‹ Un père prodigue...: Comédie (en prose)Chapitre 42 sur 112 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

LE COMTE

Je ne me rappelle pas avoir passé trois mois sans l'être; que voulez- vous ! je ne puis pas me trouver seul cinq minutes avec une femme sans lui faire la cour. Mon cher, j'ai cinquante ans; vous me croirez si vous voulez, à vingt ans je n'étais pas plus jeune ! Que je rencontre dans la rue une grisette avec son petit bonnet en arrière, son regard malin et sa robe d'indienne, me voilà ému comme un écolier; je lui souris, malgré moi, comme à une amie. Elle reconnaît tout de suite dans ce sourire l'hommage spontané rendu à la jeunesse et à la beauté, et elle ne peut s'empêcher de sourire à son tour; les femmes devinent si vite les hommes qui les aiment, et l'âge n'y fait rien. Vous n'aimez plus , dites- vous ? voulez- vous aimer encore ? Mettez-vous à votre fenêtre au commencement d'avril et regardez ces femmes qui vont et viennent par les rues de Paris. Leur marche est ferme et sonore, le cou apparaît tout blanc entre le col et le chapeau ! le regard est clair, la lèvre est rose. Chacune d'elles porte en elle, avec un rayon du soleil nouveau, le frémissement intérieur et mystérieux de la nature qui se réveille, et l'on sent qu'elle va, de toute sa personne, confiante et résolue, vers celte éternelle sensation de l'amour, toujours la même et toujours nouvelle.

DE NATON, à part.

Est-il assez réussi ?

DE LIGNERAYE.

On n'en fait plus comme vous.

LE COMTE

Ma parole, je le crois : il n'y a plus de jeunes gens. Non, positivement, il y a décadence. Prenons mon fils, il doit tenir de moi : il est bien constitué, eh bien, ce n'est plus qû\

70 UN PKRE PRODIGUE.

Je le regardais tout à l'heure, dans le wagon, il dormait au lieu d'admirer la campagne, qui est une merveille à partir de Rouen; il dormait, il a fallu le réveiller pour lui faire donner son billet. Vous voyez, il doit me rejoindre ici, il ne vient pas. Il arrivera tout chaud, dans une heure. (Montrant de Naton.) Et voilâ l'autre qui rit de moi, là-bas, parce que j'ai chanté l'amour... 0 jeunesse! où vas-tu?

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