CHAPITRE DEUXIÈME
Une Promenade à Peticoudiac., — Souvenir de l’Expulsion.
— Noël Brassard. — Le Fort Bcauséjour. — La Grand- 3 Prée. { 0 6 octobre. — Le soleil se iève radieux et promet une
belle journée, que le P. Lefebvre me propose une “Bromenade dans la campagne. Nous irons visiter les Bords de la rivière Peticoudiac jusqu'à son embouchure, \ S nous reviendrons en remontant le cours du Memram- # Œuk. — Après le déjeuner, la voiture nous attend au “pied du grand escalier en pierre qui conduit à la porte incipale du collège. Comme nous descendons l'avenue, Mpère me fait remarquer les cours spacieuses des élèves, S belles plantations qu'il a faites, et qui déjà donnent e ombre agréable durant les chaleurs de l'été. Le hemin de fer Zntercolonial passe au pied de la colline, et attend que l'érection d’une gare nouvelle pour déposer ès voyageurs à quelques arpents d'ici.
PRES RARES Me
our, ct celui des sœurs de la Charité, dont les relieuses sont presque toutes acadiennes. Les sœurs du acré-Cœur s'occupent de différentes bonnes œuvres, et
veillent en même temps à l'entretien et à la nourriture des élèves du collège. Les sœurs de la Charité tiennent un pensionnat nombreux et prospère,
— Cette grande maison que vous voyez près de l'église, me dit le P. Lefebvre, c'est l'ancienne école fondée par mon prédécesseur, le vénérable curé La- : france. Un de ses frères, qu'il avait fait venir de Québec, y a enseigné pendant quelques années. Les Acadiens | n’ont pas eu de meilleur ami que le curé Lafrance. Dieu À seul, qui l’a récompensé, connaît les sacrifices qu’il à | faits pour l'instruction de la jeunesse, Il a le mérite É d’avoir eu, le premier, l’idée d’un collège ici. Il lui a ! légué toutes ses épargnes avec de grandes terres qui | donnent actuellement un excellent revenu.
Au nom de ce digne prêtre, le P. Lefebvre aime à Æù c associer celui de Mgr Sweeney, évêque de Saint-Jean, S » Nouveau-Brunswick, dont la sollicitude est au-dessus de sc tout éloge. C'est Mgr Sweeney qui, en 1864, est allé à ri Montréal frapper à la porte des pères de Sainte-Croix | q pour les prier d'entreprendre l’œuvre de l'enseignement A ul
dans son diocèse. Aucune institution ne lui tient plus «* cœur que le collège de Memramcouk. Sa main est toujours ouverte pour vexir en aide aux élèves pauvres quil le
montrent d'heureuses dispositions, surtout s’ils donnent q des espérances pour l'Eglise.
— Ce cheval appartient-il à votre maison, demandai- la je au P. Lefebvre, en lui désignant le bel alezan qu l} "© de conduit avec une parfaite dextérité ? ur
— Ne savez-vous pas, reprend le père avec un sourire to satisfait, que nous avons un haras qui nous donne le so meilleures espérances ? Celui-ci en provient. Vous ave raison de le remarquer ; mais je vous en montrera# d’autres que vous admirerez bien davantage, si vous ét. de un connaisseur. L'élevage est profitable dans ce pays-clié et
Aujourd’hui même j'ai refusé, pour une paire de jeune“
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ourriture chevaux, un prix qui vous étonnerait et qu'on trouve bien tiennent rarement à Montréal ou à Québec.
Le P. Lefebvre s'entend en agriculture aussi bien près de D qu’en enseignement. Curé de la paroisse en même temps nne école que supérieur du collège, il s'intéresse au progrès matécuré La- # riel autant que spirituel de ses paroissiens. Il les réunit e Québec, Æ pendant les soirées d'hiver, et leur communique le fruit Acadiens Æ de ses études et de son expérience. Afin d'inspirer du nce. Dieu Æ coût pour l'agriculture à ses écoliers, il les fait assister à es qu'il a M ses conférences. Il fait préparer d'avance une thèse par le mérite © l’un d'eux, et il en prend occasion pour développer ses i. Illuia M propres idées, dissiper les préjugés, suggérer des amélioterres qui M rations.
