SCÈNE V
Les Mêmes, LE COMTE.
LE COMTE, entrant sans voir de Ligneraye ; il prend les deux mains d'Albertine, et, après les avoir baisées :
Ouvrez ces belles mains, comme cela... (n les rapproche rune
de l'autre). FcrmCZ CeS beaux yeux ! (LuI laissant tomber un collier
de perles dan-» ses mains). Dc la part clc Saint Albert, volrc patron, dont c'est la fête aujourd'hui.
ALBERTINE
Vous choisissez bien votre moment... Je \icQS dc dire à M. de Ligneraye que je vous ai rendu économe.
"Vous aviez raison, et la prouve, c'est que je vous apporte le fruit de mes économies... — Bonjour, mon cher Ligneraye! je vous demande pardon de ne vous avoir pas vu en
entrant ; mais (Momrant AlberUne.) voici mon excuse, (irés froidement et de même pendant toule la scène.) Il CSt Vrai qUC, dcpuis
longtemps, je n'avais pas entendu parler de vous, et que je ne m'attendais pas à une surprise aussi agréable.
DE LIGNERAYE.
J'arrive de Venise.
LE COMTE
Vous êtes bien heureux ; on n'aime que là. — Quand partons-nous pour Venise, madame?
ALBERTINE
Quand vous voudrez.
LE COMTE
Vous savez bien que je vous ai priée de vouloir pour nous deux, (a de Ligneraye.) Vcncz-vous me demander à diner?
DE LIGNERAYE.
Impossible ; je suis attendu.
LE COMTE
Ce sera pour une autre fois ; seulement, hâtez-vous, si VOUS voulez nous trouver encore à Paris.
DE LIGNERAYE, à lui-même.
Diable ! il est froid. — Adieu, mon cher comte.
LE COMTE
Vous nous quittez déjà?
DE LIGNERAYE.
Au revoir, chère madame.
ALBERTINE, bas.
Bonne chance !
DE LIGNERAYE.
]\lerci!
Il sort. Le comte donne la main à de Ligneraye, le relient un instant comme pour lui parler, puis le laisse partir. Il reste pensif en regardant la porte par laquelle est sorti de Ligneraye ; Albsrtine le regarde un moment.