‹ Un Père prodigueChapitre 100 sur 113 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

LE COMTE

Oui, je l'avais acheté pour quelqu'un qui, heureusement, l'a refusé. Cependant, je croirais convenable de ne pas cesser de voir cette personne sans lui laisser un souvenir; je ne puis le faire sans votre autorisation. Il y a aussi Tournas. S'il a besoin, de temps en temps, d'un billet de cinq cents francs, donnez-le-lui. Voilà toutes mes recommandations, car, grâce à vous, je ne dois plus rien à personne.

ANDRÉ

En vérité, on dirait que vous faites votre testament.

LE COMTE

C'est le testament du passé, puisqu'il est mort, et comme je pars...

ANDRÉ

Où allez-vous?

LE COMTE

N'importe où je pourrai vivre sans vous coûter trop d'argent ; mais vous m'écrirez de temps en temps, n'est-ce pas? et je pourrai venir vous voir quelquefois?

André cache ses yeux dans son mouchoir. ANDRE, avec une grande émotion.

Dis donc, si nous nous embrassions et que tout fût fini?

Je ne suis venu que pour cela, moi ! (Le comte et André se

tiennent embrassés silencieusement.) AvOUS-nOUS été bétCS tOUS ICS

deux, hier, avec nos grands mots ! Des grands mots entre nous, lorsqu'il était si simple de faire ce que nous faisons (L'embrassant de nouveau.) et de recommenccr. Si tu savais comme je m'ennuyais avec cette femme, comme je me sentais dans le faux, comme je pensais à toi, comme je me

disais : « Il ne viendra donc pas à mon secours !... « Heureusement, la Providence m'a envoyé le prétexte de celte lettre pour revenir ici. Tout est expliqué maintenant; adieu!

ANDRÉ

Comment! adieu?... J'espère bien que, celte fois, nous n'allons plus nous quitter.

LE COMTE

Je le voudrais, moi ; mais, si tu allais croire...

ANDRÉ

Quoi?

LE COMTE

Que je reviens vivre avec toi parce que je n'ai plus rien.

ANDRÉ

Oh !

LE COMTE

Tu as bien cru autre chose, autrefois...

Quelle autre chose?

LE COMTE

Voyons, tu es d'avis, comme moi, que nous ne devons plus rien avoir sur le cœur, n'est-ce pas?

ANDRÉ

Certainement.

LE COMTE

Lorsque je t'ai dit, il y a deux mois, que je voulais partir, pourquoi as-tu accepté avec joie que je partisse, puisqu'il avait été convenu que nous ne nous quitterions jamais?

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