Le 22 mai
l'impulsion de son dévouement pour les âmes, il a trouvé le repos de son cœur, il est resté nôtre, cependant ; et si ses frères sentent vivement la grande perte qu'ils font aujourd'hui, nos cœurs ne sont pas moins tristes devant la perte que nous faisons nousmêmes.
« Mes frères, la parole de l'Ecriture qui semble le mieux rappeler M. de Préville, c'est ce mot de saint Paul, dans sa deuxième Epître aux Corinthiens : « Libentissime impendam et super impendar ipse pro animabus véstris. » Je donnerai tout, je m'épuiserai même, s'il le faut, pour le salut de vos âmes.
« C'est toute la vie de M. de Préville, depuis le jour où nous l'avons vu, ici même, célébrer les prémices de son sacerdoce, jusqu'à celui où nous pleurons sur ses restes mortels. De tout cœur, il a travaillé au salut des âmes. Nos écoles, nos patronages, nos institutions religieuses sont là pour témoigner qu'il a réalisé cette devise. Plusieurs paroisses de Boulogne n'auraient pas le bienfait inappréciable d'écoles catholiques, si M. de Préville n'avait contribué à leur fondation avec une libéralité qui n'a rien de
comparable ; tous nos patronages viennent de lui ; quant à nos maisons religieuses, il ne m'appartient pas de révéler ce que le cher défunt a fait pour elles ; mais à l'époque de la fondation si laborieuse du Petit Séminaire, je puis bien dire que nulle main ne s'est tendue vers nous, plus généreuse que la sienne. Sa charité était sans limites ; si ses frères parlaient ils pourraient vous dire que partout où il a passé, il a fait ce qu'il avait fait à Boulogne : il sacrifiait tout pour les âmes, de grand cœur ; avec la bonté inépuisable que nous lui avons connue. Tout pour les enfants et les jeunes gens afin dé les maintenir et de les instruire ; tout pour les pauvres afin de les moraliser et de les secourir ; et si vous me demandez où est la fortune qu'il avait reçue de ses nobles aïeux, je vous dirai : regardez les pauvres, regardez les jeunes gens, c'est à eux qu'il a donné ses vertus, sa fortune, son dévouement, sa vie,
« Mes frères, donner tout, c'est beaucoup ; c'est plus encore de se donner soimême. Or cette donation de lui-même, M. de Préville l'a faite sans réserve.
« Du jour où, sorti de la maison de
Mg-r Haffreingue, qui a fourni tant de saints prêtres et tant de laïques dévoués, l'abbé de Préville résolut de quitter un monde qui lui promettait pourtant un brillant avenir, à cause de ses talents et de ses vertus ; de ce jour, il ne s'appartient plus. Deux amours se partag-ent son cœur : l'amour des jeunes gens et celui des pauvres : de là le puissant attrait de son âme pour la Congrégation de Saint Vincent de Paul, dont le but est de veiller sur la jeunesse, et de se dévouer aux pauvres, afin de les conduire à Celui qui, seul, peut rendre supportables les misères de la pauvreté ; M. de Préville travaille sans relâche à ces deux œuvres. Cet homme de Dieu ne connaît pas. le repos : il devine le bien à faire et s'y porte avec ardeur, son âme vaillante ne sait pas ce que c'est que l'obstacle ; et toujours Dieu bénit ses efforts.
« Outre qu'il s'occupait de ces œuvres extérieures, rappelez-vous encore que la confiance et l'estime de ses supérieurs lui avaient donné une large part d'autorité dans le gouvernement de la Congrégation ; de plus, mille œuvres diverses s'étaient greffées sur celles dont je vous parlais tout à l'heure de
sorte que nous pouvons difficilement avoir une juste idée du bien que M. de Préville a fait en si peu d'années . Car, hélas ! mes frères, aujourd'hui, nous ne devons pas nous faire illusion : ce saint prêtre n'est plus ; il nous a quittés pour aller avec le bon Dieu. Il est revenu mourir au milieu des siens ; et, durant sa maladie, malgré ses souffrances, malgré tout, il a accompli sa mission, consolant les uns, encourageant les autres, disant à tous le mot qui va au cœur; jusqu'à la fin il s'est épuisé au service des âmes : libeniissime impendam et super impendar ipse pro animabus .
« Mes frères, nous n'oublierons pas ce saint prêtre ; nous garderons précieusement son souvenir, le souvenir de ce confrère parfait, de cet ami fidèle.
« Nous, prêtres, nous garderons son souvenir en priant pour lui, en essayant de marcher sur ses traces ; vous, mes frères, qui m'écoutez, vous vous souviendrez de lui pour soutenir ses œuvres.
« Vous surtout, les anciens du patronage de Notre-Dame, n'oubliez pas que si vous avez été la première conquête de son zèle, vous avez toujours été l'objet de ses
préférences. Gardez son cœur comme un trésor, souvenez-vous de ses inspirations et de ses conseils.
« Puisse ce faible hommage rendu à la mémoire de M. de Préville, être une consolation pour sa mère vénérée, pour son frère, pour tous les siens ! Non, nous ne l'oublierons jamais, ce prêtre dévoué ; ses conseils et ses exemples resteront gravés dans nos cœurs. Promettons-lui tous (rien ne saurait lui être plus agréable) de servir et d'aimer Dieu, comme lui-même l'a aimé et servi, afin qu'un jour nous partagions avec lui la récompense du ciel. »
La triste cérémonie terminée, les restes mortels du vénéré défunt furent dirigés sur Chaville, où se trouve la sépulture de la Congrégation des Frères de Saint Vincent de Paul.
Mais les enfants du patronage de Notre- Dame des Apprentis voulurent garder le cœur de leur bien-aimé Fondateur et Père en Jésus-Christ. Grâce à une souscription qui les honore, ils ont pu placer dans la chapelle de l'œuvre, un marbre blanc d'une grande beauté, au milieu duquel reposera désormais ce cœur d'apôtre.
Au bas du monument, on lit l'épitaphe suivante :