CHAPITRE QUATORZIEME
Le Patronage de Notre-Dame des Apprentis
depuis le départ definitif
de M. de Préville — Les Petits Novices
Intérêt de M. de Préville
pour son Œuvre de prédilection
L'Œuvre des Pauvres
Trois Résultats du Patronage :
les Vocations, l'Entrée dans les Bureaux
et Ateliers, les Familles Chrétiennes
jetées dans les différentes Paroisses
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n quittant, par obéissance, son œuvre de prédilection, M. de Préville put, du moins, emporter l'assurance qu'elle continuerait à prospérer et à faire du bien. C'était l'un des buts qu'il avait poursuivis en entrant dans une congrégation religieuse. Son successeur se fit, en effet, un devoir de conserver avec un soin jaloux les traditions du saint fondateur.
A partir du jour où M. de Préville appartint à la famille de M. Le Prévost, les supérieurs de l'Institut firent de la maison du boulevard Eurvin, une sorte de petit noviciat où ils envoyaient plusieurs jeunes gens se former à l'esprit de la Congrégation et à la pratique des œuvres ouvrières.
En môme temps qu'ils poursuivaient leurs études, au collège des Pères Jésuites, ces futurs Frères de Saint Vincent de Paul passaient leurs jours de congé dans les différents patronages de Boulogne. Ils étaient six ou sept, et avaient, chacun, leur œuvre particulière. Leur concours était des plus précieux pour les prêtres des paroisses ; car ceux qui sont du métier savent combien il est pénible, à certaines heures, d'unir le ministère ordinaire à la charge d'une œuvre de jeunesse. Les petits novices recevaient donc le meilleur accueil dans les patronages ; les enfants eux-mêmes s'attachaient à eux, et plus d'un se maintint dans la vertu par suite de leur heureuse influence.
Est-il besoin de faire remarquer qu'en devenant maître des novices ou bien Assistant de la congrégation, M. de Préville avait laissé une partie de son cœur à Notre-Dame des Apprentis? Pour quiconque voudrait en douter, il nous suffira d'ouvrir sa volumineuse correspondance et d'en détacher quelques extraits au hasard. Voici une lettre écrite en réponse à des souhaits de fête pour la Saint-Raoul :
« Mes chers enfants, ne voyant pas venir
ma réponse, quelques mauvaises langues ont peut-être déjà dit : ;: Tu vois bien, il ne « pense plus à nous ; il nous a déjà oubliés. » Heureusement j'entends le plus grand nombre protester de la fidélité de mes sentiments et de mon affection profonde pour chacun de vous. J'ai eu bien de la joie à lire tous vos noms, les uns après les autres. Je les ai fait lire à M. T. ..(i) qui s'est réjoui avec moi de vous savoir si fidèles. Merci donc, mes chers enfants, de vos bons et aimables souhaits.
« Vous savez que, de mon côté, je prie bien pour votre persévérance. Votre exemple a. produit à Boulogne, les plus merveilleux résultats ; il a fait créer quatre ou cinq patronages qui marchent sur vos traces, qui seront fervents et édifiants, tant que vous le serez vous - mêmes , qui seraient tièdes et sans vigueur, si vous abandonniez les bonnes traditions de Notre-Dame des Apprentis.
« Parmi ces traditions, vous le savez, il en est une qui m'est particulièrement chère, parce qu'elle se rattache au premier acte de
1. Un ancien novice qui a exercé au patronage des Apprentis, et où il a laissé le meilleur souvenir.
courage public que vos aînés ont fait devant toute la ville ; je veux parler de la procession. C'est là que vous êtes vraiment les amis du bon Dieu, quand devant une foule de jeunes gens impies et libertins, vous vous affichez. comme de dévots et de vrais enfants de Marie, chantant et récitant le chapelet. J'étais fier d'être derrière vous !
« Quelque chose me consolera de mon départ, ce sera de penser que cette habitude, comme toutes les autres, vous l'avez gardée. Courage, je compte sur vous. Comme un colonel à la tête d'un régiment connu et aimé, j'étais certain de la victoire, et je suis convaincu que déjà mon successeur se réjouit à la pensée de vous conduire ainsi à la bataille. N'oublions pas que ce fut la raison d'être de notre bannière : ce ne sera pas aujourd'hui que cette bonne habitude cessera. J'attends le bulletin de victoire contre le respect humain, le soir même de la procession.
« Je vous bénis, vous remercie de nouveau et vous embrasse comme je vous aime
« Votre Père dévoué
« R. de Pré ville, prêtre. »
5 Mai i885.
Mais si la bonne marche de son œuvre et les nouvelles qu'on lui en donne , le réjouissent, M, de Préville n'entend pas qu'on fasse rejaillir sur sa personne les succès du patronage. « Merci, mon cher Frère, (c'est à son successeur qu'il écrit) de l'aimable petit mot que vous m'avez de suite envoyé, pour me donner des nouvelles de la retraite des jours gras ; je bénis avec vous Notre-Seigneur de ce nouveau succès qui confirme tous les autres et qui prouve bien que, dans tout cela, rien n'était personnel, mais seulement le couronnement d'une méthode en tout conforme à l'esprit de l'Evangile... »
A l'époque même où M. de Préville écrivait ces mots, sa pensée se reportait sur les anciens du patronage et méditait le projet de leur faire donner une retraite pour la fête de Pâques. « Je suis convaincu, disait-il toujours à son dévoué continuateur, que vous allez prendre goût à tout ce mouvement et que vous mettrez en train ma retraite d'anciens pour la semaine qui suivra le temps pascal, afin de réparer, autant que possible, l'omission du devoir de la communion annuelle. Inquiétez-vous auprès de vos fidèles de ceux que l'on pourrait utilement inviter. Seulement soyez plus
confiant qu'eux-mêmes : ils ne vous donneront guère d'espoir et moi j'en ai beaucoup.
Je crois qu'il faudra multiplier les invitations : peu importe qu'il y en ait quelquesunes d'inutiles ; l'essentiel est que nous ramenions quelque égaré. Si je pouvais, j'irais bien volontiers prêcher ces vieux enfants de ma tendresse. Prions et Notre - Seigneur bénira nos efforts... » (i)
Avec quelle fidélité et quelle joie ces « vieux enfants de sa tendresse » répondirent à l'appel de M. de Préville ! Quelquesuns même revinrent de très loin, comme le prodigue, se jeter sur le cœur d'un père, heureux de leur rendre la robe de leur première innocence et l'anneau d'une amitié que rien n'avait pu briser. (2)
M. de Préville n'éprouva pas une moins agréable émotion lorsqu'il eut connaissance de l'œuvre des pauvres que son successeur organisa en 1886 à Notre-Dame des Apprentis. Disons, en effet, pour ceux qui pourraient l'ignorer, que depuis cette époque, un grand nombre de pauvres, venant de tous