SCÈNE III ANDRÉ, MADAME GODEFROY
ANDRE, à madame Godefroy.
Comment î c'est vous, chère madame !
MADAME GODEFROY
Moi-même, qui viens vous apporter les renseignements que vous m'avez demandés dans votre dernière lettre.
ANDRÉ
Il fallait m'écrire d'aller vous voir.
MADAME GODEFROY
Ce que j'aurais fait, si je ne vous avais pas trouvé; mais à quoi bon vous faire venir à la campagne ? Tout est per-
plus souvent dans les endroits où Ton s'amuse que dans
^ ceux où on Taime, il n*en faut accuser que l'habitude. Il
est bien difficile de se transformer à son âge, à moins que
la nécessité ne s'en môle, et peut-être va-t-elle s'en mêler.
MADAME GODEFROY
Sa fortune?...
ANDRÉ
Sa fortune commence à ne plus avoir aucun rapport avec ses goûts. J'hésite toujours à le lui apprendre, mais il faudra pourtant en arriver là, et, qui sait? cette mauvaise nouvelle aura peut- être de bons effets.
MADAME GODEFROY
Ah ! si vous vouliez, mon cher monsieur André, ce serait le moment de nous rendre tous heureux.
ANDRÉ
J'y pense quelquefois.
MADAME GODEFROY
Vraiment!
ANDRÉ
Oui, et, si cela ne dépendait que de moi...
MADAME GODEFROY
Mais cela ne dépend que de vous. Votre père fera tout ce que vous voudrez. Il a en vous une confiance illimitée; il a même un peu peur de vous. Je ne dois rien vous cacher, mon cher monsieur André ; votre père m'a fait la cour autrefois, comme il la faisait à toutes les femmes. Je n'étais qu'une simple bourgeoise, mais j'étais jolie, disait-on; mon mari ne m'appréciait pas à ma valeur. Cependant M. Godefroy était un honnête homme, j'étais une honnête femme, et