ACTE DEUXIÈME. G
DE LIGNERAYE.
Eh bien ?
DE NATON.
Eh bien je ne veux pas, moi .
DE LIGNERAYE.
Vous aimez mieux Albertine !
DE NATON.
Vous allez encore dire du mal de Titine !
DE LIGNERAYE.
C'est probable.
Vous ne Taimez pas, décidément ?
DE LIGNERAYE.
On ne peut pas Taimer toute la vie.
DE NATON.
Elle n'aura pas voulu de vous.
DE LIGNERAYE.
Voilà un joli mot ! c'est comme si vous disiez que les chemins de fer ne veulent pas de voyageurs.
DE NATON.
Elle m'a dit qu'elle ne vous connaissait pas.
DE LIGNERAYE.
Elle m'aura oublié, il y a si longtemps...
DE NATON.
C'est une femme d'esprit.
DE LIGNERÂYE.
Parce qu'elle a trente mille livres de rente.
DE NATON.
Ce n'est déjà pas bête î
DE LIGNERAYE.
Après vous, elle en aura trente-cinq, ce qui sera moins béte encore.
Je voudrais bien voir ça !
DE LIGNERAYE.
Vous le verrez. Vous avez pris la meilleure place pour le
voir.
DE NATON.
Mais, vous ne connaissez pas Albertine, elle ne dépense rien.
DE LIGNERAYE.
C'est bien ce que je lui reproche, vous avez affaire à la courtisane économe, mon cher, la plus dangereuse de l'espèce. Du reste, cette race amphibie, moitié Aspasie, moitié Harpagon, est un produit récent de notre bêtise progressive en matière d'amour. Autrefois, ces demoiselles naissaient