AUX CRITIQUES
Comme je devais m'y attendre, les révé'alions contenues dans cet ouvrage ont suscilé de violentes réclamations tant au Canada qu'aux Etats-Unis. Dans la province de la Nouvelle-Ecosse surtout, où la population anglaise était directement en cause, la colère a élé jusqu'à l'indignation. La presse a bruyaimment protesté, et l'on n'a rien néglisé pour détruire l'effet proiuit par ces révélations, À Halifax, la Société historique de la Nouvells-Ecosse, réunie en séance publique, a passé une série de résolutions dans le but de rétablir la « confiance », en particulier dans le compilateur des Archives de la Nouvelle-Ecosse Comme si une série de résolutions quelconques pouvait changer l'état des choses ! mais, en revanche, elle indique l’état des esprits.
Parmi les reproches faits à l’auteur, on l'a accusé d’avoir tronqué les textes ; e, comme preuve on a cité le passage suivant d’une lettre de Mascarène, mis en note à la page 83 :
« To... the French inhabitants refusing to take up arms against us, we owe our preservalion. »
Voyons à quel propos cette phrase a été citée, C'est dans le chapitre où j'ai refait l’histoire des Acadiens, depuis le traité d'Utrecht, jusqu’à la veille de leur déportation, d’après des pièces tout à fait inconnues jusqu’à présent,
Après avoir résumé les tromperies et les persécutions de tout genre auxquelles ces pauvres Acadiens furent soumis durant celte période, j'ajoute : « Et en retour de ces outrages et de ces violations, qu'ont fait les Acadiens ? Quelle a été leur conduite après trente ans de ce régime ? Quand la guerre entre la France et l’Angleterre leur fournit une belle occasion de se venger de leurs perfdes maitres (1744-48), n'auraient-ils pas eu le droit de se révolter contre eux et de secvuer leur joug ? n’auraient-ils pas pu leur dire : « Depuis que vous avez mis le pied dans notre pays, vous nous avez toujours trompés; vous nous tromperez encore, C'est vous-mêmes qui, par vos continuels manques de parole, nous avez déliés de la nôtre? »
« Est-ce la ce que firent les Acadiens ? Je laisse répandre ponr eux leur propre gouverneur : « C’est au refus des habitants français de
prendre les armes contre nous, écrivait Mascarène, que nous devons la conservation de la Noutelle-Écosse, »
« o,., the French, etc, »
Avais-je besoin de citer davantage pour prouver ma thèse? N’esl:il pas démoutré clairement, par le témoignage même de leur gouverneur, que les Acadiens sont restés fidèles, qu'ils ne se sont pas révoltés contre leurs oppresseurs, malgré toutes ies raisons qu'ils en avaient ? Sans doute, comme le dit Mascarène, que les Anglais ont reçu à temps des secours du gouverneur du Massachusetts; mais il était absolument superflu de noter ce fait pour ia preuve qu'il s'agissait d'étabiir, savoir que les Acadiens étaient restés filèles, Au reste, voici la phrase complète de Mascarène :
« Tothe breaking the French measures, the timely surcours received from the governor of Massachusetts, and our French inhabitants refusing to take up arms against us, we owe our preservation, »
Le lecteur peut juger par lui-même sil était nécessaire de citer ainsi la phrase en entier pour prouver la neutralité des Acadiens, et si la partie omise inlirme en quoi que ce soit le fait de cette neutralité. C'est avouer son impuissance que de recourir à de pareilles arguties.
Un autre point qu'on a s'gnalé à grand bruit, et dont on a cherché à tirer parli, c'est une erreur de date, comme il en échappe inévitablement dans un travail de longue haleine tel que celui-ci. Il s’agit de Ja lettre où Shiricy proposait de chasser une partie des Acadiens de leurs terres et de les donner à des colons anglais, afin d’entremêler la population de protestants,
« The abbé Casgrain, s’est-on écrié, has mile a most unhappy mistake in dates, which, when pointed out, dispuses of his conclusions and shatters his invectives. »
« L'abbé Casgrain a fait une très malheureuse erreur de dates, laquelle une fois reconnue renverse ses conclusions et fait tomber ses invectives, »
Pour mettre à néant celte accusation, il me suffit de dire que je n'ai eu qu’à restituer, dans la présente édition, la date aux deux endroits mentionnés, sans que j'aie eu besoin de modilier le texte d’un seul tota, Mes conclusions sont restées absolument les mêmes.
