SCÈNE IX LA MARQUISE, HÉLÈNE
LA MARQUISE
Voyons, ma chère enfant, causons.
HÉLÈNE
De quoi, ma chère tante?
LA MARQUISE
Du mariage. Le sujet te déplait-il?
HÉLÈNE
Autant celui-là qu'un autre.
LA MARQUISE
As-tu choisi?
HÉLÈNE
Je n'ai vu personne.
LA MARQUISE
Et tous les jeunes gens qu'on t'a présentés?
HÉLÈNE
Ils ne comptent pas ; il doit y en avoir d'autres.
LA MARQUISE
Il y en aura peut-être plus tard ; mais, pour le moment, il n'y en a plus.
HÉLÈNE
On cherchera ; nous avons le temps.
LA MARQUISE
Et si Ton ne trouve pas?
HÉLÈNE
J'en serai quitte pour rester fille.
LA MARQUISE
Peut-être aussi es-tu un peu exigeante... Comment veux-tu que soit ton mari?
HÉLÈNE
Comme il voudra, pourvu que je l'aime I
LA MARQUISE
Et qu'il t'aime?
HÉLÈNE
Naturellement.
LA MARQUISE
Nous n'y arriverons jamais.
HÉLÈNE
Je vois pourtant des femmes heureuses.
LA MARQUISE
Dans notre monde, non... Tu vois des femmes élégantes, insoucieuses, coquettes, indifférentes ; tu ne vois pas de femmes heureuses.
HÉLÈNE
Alors, ma destinée, sous prétexte que j'ai eu l'honneur de naître riche, noble, est d'être parfaitement malheureuse,