Ces leçons et les résultats qu’il obtient sur les terres du re aime à PE collège, dont il surveille lui-même la culture, ont déjà aint-Jean, MN produit une révolution dans les esprits. Les Acadiens se -dessus de ÆS sont mis à l'œuvre, et ils se piquent d'honneur pour est allé à rivaliser avec le P. Lefebvre. Est-il besoin d'ajouter inte-Croix MS qu'ils apprécient son dévouement, qu'ils l’aiment comme seignement MM un père, qu'un mot de lui est une parole d'Evangile ? Le
ent plus à” n est touauvres qui ls donnent
,P, Lefebvre est le souverain de toute cette contrée ; son influence est sans rivale parmi toutes les classes et toutes les nationalités ; le peu que je viens d'en dire prouve qu'il en est digne.
Modeste comme le vrai mérite, le P. Lefebvre attribue demandai-U la plus large part de ses succès à ses coopérateurs, qui lezan qu'ik'@ de fait l'ont merveilleusement compris et secondé. C'est | un éloge de plus pour celui qui a su ainsi faire concourir un sourire "fi tous les éléments qui l’entouraient à l'établissement de donne lei 8 son œuvre.
Vous avah montrera i vous ête
L'aspect général de ce pays fait songer aux environs
| de Montréal. A la franche allure des gens, à la politesse
jet à l’air de connaissance avec lesquels ils nous saluent
au passage, on s'aperçoit bien qu'on est dans un pays
18 UN PÈÉLERINAGE
français et catholique. On le devinerait du reste à la scule apparence des maisons. Elles n'ont pas cette architecture de fantaisie, ces airs de prétentions plus ou moins ridicules qu’on remarque dans les campagnes des Etats-Unis, et qui menacent de s’introduire au Canada. On voit que les propriétaires les ont bâties en vue de leur propre confort, et non pour attirer les yeux des passants, et qu'ils ont profité de leur expérience des lieux et du climat. Le site de ces habitations est bien choisi, et leurs ouvertures principales regardent le solei] levant, afin d'en recevoir abondance de lumière et de chaleur. Leur construction simple et régulière est faite de façon à présenter le moins de surface possible au vent et au froid. L'habitant acadien s’y montre tel qu'il est, vrai homme des champs dans le sens antique du mot, en ayant gardé les goûts modestes et les solides qualités.
Le pays que nous parcourons est un terrain d’alluvion assez accidenté, et partout ouvert à la culture. Dans les champs, des groupes d'hommes et de femmes sont occupés activement à faire la dernière récolte, celle des pommes de terre, qui donne ici de magnifiques rendements, les Acadiens n'ayant pas de rivaux pour ce genre de culture
Grâce au train rapide de notre alezan, nous arrivons bientôt sur les hauteurs qui dominent le cours de la rivière Peticoudiac. Le paysage qu'on y a sous les yeux est gracieux et doux comme une idylle. Les deux rives s'élèvent graduellement en amphithéâtres, couronnés d'arbres verts et tachetés de blanc par les maisons proprettes des Acadiens, qui ont un air de bonheur avec leurs granges et leurs remises bien tenues et fermées d’un enclos de palissades blanchies à la chaux. A droite, la vue suit les méandres de ia rivière, jusque dans les profondeurs des terres ; à gauche elle s’étend jusqu’à son embouchure qui s'ouvre en large entonnoir sur la baie de
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plus ou mes des Canada.
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Fundy, dont les eaux bleuàätres se confondent là-bas avec le ciel.
Vous voyez distinctement d'ici, me dit le P. Lefebvre, cette seconde pointe qui s’avance dans la baie et qui ferme l'horizon de l'autre côté du Peticoudiac, c’est la pointe de Chipoudy ; c’est là que vint s'établir, en 1699, le meunier Thibaudeau avec sa famille, qu’il amenait de Port-Royal, C’est dans la baie de Chipoudy qu'il bâtit son moulin et établit sa colonie, déjà si florissante, dès son vivant. Vous vous rappelez le beau chapitre que lui a consacré notre ami M. Rameau, dans son histoire d'Une colonie féodale. C’est une de ses meilleures pages. Le portrait de ce colon entreprenant, de sa vaillante femme et de ses enfants, l’arrivée des familles qui vinrent les rejoindre, les progrès de l'établissement, la satisfaction du vieux Thibaudeau à la vue de ses travaux si bien récompensés, des riches moissons, des troupeaux augmentant d'année en année, la paix et le contentement
| qui régnaient dans cette solitude, si loin du monde
qu'elle semblait à l’abri des moindres dangers, tout cela est tracé, raconté, décrit d’une facon saisissante. C’est une délicieuse pastorale ; on serait même tenté de croire,
| de prime abord, à un tableau de fantaisie fait à plaisir, tant il est frais et séduisant ; mais les documents officiels, | les recensements sont là pour aîtester la réalité des faits. | Pendant le demi-siècle qui suivit la mort de Thibaudeau, : la colonie de Chipoudy continua à prospérer. Mais, hélas ! > aucune trace n'en reste aujourd'hui. Tout a disparu
| depuis la tourmente de 1755. Des étrangers occupent ® maintenant leurs foyers, cultivent leurs champs et jouissent des fruits de leurs travaux. Le nom même de + Chipoudy, qui rappelait trop le souvenir des malheureux
spoliés, a été changé par un nom moderne.
