‹ Un Père prodigueChapitre 92 sur 113 · ACTE QUATRIÈME. lOÎ · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. lOÎ

Je viens vous prier, mon père, de m'apprend re quellessont vos résolutions pour l'avenir.

LE COMTE

Mes résolutions sont de vivre comme bon me semblera.

ANDRÉ

M'est-il seulement permis de vous demander si madame de la Borde doit continuer à fréquenter cette maison?

LE COMTE

Il fallait le lui demander à elle-même ; elle est libre de faire ce qu'elle veut.

ANDRÉ

Voyons, mon père, il est impossible que vous en soyez arrivé là; un homme comme vous ne saurait aimer une pareille femme.

LE COMTE

Je l'aime, cependant.

ANDRÉ

Vous ne l'estimez pas ?

LE COMTE

Je l'estime.

ANDRÉ

Que ne l'épousez- vous, alors?

Cela viendra peut-être.

ANDRÉ

Mon père !

16i UN PÈRE PRODIGUE.

LE COMTE

Monsieur! Gomment, il vous plaît de partir un beau malin, vous et votre femme, de ne pas même me faire savoir où vous allez, de me laisser inquiet et malheureux, car j'avais la sottise de vous aimer, vous et elle, plus que tout au monde ! Il vous plaît enfm de revenir, et, au lieu de rentrer chez vous, de vous en aller à la campagne et d'y rester huit jours sans m'en informer, sans remplir, vous, aucun de vos devoirs de fils, elle, aucun de ses devoirs de fille ; il vous plaît d'entrer chez moi sans même saluer les gens qui s'y trouvent, de me dire « vous « comme à un étranger, et il faut que moi, votre père, je me soumette à vos fantaisies? Vous devenez lou, je pense. Cessons donc cette étrange plaisanterie, et rappelez- vous devant qui vous êtes.,.

ANDRÉ

Si je suis parti brusquement de Paris, c'est qu'en vous voyant, à la suite d'un dîner avec M. de Tournas, prendre des habitudes qui n'avaient aucun rapport avec la vie que nous menions précédemment, j'ai pensé que cette vie vous ennuyait, et que notre présence pouvait vous gêner; c'est qu'aussi j'aimais mieux vous laisser le champ libre que d'initier ma femme à des... étrangetés qu'elle doit ignorer. Je ne vous ai pas écrit pendant deux mois, parce que je n'étais pas sûr de vous écrire aussi convenablement que j'aurais dû le faire. En revenant, je me suis installé à la campagne, au lieu de m'installer chez moi, parce que chez vous, et par conséquent chez moi, puisque la maison nous est commune, il y avait une personne avec laquelle il est interdit à une honnête femme de se rencontrer jamais, et que le rouge me monte au front rien que de penser à la possibilité de cette rencontre! Enfin, mon père, je vous ai dit « vous «, en entrant, comme à un étranger, parce que,

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