ACTE DEUXIÈME
dVpouser un homme, celui-là ou un autre, pourvu qu'il ait un nom et un état social équivalents aux miens, d'aller avec lui dans le monde l'hiver, à la campagne l'été; de faire des visites et d'en recevoir; tout cela, pendant un certain nombre d'années, après lesquelles l'un des deux perdra l'autre avec le calme qui aura présidé à tous les actes de l'association. Mais cette perspective est gaie cumme la grande avenue du Père-Lachaise, et il me passe un frisson par tout le corps, au seul espoir d'un bonheur si simple et si durable!
LA MARQUISE
N'auras-tu pas tes enfants à aimer?
HÉLÈNE
Écoute, ma chère tante. — A partir de seize ans, tu le sais aussi bien que moi, volontairement ou à leur insu, toutes les filles, riches ou pauvres, ne sont occupées que d'une chose : le mariage. — Comment et que sera-t-il, ce mari? Où est-il? Nous commençons d'abord par nous le figurer grand, beau, romanesque, les yeux levés vers le ciel; il renverse les montagnes pour arriver jusqu'à nous. Puis nous entrons dans le monde, et à peine, hélas ! comparonsnous le mari rêvé au mari possible, que nous voyons, en cflet, notre pauvre idéal s'en aller par morceaux... Mais il n'y en a pas moins des conditions de bonheur éternelles, comme la lumière du soleil, parce que Dieu lui-même les a voulues : c'est la jeunesse, c'est la foi, c'est l'intelligence du bien, c'^,st l'amour des enfants pour les parents, de la femme pour son époux, de la mère pour ses enfants. — Avec cette conviction, la jeune fille doit trouver, sinon le chevalier poétique qu'elle a rêvé, du moins un homme jeune, loyal et bon qui, pouvant disposer de sa vie et sentant en elle comme en lui la volonté du bien, lui dira : « Je vous estime, je vous aime; soyez ma femme. Associons-nous, non pas pour accoler nos écussons et réunir nos fortunes, mais pour
nous aimer sincèrement, pour porter à deux les joies et les douleurs de ce monde, pour être une force et un exemple. » Eh bien, ma chère tante, le jour où j'aurai trouvé cet homme, tant mieux s'il est de ma caste, mais peu m'importe s'il n'en est pas, je l'épouse! car l'important, vois-tu, ce n'est pas d'être noble, ce n'est pas d'être riche : c'est d'être heureux.
LA MARQUISE, prenant Hélène dans ses bras.
Chère enfant!