L'expulsion des habitants de Chipoudy, de Peticou-
| diac et de Memramcouk n'avait pas été effectuée par la
ruse comme à la Grand-Prée et à Pigiquit, mais par la force ouverte.
Un fort détachement des troupes anglo-américaines, sous le commandement du major Frye, avait fait une descente à Chipoudy et avait brûlé toutes les maisons sur le bord de l'anse, ne laissant intactes que celles qui se trouvaient à l'entrée du bois où les habitants purent les protéger en faisant feu sur les assaillants.
De là, Frye avait jeté une partie de ses homimes sur la rive gauche du Peiicoudiac, pour faire mettre le feu à l'église et au village; mais les habitants avaient eu le temps de se reconnaitre et de se réunir avec un parti de sauvages sous les ordres de M. de Boishébert. Ils les surprirent, les cernèrent et en firent un affreux massacre. La moitié resta sur la place, ou fut prise; le reste s'enfuit vers le rivage et s’abrita derrière les digues, où il se défendit jusqu’à ce que Frye eût le temps de débarquer et de les rejoindre. Il voulut inutilement reprendre l'offensive; après un combat acharné, il fut obligé de se rembarquer en toute hâte.
Mais que pouvait cette poignée d'hommes sans espoir de secours, contre des régiments armés de toutes pièces? Ils se virent forcés d'abandonner leurs terres et de se réfugier dans les bois, emportant avec eux les objets les plus précieux. Si vous entrez aujourd’hui chez certaines familles acadiennes originaires de Chipoudy, de Peticoudiac et de Memramcouk, vous entendrez le récit des scènes navrantes qui se passèrent alors et dont elles ont gardé la tradition.
. Ün des détackhements qui avait le plus harcelé les Bostonais et les avait forcés de se rembarquer, était commandé par Noël Brassard dit Beausoleil, vieux chasseur et milicien accoutumé aux guerres de partisans.
Aucun habitant du lieu n'avait plus d'intérêt que lui à défenûre ses foyers. Il était père de dix enfants, dont
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le dernier avait à peine huit jours; il avait avec lui sa vieille mère octogénaire. Son père, l'un des premiers colons de Peticoudiac, lui avait légué, avec la maison paternelle, une grande et belle terre en pleine culture, qui lui donnait une honnête aisance. Aussi Noël Brassard ne pouvait se résigner à la pensée de quitter Peticoudiac pour aller errer dans les bois avec sa famille, aux approches de nos terribles hivers. Il savait quelles misères les y attendaient ; il savait que les plus faibles y trouveraient une mort certaine.
Dans l'assemblée des habitants où le départ fut décidé, Noël Brassard opina pour une lutte à outrance, et ce fut seulement après que toute la paroisse eût été abandonnée qu'il se décida à rejoindre les fugitifs.
Tandis que sa femme, qui pouvait à peine se trainer, se dirigeait vers la lisière de la forêt, suivie de ses enfants, et portant le dernier né dans ses bras; il entassait dans une charrette le peu d'effets qu’il pouvait emporter, et y étendait sa vieille mère que les émotions des derniers jours avaient réduite à l'extrémité. Il eut bientôt rejoint sa famille sur le haut de la colline d'où l'on apercevait le village à moitié incendié et l'entrée du Peticoudiac.
Ils s'arrétèrent là silencieux ; les enfants se pressaient autour de leur mère en étouffant leurs sanglots; pour Noël Brassard, il ne pleurait pas, mais il était pâle comme un mort, et ses lèvres tremblaient quand il regardait sa femme qui soupirait en essuyant ses larmes. Le soleil se couchait en arrière d'eux sur la cime des arbres — un beau soleil clair d'automne qui réjouissait tout le paysage. Ses rayons obliques allumaient des reflets d'incendie aux fenêtres des maisons, et allongeaient leurs ombres dans la vallée.
La mère Brassard, épuisée de force, avait paru à peu près insensible pendant le trajet; mais alors elle ouvrit
les yeux, et comme si l'éclat des objets la ranimait, elle se mit à examiner l’une après l’autre chacune des maisons du village ; elle jeta un long regard d'adieu sur le toit où elle avait si longtemps vécu; puis ses yeux restèrent fixés sur le cimetière dont les tombes et les croix blanches brillamment illuminées se dessinaient en relief sur l’herbe du gazon.