On voit par là jusqu’à quel point est futile la prétendue erreur capitale que j'aurais commise.
Voici les deux endroits que j’ai corrigés :
Page 81, ligne 6, 1748, au lieu de 1744.
Page 239, lique 2 de la note au bas de la page :
1748, c'est-à-dire sept ans avant la dispersion, aw lieu de 1744, c’està-dire onze ans avant la dispersion.
Il n’y a qu’à faire ces deux corrections dans les deux éditions précédentes, c’est-à-dire la deuxième et la troisième, pour rétabiir l'exactitude requise,
Je dois cependant dire que j'ai de l'obligation à mes adversaires pour avoir attiré mon attention sur cette date; mais c’est à un point de vue auquel ils ne songeaient pas.
Ils ne se sont pas aperçus dans quel pétlrin ils se jetaient en sc rabattant, avec tant de triomphe, sur la date de la lettre de Shirley :
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Shirley :
c'est, qu'écrite en ce moment (1748), elle se trouve à avoir un caractère bien plus odieux que si elle avait été dictée quatre ans auparavant,
On va ie voir :
Qu'on regarde à la page 391, appendice du présent volume, et on y trouvera une citation du Journal de ce qui s’est passé d'intéressant à l'occasion des mourements de querre, ete, ete, 1747,
Je résume à quel propos,
Quoique la masse de la population acadienne fût restée paisible durant la guerre de 1744-48, l'irritation des Anglais pour tous les Acadiens, en général, était devenue si inquiétante pour eux qu'ils se décidèrent à ecrire au gouverneur Shirley pour s'assurer quelles étaient les intentions réelles des Anglais,
Voici ce que répondit Shirley :
« Les habitants de l’Acadie ne doivent pas craindre que Île roi d'Angleterre veuille les en faire sortir; qu’au contraire, son dessein est de maintenir et de protéger les sujets fidèles dans la paisible possession de leurs biens ct privilèges, »
Qu'on remarque bien ces derniers mots de Shiricy : il assure que les Acadiens fidèles seront maintenus dans la paisiole possession de leurs biens et privilèges.
Eh bien, c’est à quelques mois de là seulement, que ce même Shirley a écrit cette lettre aux autorités anglaises, où il proposail fo 1ntersperse protestant settlements among the Frenrk in Nora Srotia, taking part ofthe marsh lands from them for the now scttlers, c'est-à-dire pratiquement, d'enlever aux Acadiens de deux terres lune; par con séquent, à peu près la moitié de leurs propriétés, pour les eutremêler de protestants.
Ainsi, cette lettre’qui, par elle-même, est un crime, se trouve doublée d’une trahison,
Voyez d'ici la figure que faisait Shirley :
Journé vers les Acadiens, il leur disait du ton le plus mielleux : « Ne craignez rien, mes amis; vous serez protégés et maintenus sur vos terres, Je vous le garantis au nom du roi,»
Se tournant vers les siens, il leur disait tout bas à l'oreille : « Il faut dépouiller ces Acadiens, en partie, de leurs terres, les entremêler de protestants et les pervertir en achetant à prix d'argent leur apostasie,»
Les deux lettres de Shirley, écrites à des ivtervalles si rapprochés, sont simplement ahominables, Si l’une avait été écrite en 1744, et l'autre en 1748, on pourrait prétexter que les circonstances étaient changées ; mais ainsi rapprochees, elles sont sans excuse quelconque,
À propos de cette même lettre de Shirley, on m a reproché de n'avoir pas cité l'extrait suivant d'une letire du due de Ncew-Castle à ce gouverneur, datée de Whitechapel, le 30 mai 1744.
