‹ Un pere de jeunesseChapitre 26 sur 55 · Procès-verbaux de la Garde d'honneur, 19 janvier · texte numérisé non relu

Procès-verbaux de la Garde d'honneur, 19 janvier

au fond de la cour et en chasser les Anglais. Dieu ! quelle ardeur ! On grimpait sur les peupliers, sur la toiture de la gloriette^ on se laissait glisser le long des barreaux. De tous côtés, on envahit la place ; il ne tint qu'à un cheveu, que, au mépris de l'histoire, Jeanne d'Arc ne fût faite prisonnière : cela se comprend, dans le feu de la bataille, on peut oublier l'histoire. Je me souviens avec quels hourras et quels chants de joie, nous poussâmes le cri de victoire lorsque le drapeau blanc fut planté sur la position. Je crois encore entendre les cris de guerre : « Mort à l'Anglais, sus à l'ennemi. » Vrai, c'était entraînant !

« Mais le plus comique, c'était d'entendre après la bataille le commentaire de l'action ; l'on redisait les fautes commises ; ici, on aurait dû faire telle chose, là, telle autre ; les uns racontaient leurs prouesses et leurs exploits ; les autres se tàtaient et montraient les éraflures reçues dans la mêlée. Parfois on avait un œil poché, mais, à cela près on était content, et quand on rentrait le soir à la maison, on radoucissait les mamans courroucées à la vue d'un pantalon déchiré, en leur racontant avec force détails, les

exploits de la journée, et le cœur heureux, on s1endormait en rêvant une autre bataille. » (i)

M. de Préville avait horreur des promenades par petits groupes. Cette manière de passer le temps au patronage ne lui paraissait pas digne d'un jeune homme. « Cela sent le commérage à quinze lieues à la ronde » disait-il quelquefois dans son langage familier ; mais les jeux bruyants et animés, il les encourageait par tous les moyens en son pouvoir.

Quand le mauvais temps forçait les enfants à quitter la cour, ils entraient dans une grande salle du rez-de-chaussée, la « salle des histoires »,. qui se transformait immédiatement en préau de récréation. Leur plus grand plaisir était de courir autour des colonnes et des tables, en sorte que le jeu ne s'arrêtait jamais. C'était ce que désirait M. de Préville.

Le soir, nous l'avons dit, les grands se rendaient dans les salles d'en haut. Là, c'était l'endroit des jeux tranquilles dont nous avons parlé : même simplicité que dans la cour, pour le choix des divertissements. Le billard en était exclu ; on n'y connaissait

i. Messager de Notre-Dame des Apprentis, 1888, août,

pas les représentations théâtrales. Sur ce point, M. de Préville était intransigeant.

II avait ses raisons, comme M. Allemand avait les siennes.

Ce qu'il voulait, c'était qu'on s'amusât au patronage ; or, quoiqu'il n'y eut ni billard, ni théâtre, on s'y amusait beaucoup. « L'expérience l'a prouvé, disait l'auteur de la vie du saint prêtre de Marseille dont nous citons souvent le témoignage plein d'autorité ; plus les jeux sont simples dans une œuvre, plus on s'y amuse. C'est comme le pain qui plaît toujours et dont on ne se dégoûte jamais. » (i)

D'ailleurs, malgré cette simplicité qui était un des principaux charmes de l'œuvre, il y avait à côté des divertissements quotidiens, des récréations extraordinaires parmi lesquelles il faut signaler les « grandes promenades » .

Il y en avait trois surtout, qui offraient l'intérêt le plus attachant, à savoir, la promenade du lundi de Pâques, celle du lundi de Pentecôte, et celle du 14 Juillet. On partait de Boulogne de très bonne heure, pour

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