— Je n'irai pas plus loin, soupira-t-elle à son fils ; je me sens mourir. Tu m'enterreras là, près de ton père.
La voiture se remit en marche ; mais quand elle eut fait quelques arpents sur le chemin cahoteux et mal tracé qui plongeait dans la forêt, Noël Brassard s’aperçut que le visage de sa mère devenait plus blanc que la cire; une sueur froide perlait sur ses joues.
Sa femme et lui s'empressèrent autour d’elle pour la ranimer, mais ce fut en vain. Elle était morte.
Le lendemain au soir, deux hommes étaient occupés à creuser une fosse dans le cimetière de Peticoudiac. A côté d’eux attendait le missionnaire, M. Le Guerne, qu'ils avaient eu le temps d’aller prévenir. Noël Brassard et son beau-frère se hâtèrent d'achever leur besogne, car la lune alors dans son plein, montait rapidement à l'horizon et aurait pu facilement trahir leur présence.
Quand la fosse fut terminée, le missionnaire revétit son surplis avec son étole noire, et récita à voix basse les prières de l’absoute. Il aida ensuite les deux hommes à combler la fosse.
— Avant de partir, leur dit-il, nous allons réciter un De Profundis au pied de la grande croix, afin de mettre nos morts sous la protection de Dieu et les défendre contre la profanation des hérétiques.
Un instant après, la porte du cimetière grinça sur ses gonds, et tout rentra dans le silence.
Noël Brassard n'était au’au commencement de ses
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“M peines. Malgré ses sinistres pressentiments, s’il avait pu AE prévoir tous les malheurs qui l’attendaient, il aurait E reculé d'épouvante.
: Dans le cours de cet affreux hiver, il perdit sa femme et tous ses enfants, hormis deux, un garçon et une fille. A De Peticoudiac à Ristigouche, où il arriva dans les À premiers jours du printemps, on aurait pu suivre sa ! marche à la trace des tombes qu'il avait laissées derbrière lui.
Dans son désespoir, il ne pouvait entendre prononcer 1le nom d’un Yankee sans être saisi d’une espèce de L frénésie. Il confia les deux enfants qui lui restait à sa Isœur Marguerite d'Entremont, qui elle-même avait } perdu tous les siens, et il se remit à son ancien métier | de chasseur; mais cette fois, ce n’était pas pour faire la } chasse aux animaux des bois, c'était pour faire la chasse à à l'homme, la chasse à tout ce qui portait le nom d'Yan- 2kee ou d'Anglais. À la tête de quelques partisans, habiles D au tir comme lui, et comme lui exaspérés par l'excès du malheur, il n’épargna rien pour faire à ses ennemis tout le mal qu'il en avait souffert. Pendant les cinq années qui suivirent, il se mit à la disposition des officiers fran- Açais, qui l’employèrent à soulever les tribus sauvages et Là les accompagner dans leurs sanglantes expéditions. (Chaque fois qu'il abattait un ennemi, il faisait une entaille sur la crosse de son fusil. Ce fusil a été conservé ar ses des:endants, et l’on n’y compte pas moins de vingt-huit marques.
} Au printemps de 1760, Noël Brassard était de retour Là Ristigouche. Quand le marquis de Danjac vint s'y réfugier avec ses quatre vaisseaux, il réclama le pri- } vilège de servir un des canons qui furent débarqués sur la pointe à la Batterie pour défendre l'embouchure D de la rivière. Les artilleurs se firent tuer sur leurs
0 pièces, et Noël Brassard, qui s'était battu comme un
lion, pointait le dernier canon, resté sur son affüt, quand il fut coupé en deux par un boulet.
Pendant que nous côtoyons le Peticoudiac, le P. Lefebvre m'intéresse vivement en me rapportant quelquesunes des traditions qu'il a recueillies de la bouche des Acadiens.
— Avez-vous remarqué, me dit-il, le calice dont vous vous êtes servi ce matin pour dire la messe? C’est un calice d'argent à coupe dorée, d'un travail fort simple, mais d'un prix inestimable pour nous, car il est aussi ancien que l’Acadie, et il a échappé au désastre du siècle dernier.
