‹ Un Père prodigueChapitre 44 sur 113 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE COMTE, à de Naton.

Voyons, jeune homme, comment vous y scriez-vous pris pour mener par mer, demain, à Tréport, la marquise et sa nièce qui avaient la fantaisie d'y aller déjeuner et de revenir par le même chemin?

DE xNATON.

C'est bien simple. J'aurais appelé un pêcheur, je lui aurais loué son bateau, il nous aurait menés à Tréport. J'aurais commandé le déjeuner dans un hôtel ou dans un restaurant, il ne doit pas en manquer; j'aurais fait visiter Tréport à ces dames, pendant qu'on aurait préparé le déjeuner, et je les aurais ramenées après.

LE COMTE

Ainsi vous feriez monter des femmes comme il faut dans un bateau qui sent le poisson et le goudron, vous les feriez entrer dans un hôtel ou un restaurant qui sent le bouillon et la pipe, et vous croiriez avoir fait ce qu'elles vous auraient demandé?

DE NATON.

Il n'y a pas d'autre moyen,

LE COMTE

Voici ce qu'on aurait fait de mon temps : on aurait adressé à Ratsey, le grand constructeur anglais, à Cowes, une dépêche pour lui demander d'expédier immédiatement, avec ses hommes d'équipage, un des yachts qu'il a toujours à sa disposition sur la Tamise ; on serait parti aussitôt pour Tréport, où l'on aurait loué une des élégantes maisons qui bordent la plage. La maison louée, on se serait rendu à Paris, d'oii l'on aurait expédié des fleurs pour ladite maison; on aurait donné à Potel le menu des vins et du déjeuner, et, au jour dit, à l'heure convenue, il nous aurait servi au milieu

des fleurs, en face de la mer, un repas digne des femmes qui nous auraient fait l'honneur de se confier à nous et des amis qui les auraient accompagnées. — Voilà comment nous faisions autrefois, — voilà comment on devrait faire encore; enfin, voilà comment j'ai fait ; si bien que je n'ai plus maintenant qu'à dire à mes invités : « On part demain à neuf heures, on déjeune à midi, et l'on reviendra quand vous voudrez. Le bateau et la maison sont à nous et la mer est toujours là. »

LA MARQUISE

Allons, vous êtes magnifique!

DE NATON.

Bravo, mon cher comte ! recevez mon compliment.

DE LIGNERAYE.

Et votre fils, qu'est-ce qu'il dit de ça?

LE COMTE

Il n'en sait rien. Je vous prierai même, entre nous, de lui dire que c'est vous qui avez organisé la chose comme elle est.

DE LIGNERAYE.

Je le veux bien, mais il reconnaîtra tout de suite votre facture.

LE COMTE, à Hélène,

Ma petite amie est-elle satisfaite?

HÉLÈNE

Votre petite amie est honteuse.

LE COMTE

De quoi?

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