SCÈNE XIV
THÉODORINE.
11 est heureux que ton autorité... Mais c’est ailleurs qu’il faut la montrer ! Viens avec moi, viens lever l’ordre humiliant et tyrannique donné par ton mari. (Elle remonte.)
HÉLÈNE
Mais je ne sais pas si...
• THÉODORINE.
Hésiterais-tu?
HÉLÈNE
Sans doute!
THÉODORINE.
Alors lu consens à être prisonnière , eaf tu es prisonnière, et ton geôlier est cet infâme concierge. Tu es à la conciergerie.
HÉLÈNE
Eli bien, oui, je suis en prison.
THÉODORINE.
Et tu ne t’indignes pas?
HÉLÈNE
Je me réjouis au contraire, et plus que je ne puis dire, d’être en prison, car c’est toujours sa jalousie qui.,.
THÉODORINE, ri un rire railleur.
Sa jalousie? Tu en es encore là!
HÉLÈNE
Mais oui, son extrême jalousie a pu seule.!.
THÉODORINE.
Sa jalousie!... Ah! tu m’y fais penser : mais ton mari t’a bernée, jouée, indignement mystifiée. Sa jalousie! Mais quand j'ai menacé ton affreux concierge d’aller eu sortant me plaindre au poste de la garde nationale du quartier de la violence qu’il me
faisait, sais-tu ce qu’il m’a répondu avec son accent alsacien et enchanteur : « Mais tepuis teux ans le garde nationale de l’arrondissement n’existe blus. »
. MARTHE, à part, au fond.
Aie!
HÉLÈNE
Elle n’existe plus?
THÉODORINE.
Elle n’existe plus.
HÉLÈNE
Mais Edouard, alors?
THÉODORINE.
Édouard, ton excellent mari, t’a odieusement abusée...
HÉLÈNE
Ail! (E'te s’anied cooilernco prc« du guéridon.)
THÉODORINE.
lia fait le jaloux pour dompter la jalouse. 11 t’a séquestrée, cloîtrée, enfermée sous plusieurs clés, emprisonnée entre cour et jardin pour que personne ne sût où il allait, pour que tu fusses consignée tout le temps qu'il ferait la cour à sa maîtresse. C’est éblouissant de ruse, c’est enivrant d’astuce, c’est majestueux de fourberie.
HÉ LÉ N E
Ali! un pareil mensonge!
THÉODORINE.
Non ! c’est superbe ! se servir de la crainte d’aller en prison pour emprisonner sa femme. . . Ainsi, ce n’est pas lui qui a été condamné, c’est toi! c’est toi qui as été jugée, arrêtée, bouclée, claquemurée pour avoir manqué au service! Femme,