Avant de se réfugier dans les bois, les marguilliers qui avaient la charge de l’église en l'absence du missionnaire, l'enfouirent sous terre avec quelques autres pièces d’argenterie. Afin de le retrouver, ils firent une excavation au milieu du cimetière, à la rencontre d’une croix qu'ils tracèrent au moyen de deux cordes tendues d’un
angle à l’autre. Dans une requête adressée en 1805, à Mgr Denaut, évêque de Québec, par les habitants de la baie Sainte-Marie, on trouve quelques détails précis sur la manière dont furent conservés les vases sacrés et les
1 Noël Brassard, dit Beausoleil, figure, dans les ordres du marquis de Vaudreuil à M. de Danjac, parmi les Acadiens à qui l’on pouvait donner des commissions d’officier pour commander les corsaires des-tinés à courir sur l’ennemi.
« M. de Danjac engagera les Acadiens qui ont des bâtiments à armer et aller en course. Nous avons pour cet effet adressé à M. Bourdon, l'hiver dernier, six commissions de l’amirauté en blanc. Il aura soin de les distribuer à ceux des Acadiens qui sont le plus en état de faire ces armements. Nous pensons que ce sont les nommés Gauthier et Beausoleil ; nous les lui recommandons, en considération de leur zèle et de leurs services, » Archives de la Marine et des Colonies. Mémoire de M. de Vaudreui! à M. de Danjac, 45 juin 1760.
t, quand
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nt vous C'est un
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cuilliers mission- S pièces PXCAVAne croix es d'un 1805, à s de la cis sur s et les
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le plus es nom— considéfarine et
Danjac,
brnements de plusieurs églises. « Au temps de l'enlèvement des Acadiens, y est-il dit, les ornements et les ) vases sacrés des églises de nos cantons furent en grande partie séquestrés par plusieurs habitants et ca. chés dans le bois, et ainsi préservés du pillage; ensuite ramassés et remis à feu M. Maillard, missionnaire. } Après la mort de ce vénérable prêtre, tous ces effets "n se trouvèrent entre les mains de Louis Petitpas qui “ avait pris soin de lui durant sa dernière maladie ; mais d’après des ordres précis de Mgr l’évêque de Québec, tout fut livré à M. Bailly, missionnaire dans notre province. Plusieurs de nos habitants ici Let à Sainte-Anne d’Argyle ont pleine connaissance de cela. M. Bailly, en se retirant, laissa quelques ornements, entre autres deux anciennes chasubles | que nous avons ici, et deux calices d’entre ceux qui lui avaient été remis ; il emporta le reste. » Il existait jadis, à l'entrée de la rivière Peticoudiac, village abénaquis assez bien peuplé ; il n’en reste jourd'hui que peu de familles, vivant la plus grande rtie de l’année dans les forêts. Quelques-uns des res du collège viennent de temps en temps faire ffice et donner des instructions dans leur petite challe qui paraît assez bien conservée. Elle est entourée > quelques pauvres chaumières dont plusieurs sont andonnées. Il n'y a d'apparence de vie que devant une ces maisons où un groupe de femmes et d'enfants au pe sauvage fortement accentué, s'occupent à préparer xs éclisses dont ils font leurs paniers. Elles suspendent jur travail en nous voyant passer, et nous accueillent regard avec cette expression de figure et ce maintien qui indiquent le respect traditionnel des sauvages pour s robes noires.
£ Archives de l'arehevéché de Québec.
26 UN PBLERINAGE
L'embouchure du Memramcouk et celle du Peticou- M diac sont séparés par un promontoire assez élevé, où M différentes compagnies américaines ont ouvert des car- M rières de pierre très facile à travailler et d'une belle couleur gris perle. Une grande partie de cette pierre M est exportée aux États-Unis et a servi à la construction M de plusieurs belles rues de New-York. Je m'explique maintenant le rapprochement qui m'est venu à l'idée, au premier coup d'œil jeté sur le portail de l’église et sur collège de Memramcouk.
Nous traversons le promontoire en suivant le chemin de la carrière dont nous côtoyons les immenses fossés, et nous redescendons dans la vallée du Memramcouk. Lorsque nous l'avons quitté à notre départ ses eaux boueuses étaient toutes basses et laissaient à découvert les pentes luisantes et roussâtres de ses rivages. Mainte. nant la rivière coule à pleins bords et inonderait les prés, si elle n’était pas retenue entre ses deux puissantes jetées.
