‹ Un pere de jeunesseChapitre 42 sur 55 · Lettre 21 février i · texte numérisé non relu

Lettre 21 février i

2. Nous apprenons que M. le Supérieur de N.-D. des Apprentis organise une « Réunion d'Anciens » qui fait espérer les résultats les plus consolants.

VIE DE M. DZ PREVILLE 223

les coins de Boulogne, se réunissent au patronage du boulevard Eurvin , deux fois par semaine ; le vendredi, c'est le jour des femmes; le dimanche est réservé aux hommes. On distribue, aux uns et aux autres, une large aumône, qu'on ne donne pas sans l'accompagner d'une aumône spirituelle. L'œuvre fonctionne de la manière suivante : Le vendredi, à l'heure convenue, les femmes sont groupées dans la chapelle ; on ouvre la séance par une prière faite à haute voix et par quelques couplets d'un cantique populaire, puis le supérieur de la maison adresse à son auditoire une petite instruction familière qui est écoutée avec avidité. La portion de pain est donnée à l'issue de cet exercice .

Pour les hommes, l'organisation est meilleure encore. On les réunit dans la matinée du dimanche, vers dix heures, après la messe de l'œuvre ; pendant le saint sacrifice qui est célébré pour eux, on leur adresse quelques mots d'édification et l'on récite avec eux le chapelet entremêlé de cantiques. C'est un spectacle touchant ; ensuite les pauvres s'en vont avec leur beau morceau de pain blanc.

A l'époque des Pâques, une retraite préparatoire à la communion leur est prêchée.

Pendant les trois jours de retraite, au morceau de pain réglementaire, on ajoute une bonne soupe, épaisse et chaude, qui est quelquefois servie par l'élite des jeunes gens de la ville. La communion générale termine ces jours de bénédiction et il n'est pas rare de voir une centaine de ces braves gens s'asseoir à la Table sainte et puiser au Tabernacle la force dans l'épreuve avec la résignation dans le besoin. Ecoutons M. de Préville, remercier Dieu d'avoir choisi sa maison et sa congrégation pour un tel ministère :

« Mon bien cher Frère, il me semble que cette affluence de pauvres ne peut que vous flatter. C'est ce qui va vous poser, dans Boulogne, comme un vrai fils de saint Vincent de Paul. Mais, de grâce, gardezvous bien de les renvoyer sans leur donner quelque chose ; rappelez-vous la parole de

Notre-Seigneur : Miser cor super turbam le

Père Supérieur à qui j'ai lu votre lettre dit que vous devez vous estimer bien heureux d'avoir cette belle part du troupeau à évangéliser. » (i)

i. Lettre à M. Le G..., n février 1886.

La retraite des pauvres, surtout, le comblait de joie.

« Merci, mon cher Frère, de tous les détails pleins d'intérêt que vous nous adressez sur votre retraite des pauvres et sur les résultats si consolants que vous obtenez.

« Comme ces retraites font aimer les pauvres ; on ne les connaît pas ces pauvres gens, ils sont au moins aussi aimables que nous. Je comprends maintenant l'enthousiasme de saint Vincent de Paul pour les missions des pauvres. En réalité, elles ne sont pas difficiles, mais on les craint, comme on craint d'entreprendre tout ce qui doit produire un bien sérieux. La raison en est facile à comprendre ; le démon a intérêt à nous éloigner de ces entreprises qui peuvent lui arracher des âmes, et il nous en exagère les difficultés et les complications. Mais, grâce à Dieu, dans notre congrégation, l'expérience est faite maintenant, et ces œuvres demeurent le patrimoine d'un institut consacré au service des pauvres.

« Le bon Père Myionnet voyait dans ce ministère quelque chose de providentiel, il en augurait un grand bien et croyait y entrevoir un instrument de régénération sociale,

11 me semble que vous y avez bien heureusement mêlé le dévouement de vos jeunes confrères. Comme vous le dites, je suis, moi aussi, convaincu que ce petit effort va être pour eux la source d'un grand bien.

« Continuons à aimer et à soigner ces pauvres abandonnés, afin de mériter d'être soignés et aidés par le bon Maître, quand nous en aurons besoin nous-mêmes. Le Père Supérieur est très heureux de tout ce bien qui se fait aux pauvres : il y voit le gage de la bénédiction du bon Dieu sur nous, sur la congrégation, sur l'avenir — » (i)

A l'heure qu'il est, ces admirables dévouements envers les pauvres provoquent des imitateurs sur les différents points de notre pays. Qui' d'entre les catholiques n'a suivi ce magnifique mouvement de charité dont la Basilique du vœu national est le théâtre, depuis plus d'une année ?

M. de Préville entrevoyait, à la suite de ce ministère auprès des pauvres, de nombreuses bénédictions pour la famille religieuse à laquelle il appartenait ; il est bien permis de concevoir les mêmes espérances

i. Lettre à M. Le G..., 26 avril 1887.

pour la France tout entière, en face des merveilles charitables qui se réalisent au cœur de notre Patrie.

En tout cas, il n'est pas téméraire de penser que cet amour effectif des pauvres fut pour l'œuvre de M. de Préville, la raison d'une protection spéciale de la part de Dieu.

Pour en donner la preuve, peut-être serat-il bon de montrer en quelques pages qui termineront ce chapitre, les. principaux résultats extérieurs du patronage de Notre-Dame des Apprentis ; nous disons « extérieurs », car il y en a d'autres qui sont connus de Dieu seul, fruits de conversion, fruits de préservation, fruits de sanctification, ces choseslà restent le secret de l'éternité.

