‹ Un pere de jeunesseChapitre 27 sur 55 · Vie de M. Allemand, page · texte numérisé non relu

Vie de M. Allemand, page

VIE DE M. DE PRÉVILLE l3o.

une paroisse de campagne dont M. de Préville connaissait le curé. Généralement la route se faisait partie en chemin de fer, partie à pied. Grâce à la plus franche cordialité, à l'entrain général, le voyage était un des meilleurs moments de la journée. En entrant dans le village, le patronage se rendait immédiatement à l'église, pour assister à la sainte messe. On servait Dieu et, du même coup, on édifiait le prochain ; car Farrivée de l'œuvre dans une paroisse ne passait jamais inaperçue et faisait toujours église comble .

Laissons, d'ailleurs, la parole à un témoin de ces joyeuses excursions : il s'agit d'une, promenade de lundi de Pentecôte, dans les environs de Marquise : « Le saint sacrifice terminé, nous prenons congé de M. le Curé, et nous nous en«-aofeons à travers les marais du pays. Plaines immenses, toutes couvertes d'eau en hiver, et toutes resplendissantes, en été, de la végétation la plus luxuriante ; l'herbe et les fleurs nous montaient jusqu'aux genoux ; aussi, vous voyez d'ici les cent culbutes que les Benjamins de la promenade ne manquaient pas d'exécuter au milieu de ces tapis de verdure ; vrai-

ment, ils étaient plus heureux que les poissons dans l'eau. Les plus grands les regardaient faire et, dédaignant de se livrer à un exercice qui n'était plus de leur âge, se contentaient d'applaudir à leurs ébats. Passons les marais, sautons les ruisseaux qui en découpent çà et là la vaste étendue, franchissons avec précaution le pont de quarante centimètres de largeur qui s'impose à nous pour passer une petite rivière et arrivons bien vite à B... où nous attend notre dîner. Ici encore, c'est M. le Curé qui nous reçoit à bras ouverts. Par ses soins, deux tables encadrées de bancs rustiques avaient été préparées sous une voûte de verdure, au sein même du presbytère. Charmante, cette idée de nous faire dîner au milieu d'un bosquet où les arbres balançaient majestueusement leurs branches au-dessus de nos assiettes, et où, tout en reprenant des forces, nous jouissions du concert des petits oiseaux qui venaient voltiger légèrement au-dessus de nos têtes ! « Mais, faut-il le dire, plus charmant encore fut l'empressement avec lequel M. le Curé voulut lui-même nous servir. La gaîté fut complète, l'appétit ne manqua pas et rien ne fit défaut pour apaiser ses exigences ; enfin comme

de coutume, les chansonnettes allèrent leur train ; M..., avec cette voix charmante que nous lui connaissons tous, nous fit entendre le « Tunnel sous-marin » ; B... remporta un vrai succès en nous chantant avec force commentaires, improvisés par lui pour la circonstance, « Mouillard les concombres », etc.; enfin, on infligea à M. le Curé l'audition de la « Cigale et la Fourmi » . Une réception semblable exigeait évidemment des remerciements particuliers, nous les adressâmes de bien bon cœur à M. le Curé, et nous le quittâmes à regret, pour prendre la route d'Ambleteuse. « Mon Dieu, cette route est comme beaucoup d'autres ; je ne vous la décrirai donc pas ; je me contenterai de vous dire qu'après avoir franchi environ quatre kilomètres, nous envahissons la plage et les dunes d'Ambleteuse, où chacun est prié de prendre ses ébats, comme bon lui semble, pourvu que ce soit toujours raisonnablement. Les uns ont grand plaisir à escalader le vieux fort abandonné de la plage, et à simuler une bataille ; d'autres trouvent une joie incomparable à monter sur la vieille carcasse d'un bateau échoué sur le sable ; ceux-ci prennent des bains de pieds, c'est pour eux la plus douce jouissance ;

ceux-là jouent au « carabin » dans un ravin, entouré de quatre montagnes de sable ; plus loin, on en voit qui, étendus sur le sable brûlant comme de véritables lézards, se livrent à d'admirables ronflements

« Mais que le temps s'écoule vite quand on s'amuse bien ! Voilà deux heures passées comme un rêve : nous nous rendons à l'église pour y réciter le chapelet et recevoir la bénédiction du Très Saint Sacrement ; puis il faudra déjà penser au retour! » (1)

A ces grandes promenades de Pâques, de Pentecôte et du 14 juillet, il faut ajouter celles des corporations ( Saint Crépin, Saint Eloi, Saint Jean devant la porte latine, Saint Claude) et celles de la congrégation qui présentaient à peu près le même caractère .

M. de Pré ville ne négligeait rien pour donner un vif intérêt à ces excursions. Il prenait, à sa charge, une bonne partie des frais, désireux que le plus grand nombre possible jouît de ces récréations. A la fin d'une journée semblable à celles que nous avons racontées, il écrivait dans son journal : « Bonne promenade : les enfants semblent s'y être

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