Dans cette partie de la baie de Fundy, la marée monte avec une extrême rapidité, et s'élève jusqu'à uue hauteur perpendiculaire de soixante et dix pieds. Elk arrive en roulant une vague énorme qui enlève du fond de la baie une épaisse couche de vase ou limon qu’elle dépose en se retirant. C’est ainsi que se sont formés de siècle en siècle ces vastes estuaires qui sont devenus une des grandes richesses du pays. Le sel marin qui s trouve mélé leur donne une telle fertilité qu'il dispense de tout autre engrais. Il suffit d'y arrêter le cours de ki marée et de laisser la pluie laver la surface du sol, qu se couvre bientôt d'une luxuriante végétation. Ces pré naturels n'ont besoin d'autre culture que d’un labour tous les sept ou huit ans. Les récoltes de foin et les päturages qu’on y fait ont le double avantage d'être abondants et d’une qualité supérieure. Les Acadiens,
d’une belle
ette pierre
onstruction m'explique à l'idée, au lise et sur
le chemin ises fossés, mramcouk, t ses eaux ,\ découvert es. Mainte:
ait les prés,
puissantes
arée monte à ue hauieds. Elle bve du fond mon qu'elle t formés de evenus une rin qui Sy il dispense cours de ki
du sol, qu
u Peticou- M , élevé, où t des car- M
en firent les premiers essais, ne s'y trompèrent s. Ils y établirent leurs principales colonies qui, dès fin du dix-septième siècle, s'étendaient sur tout le oral de la baie, depuis le bassin des Mines jusqu'à jpoudy.
a journée était avancée lorsque nous revinmes de Otre agréable promenade. Je dis adieu à regret aux Wfesseurs du collège qui, pendant le court séjour que MYenais de faire au milieu d'eux, m'avaient autant édiflépar leur régularité que charmé par leur politesse. Je s voir encore la bonne figure réjouie du P. Lefebvre, @ disant en me donnant une dernière poignée de Mäins : « Ah ça! ne l’oubliez pas; il faut nous revenir ptôt. »
Je la gare de Memramcouk à celle d'Amherst, une lére. À mi-chemin, on aperçoit sur la droite, à une te distance, les ruines de l’ancien fort Beauséjour, ourd'hui fort Cumberland, assis sur un coteau qui se Pijette vers l’est, et qui domine la magnifique baie, si én appelée par les Français Beaubassin. Comme l’aprèsj était belle, et que le soleil était encore assez haut l'horizon, je résolus d'en profiter, et je commandai Lvoiture au patron de l'hôtel, M. Ward, brave Irais catholique, qui m'offrit de me conduire dans la e. Chemin faisant, je l’interrogeai sur Amherst et Ænvirons.
Nous sommes, me dit-il, dans un pays tout à fait jestant, qui garde encore presque tous les anciens ugés contre notre religion. [1 n’y a ici qu’une poie de catholiques irlandais et une pauvre petite se desservie par un jeune prêtre de cette natioité.
Je la belle paroisse de Beaubassin, il ne reste pas de tige. Le fer et le feu y ont été promenés pendant des ées! Tout ce qui portait le nom d'Acadien a été
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traqué comme une bête fauve. Pour en retrouver des débris dans ces parages, il faut aller jusque dans les iles et sur les bords du golfe, ou à l'extrémité méridionale de la Nouvelle-Écosse.
Au sortir du village d'Amherst, on remarque l'emplacement encore visible du fort Lawrence bâti par les Anglais sur les ruines de celui de Beaubassin. Les remparts, qui étaient en terre, en ont été abattus et jetés dans les fossés que l’on distingue encore à des plis de terrain où la charrue peut passer. Cet emplacement fait partie d'une ferme dont le propriétaire a bâti sa demeure sur un des bastions, L’Zntercolonial passe au pied des talus, et coupe la terre où se trouvait le cimetière. On a
mis à découvert plusieurs tombes lorsque ce chemin de à
fer a été construit.
Du fort Lawrence la plaine descend en pente douce jusqu’à la petite riviève Messagouetche, qui servait au siècle dernier et qui sert encore aujourd’hui de frontière
à la Nouvelle-Écosse. De là, la plaine remonte graduel- |
lement pour former l’'éminence sur laquelle repose le fort Cumberland. Avec les projectiles modernes, les deux forts pourraient se canonner facilement, car ils ne sont pas distants d’une lieue l'un de l’autre. Le Messagouetche, avec ses eaux ternes et fangeuses, avec ses écores roussâtres et ses digues, est une miniature du Peticoudiac. Quand la marée s'est retirée, ce n’est plus qu’un ruisseau encaissé qui traîne sans bruit ses eaux limoneuses sur une pente insensible. On le traverserait sans y faire attention, s’il n’évoquait le souvenir des scènes sanglantes dont il a été le théâtre. C’est ici que venaient se rencontrer les partis de guerre stationnés aux deux forts, pour s'en disputer le passage après avoir ravagé les terres et brûlé les moissons des pauvres Acadiens. C'est derrière cette digue, et couchés dans ces grandes herbes, que se tenaient les espions miemacs qui commi-
ouver des ins les iles éridionale
e l'emplati par les Les rems et jetés es plis de ment fait à demeure pied des ère. On a hemin de
ite douce servait au frontière
graduel- |
se le fort les deux s ne sont ssagouëtes écores Peticouus qu’un ux limorait sans >S scènes venaient ux deux
ravagé cadiens.
