‹ Un Père prodigueChapitre 4 sur 113 · ACTE PilKMlKR · texte numérisé non relu

ACTE PilKMlKR

MADAME GODEFROY

Je n'ai rien sup^iosé du tout ; vous me direz, quand le moment sera venu, ce que vous croirez devoir me dire, cl, moi, je vais vous dire ce que j'ai recueilli. (i:iic tire un petit papier (le son portefeuille. Lisant.) « Madame dc Cliavry vivait depuis huit ans à l'étranger, séparée de son mari, qui était un assez mauvais sujet ; elle s'était, en dernier lieu, fixée à Venise. Elle y a appris, il y a dix-huit mois, la mort du marquis. A la fin de son deuil, elle est revenue en France pour marier sa nièce, qui tient à s'établir ici ; le lendemain du mariage de sa niôce, elle repartira pour son palais du Grand- Canal, dont elle ne saurait plus se passer. »

ANDRÉ

Et mademoiselle Hélène?

MADAME GODEFROY

Elle est du caractère le plus aimable et le plus facile. Aucune coquetterie, pas même une de ces coquetteries de pensionnaire si fréquentes chez les filles de son âge, élevées librement. Voilà, mon cher monsieur André, tout ce que j"ai pu apprendre.

ANDRÉ

Vous êtes, chère madame, la meilleure femme que je connaisse 1 Je vais partir aujourd'hui même pour Dieppe, d'oii j'irai vous voir avec mon père.

MADAME GODEFROY

Que ce serait bien à vous de ramener! mais je crois que je l'ennuie.

ANDRÉ

Vous vous trompez, madame, mon père a pour vous la plus sincère aQeclion et la plus profonde estime. S'il va

plus souvent dans les endroits où Ton s'amuse que dans ceux où on l'aime, il n'en faut accuser que l'habitude. Il est bien difficile de se transformer à son âge, à moins que la nécessité ne s'en mêle, et peut-être va-t-elle s'en mêler.

Sa fortune?...

ANDRÉ

Sa fortune commence à ne plus avoir aucun rapport avec ses goûts. J'hésite toujours à le lui apprendre, mais il faudra pourtant en arriver là, et, qui sait? cette mauvaise nouvelle aura peut-être de bons effets.

MADAME GODEFROY

Ah ! si VOUS vouliez, mon cher monsieur André, ce serait le moment de nous rendre tous heureuxc

ANDRÉ

J'y pense quelquefois.

MADAME GODEFROY

Vraiment!

ANDRÉ

Oui, et, si cela ne dépendait que de moi...

MADAME GODEFROY

Mais cela ne dépend que de vous. Votre père fera tout ce que vous voudrez. Il a en vous une confiance illimitée; il a même un peu peur de vous. Je ne dois rien vous'cacher, mon cher monsieur André ; votre père m'a fait la cour autrefois, comme il la faisait à toutes les femmes. Je n'étais qu'une simple bourgeoise, mais jetais jolie, disait-on; mon mari ne m'appréciait pas à ma valeur. Cependant M. Godefroy était un honnête homme, j'étais une honnête femme, et

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