ACTE QUATRIÈME
DE LIGNERAYE.
Je comprends.
ALBERTINE
Tu sais Lien comment ça se termine pour nous, et je le sais bien aussi. Un beau jour, les hommes comme^il faut désertent r^lre maison, si riches que nous soyons, si brillantes que nous ayons été ! Alors la terreur de la solitude nous prend, et, plutôt que de vivre seules nos dernières années, et de mourir seules surtout, nous choisissons, parmi les aventuriers qui commencent à nous entourer, celui qui a le plus peur de l'iiùpilal pour ses vieux jours, et nou.s lui achetons son nom et sa compagnie pour la table et le logement.
DE LIGNERAYE.
Tournas?
ALBERTINE
Justement ! Eh bien, franchement, il ne serait pas drôle d'avoir amassé un million pour assurer les vieux jours de ce monsieur. Au reste, je ne tiens pas à ce que le comte et son fils soient brouillés ; qu'ils se voient tant qu'ils voudront, je ne les en empêche pas, et je n'exige point que madame de la Rivonnière me reçoive.
DE LIGNERAYE.
Tu vaux ton pesant d'or.
ALBERTINE
Je l'ai bien prouvé.
DE LIGNERAYE.
Mais vous comprenez, à votre tour, chère madame, qu'André ne saurait accepter sans rien dire cette petite combinaison très bien raisonnée, très ingénieuse, mais qui
lui interdirait de sortir avec sa femme dans la crainte de rencontrer son père avec vous, ce qui les forcerait tous deux de s'exiler.
ALBERTINE
Ceci ne me regarde pas ; je prends mon bien où je le trouve. Nous ne pénétrons dans vos familles que par les vides que vous y laissez ; c'est à vous de ne pas vous désunir. Le monde est peuplé de pères et de fils qui ne nous connaissent pas, et sur lesquels nous n'avons et ne pourrions avoir aucune action. C'était au comte et à André de vivre comme ces gens-là.
DE LIGXERAYE.
Vous êtes la raison en personne... Je vais rapporter notre conversation à André, qui m'attend chez moi ; ce sera à lui d'aviser.
ALBERTINE
Très bien ! j'adore les situations franches ! je serai enchantée de savoir à quoi m'en tenir, et le plus tôt possible. Tirez, messieurs les Anglais, ne vous gênez pas ! (Timbre dannonce au dehors.) J'entends le comte qui vient de rentrer. Youlez-vous que je vous laisse seul avec lui ?
DE LIGNERAYE.
Non.