grandes commi-
rent contre l'infortuné Howe ce meurtre qui souleva tant d'indignation dans les deux camps!
Le soleil était près de l'horizon quand je descendis de voiture au pied du fort Cumberland. Lorsqu'on jette un coup d'œil sur le paysage qu'on aperçoit du haut des remparts, on comprend pourquoi les Français donnèrent a ce lieu le nom de Beauséjour. Au reste, ils ont laissé en bien d'autres endroits l'empreinte de l'admiration que leur inspirait le pays, ce qui atteste en même temps jusqu'à quel point était développé chez eux le sentiment de la nature. Cette belle nappe d'eau qui s'étend au pied du fort Deauséjour, c'était pour eux la baie de Beaubassin avec son fort auquel ils s'étaient plu de donner le même nom. Plus loin, au delà de ces montagnes, c'était le Port-Royal.
Si les conquérants ont fait acte de bonne politique en bannissant ces souvenirs français, ils n’ont guère fait preuve de bon goût. Que rappellent en effet les noms de Lawrence, d'Annapolis, de Cumberland, sinon des personnages d'une valeur médiocre, tandis que les premières désignations exprimaient la beauté des lieux.
Il y a deux siècles, Mgr de Saint-Valier parlait ainsi de Beaubassain : « Sa situation est charmante. Cet établissement est au fond d’une baie de six lieues de tour, où se jettent sept belles rivières, et qui communique avec la baie Française par un passage qui n’a qu’une demi-lieue de large, et sans danger ?. »
De son côté l’intendant De Meules écrivait en 1685 : « Il y a tout autour de Beaubassin une si grande quan: tité de prairies qu'on y pourrait nourrir cent mille bêtes à cornes ; l'herbe qui y vient s'appelle misetle, très propre pour engraisser toutes sortes de bestiaux. Aux deux côtés des dites prairies, ce sont de douces côtes toutes
1 Voir Appendice n° 1.
? Histoire manuscrite du séminaire de Québec.
couvertes de bon bois franc ; on y a déjà fait plus de vingt-deux habitations sur de petites éminences que les habitants y ont choisies, pour avoir communication dans les prairies et dans les bois... Il n’y a aucun de ces habitants qui n'ait trois ou quatre corps de logis assez li raisonnables pour la campagne. Ce lieu de Beaubassin À est si heureusement situé pour faire des nourritures <on- # sidérables de bestiaux, que si l’on établit à Port-Royal M des relations régulières avec nos îles de l'Amérique, # il s’y trouverait assez de bestiaux pour le commerce des 4 îles, et leur fournir leur provision de bœuf, que l’on tire À des pays étrangers !. » FL Le fort Cumberland est un vaste pentagone dont les à remparts, assez élevés et bien conservés, sont en terre à recouverte d’une épaisse couche de gazon. Les courtines à sont percées de casemates dont la construction solide a résisté à l’action du temps. On distingue encore parfai- M tement sur les remparts les embrasures des canons, qui M ont tous été enlevés avec le matériel de guerre. La pou- #4 drière, placée dans les fossés sous la protection d'ou- M vrages avancés, est complètement en ruines, Il n'existe À à l'intérieur de la forteresse qu’un édifice à toiture dé- # foncée, ouvert à tous les vents, qu’on dit avoir été la F. caserne des officiers. 4 Autour de cette masure déserte paissait un troupeau À de bétail qui s'enfuit à mon approche, jusqu'au bord des À bastions, d’où il me regarda d’un air effarouché, comme } s'il n'eût jamais été troublé dans cette solitude. Tel est l'état d'abandon et d’oubli dans lequel est tombé cette position stratégique, disputée autrefois avec acharnement par les deux puissances rivales, Elles en avaient À tout d’abord compris l'importance. Par sa situation à | l'endroit le plus rétréci de l'isthme, Beauséjour était la
1 Archives de la marine et des colon'es, à Paris.
fait plus de clef de l'Acadie. Il communiquait sur l'océan, d’un côté nces que les D jar la baie Française, dont les eaux venaient battre à ication dans es pieds, de l’autre par le golfe Saint-Laurent, au moyen icun de ces du fort. Gaspareaux, bâti tout exprès au fond de la baie logis assez DS Verte.
