par la destruction de la flotte ennemie, Byron fit détruire un amas de ca-
banes décoré du nom de Nouvelle-Rochelle, et situé sur Ja pointe à Bourdo, à trois milles au-dessus du village ide Ristigouche. Pendant ce temps, les Français et les Micmacs se réfugiaient dans les bois, où ils attendaient en sûreté le départ de la flotte anglaise.
H » L’imagination se reporte vivement vers ces scènes animées et terribles, quand on se trouve sur le théâtre Eméême de la lutte. Les vaisseaux des deux nations rivales se croisant, se fuyant, se rapprochant ; leurs longs pavillons qui flottent dans les airs et portent un défi à l'ennemi, au milieu des broussailles du rivage, ces troupes sauvages grotesquement coiffées et habillées : ces caps larides surmontés du drapeau blanc s défendus par des pièces d'artillerie, dont la--gueute ge hors des
meurtrières pour vomir le feu et la mort ; ces nuages de fumée roulant sur les eaux et dérobant aux combattants la vue du ciel ; les craquements des mâts quise brisent, les sifflements aigus du commandement, le bruit de la mousqueterie et du canon, les cris de la victoire, de la douleur et de la rage : voilà les parties du drame qui se jouait, il y a soixante-quinze ans, sur le théâtre resserré au milieu duquel nous nous trouvons. C'était un des épisodes de la rivalité entre la France et l'Angleterre. »
Mardi, 5 octobre. — De Campbellton à Memramcouk, deux cent cinq milles. Une nuit en slesping car. Avec tout leur esprit inventif, les Américains trouveront difficilement un moyen de locomotion plus commode et plus confortable que ces chars-dortoirs : ce qui n'empêche pas qu'on en sorte toujours plus ou moins ahuri, poudreux, harassé. Il en est des nuits qu’on y passe comme des champignons, la meilleure ne vaut rien.
De la gare de Memramcouk, on aperçoit à droite, sur une hauteur, à deux milles de distance, le beau portail gothique de l'église paroissiale , le collège de Saint- Joseph et le joli couvent des religieuses de la Charité. On a quitté le pays des montagnes. Un sol ondulé et fertile, qui me rappelle les plaines de la Vendée ou de la Touraine, s'étend de tous côtés à perte de vue. Je me sens de cœur réjoui en songeant que cette belle contrée, arrosée par les rivières Memramcouk et Peticoudiac, est encore toute française. Les Acadiens qui en avaient été e .pulsés en 1755, en ont de nouveau pris possession, et ils y ont si bien prospéré qu'ils forment aujourd'hui le groupe le plus important de leur race au Canada. La paroisse de Memramcouk à elle seule ne compte pas moins de six mille âmes. Les terrains que leurs a-cètres avaient conquis sur la mer, par les travaux d’endiguement qu'ils avaient fait le long des deux rivières, et qui avaient été submergés après la dispersion, ont été remis
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en culture dès leur retour. Ces terrains ont été tellement agrandis d'année en année, qu'aujourd'hui leur longueur totale n’est pas moins de trente milles sur une largeur considérable.
Le brave Acadien qui m'a fourni son rustique équipage pour me conduire au collège me fait remarquer les aboiteaux ! qui suivent les sinuosités du Memramcouk, et qui ressemblent de loin à un immense serpent couché dans l'herbe.
En passant devant le portail de l’église, j'en admire
Iles élégantes proportions et la flèche hardie qui le sur-
monte. J’observe, sans pouvoir me l'expliquer, la ressemblance de cette pierre de taille avec celle qui a servi à la construction des rues fashionables de New-
[York.
Le collège consiste en un vaste et superbe corps de logis en pierre de taille “omme celle de l'église, à quatre tages et à toit mansard, flanqué à droite d’un pavillon qui n’attend que celui de gauche, pour donner à l'édifice oute son ampleur et sa beauté. Il est tenu par des reliieux de Sainte-Croix, la plupart canadiens, à la disance où ils sont de la province de Québec, ils n’ont pas
Mouvent occasion de voir des compatriotes, surtout des
bembres du clergé. Aussi ma visite paraît-elle leur
Aire un sensible plaisir.
} — Soyez le bienvenu, me dit en me serrant vivement main, le supérieur, l'excellent P. Lefebvre. Vous
Fous êtes bien fait attendre, car un de nos pères nous a
noncé votre venue pour l'ouverture des classes, mais ous ne pouvez arriver mieux à point. Nous faisons emain l'inauguration de notre nouvelle chapelle, qui ait partie de l’uile que nous venons d'achever, et pour aquelle un de nos anciens élèves, un Acadien, l'abbé
1 Digues.
Cormier, nous a fait don de trois mille dollars. C'est luimême qui vient la bénir et y chanter la messe; c'est vous qui nous donnerez le sermon.