L'un des résultats de l'œuvre créée par M. de Préville fut l'éclosion de nombreuses vocations ecclésiastiques ou religieuses. Voyaitil dans un enfant des dispositions pour le sacerdoce ou pour la vie régulière, le saint directeur de Notre-Dame des Apprentis se faisait un bonheur et un devoir de l'entourer de soins, de le porter à une piété plus grande, afin de seconder les desseins que Dieu avait sur cette âme privilégiée. Puis, comme nous l'avons déjà dit, M. de Préville se faisait pro-

fesseur de langue latine, malgré la multiplicité de ses travaux. Parfois même, il conduisait ses élèves jusqu'aux classes les plus avancées ; c'était surtout lorsqu'il se trouvait en présence de jeunes gens dont il avait tardivement remarqué la vocation et qui étaient trop âgés pour suivre l'ordre régulier des cours ; mais, enfants ou jeunes hommes, M. l'abbé de Préville avait presque toujours des élèves qu'il destinait à l'état ecclésiastique, et qu'il plaçait lui-même au séminaire. A l'heure où nous écrivons ces lignes, il se survit dans dix ou douze prêtres du seul diocèse d'Arras, qui honorent leur bienfaiteur par les services qu'ils rendent à la cause du Seigneur dans le ministère des paroisses et des collèges. D'autres enfants du patronage sont religieux de la Compagnie de Jésus ou Frères de Saint Vincent de Paul. Après Dieu, c'est à M. de Préville, qu'ils doivent la grâce de leur vocation.

Du reste, l'abbé de Préville portait aux séminaires un intérêt de premier ordre. Lui a-t-on jamais inutilement tendu la main en leur faveur ? Nous savons pertinemment le contraire. Au surplus, après avoir largement payé de sa fortune, il payait aussi de sa personne.

Chaque année le vénéré supérieur du Petit Séminaire de Boulogne demandait à M. de Préville de venir confesser à l'occasion de la retraite de rentrée ; il acceptait avec bonheur, tandis qu'il refusa toujours de prendre d'autres confessions pour lesquelles on le réclama plus d'une fois. Il s'agissait d'âmes de jeunes gens, et surtout, de futurs prêtres ; cela suffisait pour qu'il se donnât tout entier. Cette sollicitude que l'abbé de Pré ville témoignait aux enfants appelés à une vie plus parfaite, il la montrait également envers les autres jeunes gens relativement à la question de leur avenir. Pour lui, ce ne fut jamais assez de les recevoir au patronage et de s'occuper seulement de leurs intérêts spirituels ; il s'occupa toujours très vivement de leurs intérêts matériels. Bien avant l'encyclique « Rerum novarum » , il avait compris le devoir social, tel qu'il ressort des enseignements de Léon XIII. Dès le début de son œuvre, nous le voyons faire des démarches actives auprès des patrons chrétiens en faveur de ses chers protégés. Son « Journal de directeur » signale que le premier placement eut lieu, grâce à ses soins, le Ier septembre 1873, c'est-àdire quelques semaines seulement après l'ou-

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verture de sa maison de la rue Tour Notre- Dame. Combien de ses jeunes gens lui doivent d'avoir franchi rapidement le premier pas toujours si difficile pour trouver une carrière ! Il ne reculait pas devant les plus pénibles démarches afin de leur trouver un emploi honorable et rémunérateur. Et comme toute la ville le connaissait et l'admirait, il était rare que ses demandes ne fussent pas favorablement accueillies. M. de Préville ne s'arrêtait pas là. Il voulait que ses enfants fussent de bons et honnêtes employés ou ouvriers ; aussi s'attachait-il, dans les conversations particulières de Notre-Dame des Apprentis, à détruire un à un leurs préjugés et à faire disparaître chez eux tout sentiment d'opposition contre le patronat ou le capital. Nous retrouvons les échos de ces causeries dans ses notes ; personne, dans sa sphère d'action, n'a autant contribué que lui à arrêter les progrès du socialisme. Aujourd'hui, il n'est guère d'atelier ni de bureau où ne se trouvent les enfants de M. de Préville ; ceux-ci conforment leur conduite aux principes qui leur ont été enseignés par leur bienfaiteur, et la plupart sont des exemples de travail, de loyauté et de fidélité. D'aucuns même sont arrivés

à d'honorables situations. La réputation du patronage est si bien établie que beaucoup de chefs d'établissement qui occupent un certain nombre d'employés, s'adressent de préférence à Notre-Dame des Apprentis ; les traditions qui y sont fidèlement gardées, sont considérées par les patrons, comme une garantie très précieuse qu'ils ne trouvent pas facilement ailleurs. C'est un avantage considérable dont il faut faire remonter l'honneur à l'œuvre de M. de Préville.

C'est en leur témoignant cet intérêt de tous les instants que le directeur de Notre- Dame des Apprentis parvenait à maintenir le plus grand nombre de ses enfants dans le droit chemin jusqu'à l'époque du mariage.

A partir de ce moment, M. de Préville les rendait à leur paroisse. « Depuis dix ans, écrivait-il en 1888, j'ai, pour ma part, versé dans les différents quartiers de la ville une dizaine de ménages qui, tous, fréquentent leur église paroissiale, autant que les autres bonnes familles du voisinage. » (1) Le temps a marché ; dix autres années sont venues s'ajouter à la vie du patronage, pen-

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