ACTE CINQUIÈME
ALBERTINE
D'ailleurs, pour votre conscience, il s'agit d'affaires qui ne vous regardent pas personnellement. Et ce n'est pas mademoiselle Alborline — tout court — que vous recevez, c'est madame de la Borde, propriétaire et tiers porteur.
ANDRÉ
Tiers porteur?
ALBERTINE
Oui! Le comte de la Rivonnière m'a écrit hier que nous ne nous reverrions plus. Soit! c'est son droit de ne plus me revoir, mais il a oublié qu'il a signé une lettre de change.
ANDRÉ
Une lettre de change de quarante mille francs; il m'a prévenu.
ALBERTINE, iiui a mis son pince-nez et qui a fouillé dans son porte-monnaie.
La voici!
ANDRÉ
Elle est donc souscrite à votre nom ?
ALBERTINE
Elle est souscrite au nom d'un banquier que je connais; mais, comme il n'était pas convenable, à mon avis, que la signature du comte traînât dans ces endroits-là, je l'ai remboursée, et voilà comment je me trouve tiers porteur.
ANDRÉ
Alors, nous vous devons ?
ALBERTINE
Quarante mille francs !
ANDRÉ
Et la commission ?
ALDERTINE.
Bien entendu !
ANDRÉ
Cinquante mille francs, à peu près ?
ALBERTINE
Parfaitement ; de plus, il y a une histoire de collier.
ANDRÉ
Le voici ; je m'étais chargé de vous le remettre.
ALBERTINE
Je n'en veux pas. C'est un bijou de femme du monde. Je ne suis pas assez riche pour me mettre au cou mille francs de rente.
ANDRÉ
Vous l'estimez vingt mille francs, alors?
Oui, à cinq.
ANDRÉ
Cela nous fait soixante et dix mille francs. Est-ce tout?...
ALBERTINE
Il ne me reste qu'à vous rendre les clefs de la cave et des armoires. Vous verrez dans quel état se trouve la maison.
ANDRÉ
Mon père vous a-t-il écrit?
ALBERTINE
Quelquefois.