« As you and Mr. VWarren have represented that an opinion prevails amongst the inhabitants of Nova Scolia, that it was intended to remove them from their settlements and habitations in that province ; and as that report may probably have been artfully spread amongst them in orter to induce them to withdraw themselves from their ullegiance to his majesty, and to take part with the enemy; his
majesty thinks it neccssary that proper measures should be taken to
remove anv such ill-grounded suggestions; and for that purpose, it is the King's pleasure, that you should declare in some publick and euthentick manner to his mujesty's subjects, inhabitants of that province, that there is not the least foundation for any apprehension of that nature, But that, on the contrarv, it is his maje 1v's resolution to protect and maintain all such of them as shall continue in the duty und allegiance to his majestv, in the quiet and peaceable possession of their respective habitations and sellements, and that they shall continue to enjoy the free exercise of their reliæion,
« lis majesty did propose to have signed a proclamation to the
urport above mentioned, and to huve transmilled it to you, to have ns published in Nova Scotia, but as the advises that have been received here of a body of the New England troops which were advanced to Menis, have been surprised by a party of the French Canadians and their Indians, and have been either eut off or taken prisoners ; and the great probubiity theiris, that this misfortune could not have happened to that body of troops, without the assistance or at least, the connivance of the inhabitants of Nova Scotia, make it very difficult to fix the terms of the intended proclamation; his majesty thinks it more advisable to leave it to you to make such a declaration in his name, as you shall be of opinion the present circumstances of the province may require. »
On ajoute que c’est la faute des Canadiens ; c'est parce qu'ils ont envahi la Nouvelle-Ecosse durant la guerre de 1744-48 que l’Angleterre n'a pas donné suite à son projet de garantir aux Acadiens la paisible possession de leurs propriétés,
Le nuïf critique qui formule cette accusation, ne s'aperçoit pas que son raisonnement tourne entièrement contre lui et tout à mon avantage,
Lisez p'utôt la fin de la lettre du duc de New -Castle :
« Sa Majesté, d'til, pense qu'il est plus convenable de vous laisser faire une teile déclaration en son nom, comme vous le jugerez à propos d’après les besoins actuels de la proviuce. »
« His Majesty thinks, etc. »
Cette déclaration, c'était précisément celle mentionnée dans la même lettre, c’est-à-dire de garantir aux Acadiens la paisible possession de leurs propriétés. Or, Shirley l'a faite cette déclaration, C’est en conformité avec cette lettre du duc de New-Castle qu'il a répondu aux habitants de l’Acadie : « Qu'ils ne doivent pas craindre que le roi d'Angleterre veuille les en faire sortir; qu'au contraire, son dessei: est de maintenir et de protéger les sujets fidèles dans la paisible possession de leurs biens et privilèges, »
Que devient l'objcetion de M. Ilind en présence de ce fait ?