J'ai beau me récrier, alléguer les meilleures raisons du monde, le P. Lefebvre est inflexible ; il n'y a qu’à se soumettre.
Le collège de Memramcouk n'a guère plus de vingt ans d'existence (1864), et il marche déjà de pair avec les collèges classiques de la province de Québec. Plusieurs de ceux-ci lui sont même inférieurs sous le rapport de l'organisation matérielle. L'édifice actuel, qui ne date que d'une dizaine d'années, a été construit selon les meilleures conditions hygiéniques; le système de chauffage à l'eau chaude, la ventilation, la distribution de l'eau dans tous les étages, au moyen d’un aqueduc qui n'a pas moins d'un mille de longueur, rien n'y manque, hormis peut-être ce qui fait défaut dans presque toutes nos maisons d'éducation, je veux dire une salle de gymnase établie d'après un système raisonné tel qu'il en existe quelques-uns aux Etats-Unis, — système admirable dont le but est de proportionner le développement physique au développement intellectuel, et qui réalise d'aussi près que possible l’axiome antique mens san in corpore sano !.
Les études se divisent en cours commercial et cours classique, et sont suivies par deux cents élèves, dont le nombre va croissant chaque année. Ce résultat est dû principalement à l'enseignement pratique du français et de l'anglais, qui est facilité par le mélange à peu près égal d'élèves parlant l’une ou l’autre langue. Au surplus, la situation du collège de Saint-Joseph sur les confins du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Ecosse, au centre même des populations acadiennes, ne pouvait être mieux
1 Cette observation n'a pas été inutile : le collège de Memramcouk possède aujourd'hui un excellent gymnase, (Vote de la 2e éd.)
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choisie. Ce concours de circonstances en explique le grand et rapide succès, mais ce succès est dû avant tout à un homme qui restera comme l’insigne bienfaiteur des Acadiens.
Remontez à l'origine de chacune de nos institutions catholiques, vous trouverez un prêtre. [ci encore c'est un prêtre qui apparait au premier jour, et qui est l'âme de cette œuvre. C’est sous l'inspiration du R. P. Lefebvre, c'est par son zèle, son énergie, sa persévérance, son habileté administrative, en un mot par toutes les qualités qui distinguent les fondateurs, qu'a été créé et organisé ce magnifique établissement. Le collège de Saint-Joseph est le seul de ce genre, dans les provinces maritimes, qui soit particulièrement dédié aux Acadiens.
On ne saurait exagérer l'importance d'un pareil établissement. Le plus grand malheur des Acadiens n’a pas été leur dispersion, mais l'abandon presque complet dans lequel ils ont été laissés durant près d'un siècle. Dans toute cette douloureuse période, ils n’ont eu, on peut dire, aucun moyen d'instruction. La plupart furent même longtemps sans avoir de missionnaires résidant
} au milieu d’eux !.
On conçoit l'état d'ignorance et de stagnation qui s’en
} est suivi. Mais de nos jours une ère nouvelle a commencé : pour les Acadiens, et elle coïncide précisément avec
l'ouverture du collège de Memramcouk, qui en a été la
} principale cause. Il en est sorti toute une pléiade
t Le clergé du Canada se trouvait réduit en 1766 à 138 prêtres séculiers et réguliers ; et l'évêque de Québec, Mgr Briand, était obligé d'envoyer des missionnaires sur tout l'immense territoire qui s’étend depuis l’Acadie jusqu'à l'Illinois,
Dans la lettre de mission donnée par ce prélat au P. de la Brosse, le 11 avril 1770, il est dit « qu'il aura à desservir tous les catholiques établis depuis Cacouna et au-dessous jusqu’à l’Acadie, l’île Saint-Jean (Prince-Edouarä) et l'ile Royale (Cap-Breton] »; c'està-dire une étendue de pays de plus de 500 milles.
PR F e — 1 + Mi 4 .
d'hommes instruits, actifs, animés d'un patriotisme ardent et éclairé, qui ont fait leur réputation dans différentes carrières, et qui défendent la cause de leurs compatriotes sur tous les terrains de la vie publique et privée. On compte parmi eux des sénateurs, comme M. Poirier, écrivain aussi distingué que sage politique, des députés aux communes et aux législatures provinciales, comme MM. Landry, Le Blanc, Terriault, Le Billois, etc., des avocats, des médecins, des instituteurs et d'excellents prêtres, parmi lesquels il faut signaler l'abbé Cormier, curé de Cocagne, l’insigne bienfaiteur du collège, et dont j'ai déjà mentionné le nom. Chaque année voit s'accroitre cette phalange d'hommes remarquables, qui, avec le temps, fera reprendre au peuple acadien la place que ses malheurs lui ont fait perdre.
me ars diffé- *s COMique et comme litique, provin= ult, Le institut signanfaiteur Chaque remar- | peuple rdre.
0 Voilà devant nous le couvent des sœurs du Sacré-