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Un pèlerinage au payx de Brizeux

LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DES GENS DE LETTRES PALAIS ROYAL. 17 ET 19, GALERIE D'ORLEANS

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Zdoi

Bien avant que les pèlerinages fussent devenus à la mode, l'auteur de ce volume avait commencé les siens. Entraîné vers le Midi par ses goûts et quelques circonstances de sa vie, il parcourut la Provence, accompagné des souvenirs du poème qui fît alors à M. Frédéric Mistral une si grande et si juste renommée ; de là naquit le Pèlerinage de Mireille.

Plus tard, amené à faire un séjour dans le Languedoc., il céda au désir d'aller s'entretenir avec

la mémoire d'Eugénie de Guérin. au pays même où elle avait passé toute sa vie, écrit son Journal,

où elle dort son dernier sommeil aux côtés de son cher Maurice ; ce fut l'occasion du Pèlerinage

au Coula.

Enfin il n'a pu résister non plus au besoin de visiter la Bretagne, la patrie de Brizeux, un poète dont les vers l'avaient ému des sa jeunesse, et

c'est ainsi qu'il a écrit ce troisième Pèlerinage. Il ne rappelle ici cette succession de voyages littéraires que pour mieux en marquer l'unité, au premier abord peu apparente. Mireille, le Journal d'Eugénie. Marie et les Brelans, en dépit de différences radicales, révèlent, au plus profond, une même âme dans la manière de comprendre et de sentir, d'interroger et d'exprimer la nature. le monde et la vie. Brizeux, Eugénie, morts depuis longtemps, Mistral aujourd'hui dans sa vaillante maturité, quoique ni de même race, ni de même caractère, ni de même trempe intellectuelle, se trouvent à coup sur moins étrangers les uns

aux autres qu'à certains jeunes poètes des plus loués d'à présent.

C'est parce qu'il se sentait attiré de loin par cette divine parenté des trois poètes que nous venons de nommer — Eugénie, à quelques égards, peut en effet mériter ce titre, — que l'auteur a pris tant de plaisir à s'en aller en pèlerinage aux lieux qui furent non-seulement la terre de leur naissance et leur séjour de prédilection, mais encore la patrie de leurs œuvres.

Al PATS DE BRIZEIX

Brizeux est mort en l'année 1858. Peu de temps après, M. Saint-René Taillandier recueillit et publia les vers du poète son ami qui. avant de mourir, lui avait expressément confié cette missron. Il est à croire que si l'édition, en deux volumes, fut assez prompte ment enlevée, on le dut aux survivants de la génération de 1830. Ce qui restait de ces hommes dont la jeunesse s'était si vivement passionnée pour les choses littéraires, se hâta de se procurer, dans leur ensemble, des œuvres isolément venues au jour durant l'espace de trente années. Disons aussi que, dès le commencement, les admirations dont Brizeux fut l'objet

s'accompagnèrent de sympathie. On le vit peu mêlé au mouvement des hommes et des choses, sa poésie ne devint jamais à la mode, et néanmoins nul poète, dans ee siècle, sauf le chantre de Jocelyn, n'a peut-être possédé autant d'amis inconnus. Chacune des années écoulées depuis sa mort en a sans doute diminué le nombre, et, si l'on se souvient des tendances de l'esprit public pendant cette période déjà longue, on peut croire que les vides n'ont pas tous été comblés.

Cependant, si pour le génie poétique, Brizeux ne vient qu'après les trois ou quatre dii majores du siècle, par l'âme il les vaut tous. Ce qui donne à son œuvre une originalité supérieure, ainsi qu'il apparaîtra dans la suite de ce livre, c'est, bien plus que son empreinte bretonne, une passion obstinée à poursuivre le beau moral, à le réaliser, à l'enseigner. Ces aspirations constantes au divin semblent avoir assagi même les facultés du poète, épuré son goût : et tandis que la poésie de Lamartine et de Victor Hugo a vieilli par plus d'un côté, Brizeux, qui est loin d'avoir leur envergure et leur puissance, conserve un caractère classique, on pourrait dire éternel.

Telle est la raison qui nous a porté à nous occuper de Brizeux, et fait penser que revenir à cette mémoire un peu oubliée ne serait pas inopportun.

Du reste, il est quelques familles — nous en connaissons plus d'une — où les jeunes ont reçu des aînés l'initiation au culte du poète breton. On dit aussi que

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