La lettre du due, loin d'exonérer Shirley, ne fait que le noircir davantage, Ceite même lettre, loin de contredire mes avancés, ne fuit que les confirmer, Décidément mes adversaires jouent de malheur,
Il est très curieux d'observer le trouble et l'embarras dans lesquels les ont jetés les révélations contenues dans mon livre. Les uns disent cut, les autres disent #0# sur le même sujet. Les uns, par exemple, proclament bien haut, en parlant du volume d’Arehives de la Nouvelle-Ecosse, que rien d'important n’a élé omis, Un autre, sir
rpose, it lick and hat pronsion of lution to the dutv ‘ssion of sall con-
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Adams Archibald,ex-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, au contraire, dit ou, il y a des omissions ; mais ce n’est pas la faute de M, Akins : il n'a publié que les documents que possédait la province de la Nouvelle- Ecosse,
Une telle affirmation est à peine croyable, surtout dans la bouche d'un homme de ja position de sir Adams, I n'v a qu'à jeter un coup d'œil surle volumed'Archirves pour en trouver le démentile plus solennel,
Il ne faut pas perdre de vue que ce volume a éte publié par l'orire et aux frais du gouvernement de la Nouvelle-Écosse ; et cel en vertu d’une résolution du Parlement de cette province, adopté en 1N57,
L'année suivante, le lieutenant-wouverneur fut autorisé par l'Asseme blée : « to procure from the Stste Paper Oflice, in Euziand.,.. copies of any despatches or documents that mav Le found necessary to complete our files, »
« De se procurer du State Paper Office, en Angleterre, des copies de toutes dépêches où documents qui pourraient être trouvés nétessaires pour compléter nos archives, »
£n 1859, même autorisation en ce qui regardait les documents français,
« In 1864, the work was so far advanced, dit M, Akins dans la
rélace du volume, that upwards of 200 volumes of manuseripts had
Hs selected, arranged, catalogued and bound, — comprehending copious selections from the colonial documents in the State Paper Oftice in London, and from those at Quebec, ociginally obtained from the archives of Paris, »
Entendez-vous bien? copiows selections, d'abondantes pièces copiées à Londres !et cela pour compléter les Archives de la Nouvelle-Ecosse, C'était, au reste, comme on vient de le voir, l’ordre formel du gouvernernent,
Après cela, sir Adams ose affirmer que M, Akins n'avait sous les yeux pour ses sélections que les documents de la province de la Nouveile-[icosse |! C'est un comble,
Voyons maintenant le volume compilé par M, Akins, A la page 4, en lête d’une lettre de M, de Pontchartrain à M. d'Iberville, on lit en toutes lettres : (from a translation in the State Paper Office, London)!
A la page 111,à la fin d'une lettre de Mascurène, on lit: « This letter is not dated ; the orixinal in the State Paper Office, in Londou, is marked received 19 nov, 1740, ‘
Que veut-on de plus”?
Avais-je raison, oui ou non, d'affirmer que le compilateur a indiqué lui-même en plusieurs endroits qu’il a étudié les pièces officielles de Londres ?
Avais-je raison, oui où non, d'affirmer que les pièces les plus comrometlantes avaient été éliminées ? Ces pieces, je ies ai publiées, Que e travail d'élimination aitété fait à Londres ou à Halifax, peu importe,
Il a été fait, et toute la responsabilité, aux yeux du public, en retombe sur le directeur de ces travaux, sur celui dont le nom figure en tête du volume en vue duquel tant de recherches, de dépenses et de copies ont été faites aux frais du gouvernement, pendant l'espace de sept ans (1857-64), et ce a, pour compléter les archives de la Nouvelle-Ecosse,
Un quart de siècle s’est écoulé depuis toutes ces recherches, et il a fallu qu'un simple particulier allât de sa personne, et à ses propres frais, en Angleterre, pour découvrir que rien n'était moins complet, (s’il faut en croire sir Adams}, que ces archives d'falifax, complétées, avait-on dit hautement, au prix de tant de peines et de dépenses ; — pour constater que le publie, que le gouvernement de la Nouvelle- Ecosse, en particulier, avaient été mis sous une fausse impression, que les ordres formels de ce gouvernement n'avaient pas été exécutés selon ses intentions, que ce qu'on lui avait présenté officiellement comme étant à peu près terminé, élait encore à recommencer. Un jour ou l'autre, quelque député de la Nouvelle-Écosse devra se lever au Parlement pour demander une enquête sur ce sujet.
En réponse à ces accablantes accusations, on oppose, quoi ? un vote de confiance de la Société historique de la Nouvelle- Ecosse en faveur de M. Akinsi En bonne vérité, croit-on le public assez stupide pour gober cela ?
