‹ Un Père prodigueChapitre 64 sur 113 · II K L È N E · texte numérisé non relu

II K L È N E

Non, pas encore.

ANDRÉ

Pourrait-on savoir ce que vous dites tout bas?

LE COMTE

Est-il assez curieux ! Comme si cela le regardait!

Nous parlions d'une surprise que ton père m'a laite. Il me demandait si tu la connaissais. Le lendemain de ton départ, j'ai vu entrer dans la cour un grand coupé à huit ressorts, traîné par deux chevaux bais, qui valent au moins quinze mille francs, et conduit par un cocher qui pèse quatre cents, et qu'on attache au siège avec une sangle pour qu'il ne roule pas par terre.

LE COMTE

Tu le connais; c'est l'ancien cocher de lord Stoppficld, qui vient de mourir. Le plus gros cocher de Paris. Tout le monde voulait l'avoir !

ANDRÉ

Et cette voiture te coûte ?

LE COMTE

Cela ne regarde que moi. Il vous fallait un équipage convenable. Vous aviez un mauvais petit coupé. Vous avez maintenant le plus bel attelage de Paris ! Si tu avais vu l'elîet qu'il a produit au bois de Boulogne ! Nous sommes allés nous y promener tous les jours. Il faisait un temps magnifique! Le soir, nous nous sommes servis de l'ancienne voiture.

ANDRÉ

Où cles-vous donc allés, le soir?...

LE COMTE

Le premier soir? où sommes-nous donc allés?...

HÉLÈNE

A l'Opéra.

Oui, à l'Opéra... avec madame de Grige.

ANDPxÉ.

Et le second jour?

HÉLÈNE

A rOpéra-Comique.

LE COMTE

A r Opéra-Comique.

ANDRÉ

Avec ?

LE COMTE

Avec madame Godefroy.

ANDRÉ

Et le lendemain?

LE COMTE

J'ai conduit Hélène chez madame de Parreins.

ANDRÉ

Très bien... Vous êtes allés tous les deux?

LE COMTE

Tout bonnement.

\NDRÉ.

Et hier ?

Hier, nous ne sommes pas sortis, nous avons reçu.

ACTK TROISIÈMK. 107

ANDRÉ

Et aujourd'hui vous allez faire des visites?...

LE COMTE

Oui.

ANDRÉ

Eh bien, et moi?..,

LE COMTE

Toi?

ANDRÉ

Oui ; à quoi est-ce que je sers dans tout cela, moi, le mari ?

LE COMTE

Toi ? Tu es le mari ; c'est bien assez.

ANDRÉ

Et tu crois que je vais laisser Hélène ?...

LE COMTE

Tu vas laisser Hélène s'amuser. C'est de son âge. Comment! pendant que tu es absent, je promène ta femme, je la distrais tant que je peux, et tu te plains? Je suis là pour égayer tes entr'actes, et tu n'es pas content ? Veux-tu que nous changions ?

ANDRÉ

Hélène ira au spectacle et au bal avec moi ou avec nous deux; mais, quand je serai absent, si par hasard je m'absente encore sans elle, ce qui m'étonnera beaucoup, elle restera à la maison. C'est ce qui me paraît le plus convenable. Ce sera dit une fois pour toutes, n'est-ce pas, Hélène?

HÉLÈNE

Mais, mon ami^.c

LE COMTE

Ne lui répondez donc pas; si vous êtes sa femme, vous êtes ma fille, et j'ai aussi mes droits. Prends garde ! tu vieillis, mon garçon, tu vieillis ; tu deviens un mari ordinaire, tu tournes au père Prudhomme. Tiens, lu es de mauvaise humeur, parce que j'ai embrassé ta femme tout à l'heure, au moment où tu comptais être embrassé. Pourquoi es-tu si lambin? Allons, on ne recommencera plus. On ne lui baisera plus que la main, à ta femme. Es-tu content ? (a Hélène.) Il est comme ça, vous ne le connaissez pas encore... vous allez voir... (a André.) Et puis, aujourd'hui, on n'ira pas faire de visites avec elle. C'est toi qui iras ; là, est-ce bien ainsi ? Eh bien, faites une petite risette à votre papa.

André se met à rire.

ANDRÉ

Il n'y a pas moyen d'être sérieux avec toi.

LE COMTE

A quoi cela sert-il d'être sérieux?

JOSEPH, entrant.

On demande monsieur le comte.

LE COMTE, à Joseph.

Est-ce que c'est?...

Oui, monsieur le comte...

LE COMTE

J'y vais... — Je vous laisse, mes enfants... Ne dites pas trop de mal de moi... (a André.) Ne t'en va pas, je reviens

tout de suite et j'ai à te parler... (Baisant cérémonieusement la main d'Hélène.) Madame... (a André en lui lapant sur li tête.) GrOSSe bcte,

va!

Il eort.

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