‹ Un Père prodigueChapitre 85 sur 113 · ACTE OUATRIKME · texte numérisé non relu

ACTE OUATRIKME

Je l'emmène à la campagne pendant deux jours... Là-dessus, une maladresse. Andrc'^ part avec sa femme pour aller rejoindre madame de Cliavry et toi, car tu es toujours où est madame de Cliavry... Sois tranquille, je ne dirai pas de mal d'elle... Je ne dis jamais de mal des femmes du monde. Nous n'avons plus besoin de cela, la bOtise des hommes nous suflit... Quand le comte rentre chez lui, il ne trouve plus personne. Les adversaires avaient abandonné la position... Je m'en empare. Tu vois que ma finesse n'a pas eu grand'chose à faire... Depuis deux mois, le comte ne me quitte pas... Scandale! Comment rompre celte liaison?... André et sa femme reviennent en France, ils s'installent à Fontainebleau pour surveiller la position. Tu es revenu avec eux. Et toi qui es fin, toi, l'ami pour tout faire, tu dis à André : « Soyez tranquille, je connais Albertine, c'est une femme qui ne tient qu'à l'argent... Voulezvous faire un sacrifice de trente ou quarante mille francs ? Oui? Eh bien, attendez-moi, je vais faire l'affaire... » Est-ce cela?

DE LIGNERAYE.

A peu près.

ALBERTINE

Eh bien, tu t'es trompé.

DE LIGNERAYE.

Alors, tu as un but: tu veux ruiner le comte?... Eh bien, je dois te déclarer...

ALBERTINE

Qu'il n'a plus qu'une rente de quarante mille francs, et qu'il ne peut toucher au capital ; aussi je tiens la maison avec la plus grande économie possible... Les armoires sont pleines de linge neuf, bien rangé... les caves sont remplies d'un bon vin de propriétaire, et j'en ai les clefs... Je paye

tout comptant, et les domestiques sont polis. Plus de parasites... excepté Tournas; mais, lui, il est arrivé à faire partie de la maison : c'est un meuble, et le comte trouve tout cela charmant... Le voilà initié aux mystères de l'économie... Dans trois mois, il comptera lui-même le linge de la blanchisseuse ; dans six mois, il sera avare... Quant à moi, je n'ai pas encore accepté un bouquet de violettes... Tu vois que son fils n'a rien à craindre !

DE LIGNERAYE.

De ce côté-là, peut-être ; car, alors, tu vises plus haut... tu veux te faire épouser...

ALBERTINE

A quoi cela me mènerait-il ?

DE LIGNERAYE.

A être comtesse de la Piivonnière.

ALBERTINE

Pour qui ? pour les domestiques et les fournisseurs, qui se moqueraient de moi dès que j'aurais le dos tourné, et pour le commissaire des morts le jour de mon décès?... Pourquoi me marie rai s-je?... pour avoir un nom honorable?... Mais l'homme qui m'épouserait cesserait d'être honorable en m'épousant, et son nom perdrait toute sa valeur en passant de lui à moi... Est-ce qu'on nous épouse, quand on est honnête?

DE LIGNERAYE.

Voyons, chère amie, si le comte ne te donne ni son nom ni son argent, qu'est-ce qu'il te donne donc ?

ALBERTINE

Il me donne le bras.

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