Si, comme sir Adams le soutient, M. Akins n'est pas coupable, qui donc est coupable ? car sir Adams a avoué candidement qu'il y a des omissions dans le volume d’Archives, Tant que M. Akins n’aura pas dénoncé l’auteur de ces omissions, c'est sur lui que le public en fera retomber la responsabilité,
Les critiques d'un Poerinage au pays d'Evangéline n’ont pas manqné de soulever la question, depuis si longtemps controversée, des Missionnaires de l’Acadie. Ce qu’en a dit l’un d’eux, un certain M. Hind, dans une conférence dont un long compte rendu a été publié dans le Morning Herald d'Halifax, démontre qu’il ne la connait pas ou qu'il ne la comprend pas.
« If some of the missionnaries {of the Acadians), dit-il, had taught them obedience to law instead of ceaseless treason, they would have obtained every thing they sought for, »
Pour réfuter cette assertion de M, Hind, il n’y a qu’à citer un témoignage dont il ne suspectera pas l’impartialité: je veux dire celui du gouverneur lui-même de la Nouvelle-Ecosse. Mascarène, en parlant des missionnaires des Acadiens, écrivait précisément à l’époque que M. Hind cherche à exploiter si geuchement (1744-48): « The missionnaries also writt to me and made their conduct appear to have been on this occasion farr better than could have been expected from them, » (Archives de la Nouvelle-Écosse, p. 147.)
« Les missionnaires m'écrivirent aussi et firent paraitre que leur conduite en cette occasion avait été bien meilleure que ce qu'on pouvait atiendre d’eux (far better). »
Mascarène était donc satisfait de l’attitude des missionnaires, de leur conduite pendant cette guerre. Lui, gouverneur de la Nouvelle- Ecosse, témoin attentif des événements auxquels il avait pris rne part si proéminente, il était en meilleure position que qui que ce soit parini les siens pour juger de la situation, M. Hind ne niera pas cela. Cependant quelle différence et quelle flagrante contradiction entre le sentiment de Mascarène et son assertion,
Evidemment Mascerène, en faisant officiellement cette déclaration au
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à citer un téx dire celui du ,en parlant des l’époque que « The missionhave been on from them, »
sionnaires, de la Nouvellevait pris rne i que ce soit iera pas cela. ion entre le
éclaration au
sujet des missionnaires des Acadiens, ne voulait pas ct ne pouvait pas parler des missionnaires des sauvages, l'abbé Leloutre et l'abbé Maillard, qui avant et depuis l'ouverture de la guerre, s'étaient déclarés ouvertement contre les Anglais, et qui continuèrent à prêter main forte aux Français jusqu’à la fin de cette guerre, C'est qu’il savait très bien, lui qui était sur les lieux, ce que M. Hind ne soupçonne même pas: il faisait une distinction entre Îles missionnaires des sauvages et Îles missionnaires des Acadiens. MM. Leloutre et Maillard étaient absolu ment et entièrement au service de la France: ils étaient subventionnés par la France, entretenus aux frais de la France qui leur payait une pension annuelle pour qu'ils pussent se consacrer à l'évangélisation des sauvages. Prêtres et Français, ces missionnaires poursuivaient deux buts également louables, également approuvés par tous les peuples civilisés : premièrement et avant tout, celui d’'évangéliser et d'humaniser les tribus sauvages ; secondement d’affermir le pouvoir de la France, leur patrie, parmi ces nations, de les lui concilier, de les entrainer dans sa sphère d'action, et, en cas de guerre, de les accompagner dans leurs expéditions, alin de leur continuer les offices de leur ministère, de leur montrer à faire la guerre à la manière des Pots civilisés, de les empêcher de commettre ces cruautés auxquelles ils étaient si enclins, d'arracher souvent les prisonniers de leurs mains, comme ils l'ont fait en bien des occasions, l'abbé Leloutre en particulier. Ainsi en temps de paix comme en temps de guerre, ces missionnaires étaient les bienfaiteurs de l'humanité, |