Beaubassin # Par malheur, au moment du danger, la garde de ce ritures con- 4 poste avait été confiée à l’un des mauvais génies de la Port-Royal A Nouvelle-France, Vergor, l'ami de Bigot, le même qui l'Amérique, 0 plus tard, par lâcheté ou par trahison, devait livrer à mmerce des 1 Wolfe l'accès des plaines d'Abraham.
que l’on tire
LPS
Au mois de juin 1755, un fort détachement de troupes anglo-américaines, commandé par Monckton, vint mettre le siège devant Beauséjour. Vergor n'avait à leur op-
pme
ne dont les
nt en terre # poser que cent cinquante hommes de troupes régulières ; S Courtines JS mais il eût pu les repousser avec l’aide des quinze cents on solide a JS Acadiens et sauvages réfugiés autour du fort, s’il ne les ore parfai- M eût d'avance indisposés contre lui par d’indignes traite-
canons, qui M ments, et en leur refusant le nécessaire, quand les ma-
ds La pou- (2 casias étaient remplis !.
tion d'ou- k. Comme la voiture m'emportait du côté d'Amherst, au Il n existe ca l moment où le soleil couchant jetait ses derniers rayons oiture dé- M sur les grands prés et sur la baie de Beaubassin, je ne
oir été la N bus me défendre d’un sentiment de tristesse, en son- AD ceant à la perte irréparable que la France a faite de cette admirabie contrée et du vaillant peuple qui l'avait colonisée. La cour de Versailles a eu bien des torts envers la Nouvelle-France ; mais nulle part l'ingrati-
troupeau | u bord des À né, comme À le. Tel est 2 pmbé cette
1 C'est à Vergor que l’Intendant Bigot écrivait : « Profitez, mon
acharne- è cher Vergor, de votre place (Beauséjour); taillez, rognez, vous avez n avaient | tout pouvoir, afin que vous puissiez bientôt me venir joindre en situation à ! France, et acheter un bien à portée de moi. » ur était la Le fait suivant peint l'administration de Vergor. Afin d’arracher
aux Acadiens le peu d’argent qui leur restait, il leur défendait d'al- D ler s'approvisionner chez les Anglais, et il leur vendait les effets que le gouvernement français envoyait pour leur propre soutien.
32 UN PÊÉLERINAGE
tude et l'impéritie de cette cour ne sont plus sensibles que sur cette terre acadienne, toujours fidèle et toujours sacrifiée. Si on y eût dépensé seulement la moitié de ce qu'a coûté le château de Versailles, on pourrait compter aujourd’hui un million d'Acadiens richement établis au- M tour de la baie qui n’aurait pas perdu le nom de baie À Française. ;
D'Ambherst à Truro, au fond de la baie de Cobequid, Mi
soixante-treize milles. Cette petite ville anglaise a pris #4
la place de la paroisse acadienne de Cobequid, anéantie M en même temps que la Grand-Prée. Il en a été de même À de Pigiquit, aujourd’hui Windsor, qui rivalisait de pros- À périté avec Cobequid, auquel se rattachait la mission micmaque de Shubenacadie. À Cobequid, il n'y avait À souvent qu’un seul missionnaire pour les blancs et pour À les sauvages. Ce missionnaire desservait les deux églises à et partageait également ses soins entre les chrétiens des À deux races. On saisit ici sur le fait la supériorité de la colonisation française sur celle de nos voisins, sous le rapport de l'humanité et de la civilisation. Le voisinage de ces deux églises, dans une mission composée de M blancs et de peaux-rouges, vivant côte à côte dans une h constante amitié, indique l'esprit qui chez nous animait h l'Église et l'État. La colonisation française a été un bienfait pour les indigènes, tandis que celle de l'Angle- E terre a été pour eux une calamité. Leur instinct ne se trompait pas quand il leur faisait voir dans les Francais des frères et des amis, et dans les Anglais des indiñerents ou des ennemis. Ceux-ci ont eu à souffrir davantage de leur barbarie, précisément parce qu'ils n'ont cherché à se les concilier que lorsqu'ils y ont été poussés
par leur propre intérêt. Conçoit-on après cela qu'on
nous fasse un reproche de ne pas avoir mieux réussi à humaniser les sauvages, tout en avouant que leur génie était réfractaire à la civilisation ? Nos pionniers et nos
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