Pendant ce temps-là, que faisaient les Anglais en contact avec ces mêmes sauvages de l’Acadie ? Où étaient les ministres protestants qui auraient dû imiter les missionnaires catholiques dans leur œuvre de civilisation ? Nommez-en un seul qui se soit dévoué ; ils aimaient mieux vivre grassement chez eux, avec leurs femmes et leurs enfants,
Si du moins les Anglais n'avaient pas excité les cruels instincts des Indiens, par les horreurs qu’ils commettaient contre eux. J'en ai raconté des exemples épouvantables (voir p. 317), . |
Ce fut à la suite de la guerre de 1744-48 que les missionnaires des sauvages, MM. Leloutre et Maillard, s'occupèrent activement a Se diens; et pourquoi ? Parce que, malgré les belles protestations . nglais qui avaient garanti à tant de reprises aux Acadiens que eurs paroisses seraient pourvues de prêtres, on les laissait presque sans secours religieux. Leur population s'accroissait rapidement ; et Se d'augmenter, les prètres diminuaient,. On mettail Loute espèce d'obstacles à leur entree et à leur séiour dans la province. Tant il est vrai de dire que, de quel côté qu’on se tourne dans cette malheureuse question acadienue, on ue rencontre que trahison. ne |
M. Hind a belle grâce de se récrier contre les missionnaires des Acadiens, de soutenir qu'ils ont manqué à leur devoir en ne prêchant pas une aveugle soumission à leurs maîtres, J’ai montré clairement qu'à la suite de toutes les tromperies dont les Acadiens avaient nt victimes depuis le treité d'Utrecht, ils avaient plein droit de se révolter, de secouer le joug qu’on leur imposait. Quoi ! on admire les Anglo-Américains qui se sont révoltés contre l'Angleterre et lui oc. arraché leur indépendance au siècle dernier, parce qu’elle voulait leur
imposer quelques ballots de marchandises, Et on voudrait que les Acadiens, dont les plus chers intérêts élaient sans cesse menacés, ct dont on tramait plus que jamais Ja ruine, eussent été obligés de courber la tête et de se laisser immolcr, comme ils l'ont été en définitive!
De nos jours, le clergé irlandais ne dissimule certes pas ses sentiments à l'égard de l'Angleterre: il réclame hautement la liberté de l'Irlande. Voilà trois cents ans qu'il réclame cette liberté. M. Hind et ses partisans vort-ils lui adresser le même reproche qu’ils font aux missionnaires des Acadiens ; vont-ils lui en faire un crime?
Allons donc; on perd le sens commun,
Si, comme je l'ai fait remarquer, les missionnaires des Acadiens ont mérité quelque blâme, c'est plutôt d’avoir trop prêché la soumission.
N'auraient-ils pas mieux fait, n’auraient-ils pas été plus utiles, en effet, aux Acadiens en leur conseillant ouvertement de s'unir aux Français et de prendre les armes, Les Acadiens auraient, en toute probabilité, réussi à s'emparer de Port-Royal et à chasser les Anglais de la Péninsule. Et s'ils n'avaient pas réussi, s'ils avaient été vaincus, ils n'auraient pu se faire d'illusion, et ils se seraient hâtés de se réfugier du côté des Frar.çais. Par là ils auraient évité la déportation.
En tous cas, leur sort n’aurait pu être plus malheureux qu'il ne la été.
Et voilà pourquoi j'affirme que les missionnaires auraient mieux fait (puisqu'ils en avaient plein droit, je le répète), de prêcher une croisade contre les plus traitres des dominateurs, et d'employer les derniers eflorts pour aider les Acadiens à s'affranchir de leur joug.
Si ou ose dire qu’ils auraient eu Lort, qu’on le prouve.
ITIQUES
voudrait que les cesse menacés, et é obligés de courété en définitive !
tes pas ses sentiment Ja liberté de erté, M. Hind et he qu'ils font aux crime ?
des Acadiens ont ; la soumission.
é plus utiles, en it de s'unir aux uraient, en toute lasser les Anglais ent été vaincus, hâtés de $e réfu— déportation, ureux qu’il ne l’a
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TADLE DES MATIÈRES