SCÈNE PREMIÈRE
Au lever du rideau, Robillet, assis au piano, improvise. On sonne.
robillet, continuant à jouer
Zut ! (Pais il se lève, vient à la table, copie quelques notes et retourne au piano. Nouveau coup de sonnette).
Zut ! (Il joue quelques mesures d'un air nssez entraînant. On sonne plusieurs fois de suite. Il se lève et va ouvrir). Encore ! Qui est-ce qui peut bien venir aujourd'hui ?... La femme de ménage n'est pas là, naturellement, c'est jeudi... Bien plus agréable qu'une bonne, une femme de ménage, bien moins encombrant, seulement il faut faire la bonne soi-même.
de brézieux, derrière la porte Monsieur Robillet?
C'est moi, monsieur. Vous désirez?...
de brézieux, il entre, très correct Aurez-vous, monsieur Robillet, l'extrême bonté de m'excuser si je m'introduis chez vous sans m'être fait annoncer ? Je suis votre voisin, j'habite là, à côté. De-
puis plusieurs mois, je vous entends fréquemment faire de la musique, et je ne saurais vous dire quel plaisir vous me causez. Etant moi-même enragé mélomane, j'avais le plus ardent désir de faire votre connaissance. J'ai su par des voisins, par le concierge, qui vous étiez, c'est-àdire un véritable artiste...
ROBILLET
Oh I monsieur... (Il désigne une chaise) asseyez-vous, je vous prie... (De Brézieux s'assied sur la chaise, Robillel sur le canapé).
DE BRÉZIEUX
Merci, monsieur... Mais je n'osais, vous le comprenez, me présenter moi-même, bien qu'en grillant d'envie. Enfin, tout à l'heure, -je n'ai pu y tenir. Vous veniez de jouer avec tant d'âme, tant de sentiment et tant de...
robillet, interrompant
Vous êtes trop aimable, monsieur... Mais à qui ai-je l'honneur?... (Il se lève).
de brézieux, se lève, il tire une carte
Comte Armand de Brézieux, des Brézieux-Fortissac... Oui, la branche aînée... Le nom ne vous est peut-être pas inconnu? Un de mes grands oncles fit partie de la Chambre introuvable.
robillet, ayant l'uir de se souvenir
Mais... il me semble, en effet;.. (Il indique le canapé). Mais veuillez donc vous asseoir, monsieur (De Brézieux s'assied sur le canapé, Robillet sur la chaise).
DE BRÉZIEUX
Je vous remercie, monsieur... Je suis ?e dernier descendant de la famille (Mélancolique) dont la destinée fut tragique... Mais je ne suis pas venu pour vous ennuyer avec mon histoire... Je vous disais donc que vous ayant entendu jouer tout à l'heure... N'était-ce point du Mendelssohn?
ROBILLET
Non, c'est du Robillet.
DE BRÉZIEUX
Plaît-il?
ROBILLET
Du Robillet. .
DE BRÉZIEUX
Du Robillet?
ROBILLET
Oui... De moi.
Ah ! Excusez-moi, monsieur, je vous en prie... J'aurais dû me douter... J'ai cru que c'était de Mendelssohn... Mais quel poète vous êtes, monsieur, et quel musicien !...
robillet, modeste J'aime la musique !
DE BREZIEUX
Nous avons les mêmes goûts.
robillet, avec une nuance d'inquiétude.
Vous êtes compositeur?
DE BREZIEUX
Non, je joue seulement un peu de violoncelle, voilà tout. Plus tard, quand nous^ nous connaîtrons mieux, je serai très heureux, si vous le permettez, de faire un peu de musique avec vous.
ROBILLET
Mais certainement. J'ai quelques amis qui se réunissent ici toutes les semaines. Je pourrai vous présenter à eux. Nous avons des petites soirées assez gentilles.
de brézieux, se levant
Je vous remercie infiniment, monsieur, rien ne saurait m'être plus agréable.
Tiens ! vous avez un joli piano. (Il va au piano et fait une gamme ascendante). Il est excellent... Ah ! c'est un Erard, diable ! Tous mes compliments !
Il est très bon, oui.
(Il fait une gamme descendante).
DE BREZIEUX
C'est un instrument de grande valeur.
ROBILLET
Dame I Un Erard, vous savez...
DE BRÉZIEUX
Je crois bien. (Il revient vers la table). Quant au violon, vous en jouez d'une façon admirable.
ROBILLET
C'est beaucoup dire. J'ai un certain talent d'amateur, voilà tout.
DE BRÉZIEUX
Non, non, je n'exagère pas. Il y a longtemps que je vous écoute sans que vous, vous en doutiez. Eh bien, je vous assure que j'ai rarement entendu un jeu aussi expressif que le vôtre.
robillet, flatté Vous êtes trop indulgent.
DE BRÉZIEUX
Vraiment, je prétends m'y connaître quelque peu, et je vous le dis comme je le pense. Vous sentez d'une façon intense.
En art, tout est là... Et vous avez un vio~ Ion qui rend des sons merveilleux.
robillet, montrant le violon à De Brézieux
Ah ! quant à cela, il est excellent : c'est un Amati.
DE BRÉZIEUX
Pas possible ! (Il examine le violon).
ROBILLET
Ils sont devenus très rares, comme vous le savez, sans doute.
DE BRÉZIEUX
Très rares, je le crois bien. C'est un violon qui peut valoir... peut-être... je ne sais pas...
ROBILLET
Sans exagération, on peut l'estimer trois mille francs...
de brézieux, posant le violon sur la table
Gela ne m'étonne pas, pas du tout I D'ailleurs, il est facile de voir, rien qu'en jetant un coup d'œil.sur votre intérieur, que vous êtes, comme je le disais, un véritable artiste. Vous n'avez que des toiles et des bibelots de valeur... Ce paysage-là ressemble à un... Ah I mon Dieu, le nom m'échappe ?
ROBILLET
A un Corot?
Justement, à un Corot... Excusez-moi, la mémoire me fait parfois défaut ; c'est
une conséquence des douloureux événements... Enfin, ne parlons pas de cela... Oui, ce paysage ressemble à s'y méprendre à un Corot.
ROBILLET
Ce n'en est pas un, malheureusement.
Je vous l'avoue, je me suis fait rouler dans les grands prix.
DE BREZIEUX
Oh ! cela arrive au plus fin connaisseur.
ROBILLET
N'est-ce pas ? Mais tenez, voici un Guardi que je crois authentique.... bien qu'il y ait le même au musée du Louvre.
DE BRÉZIEUX
Au musée du Louvre ? Oh ! alors il n?y a pas de doute : c'est celui du musée qui est faux.
ROBILLET
C'est probable 1
(Ils rient)
DE BRÉZIEUX
Vous avez aussi une bien jolie pendule ?
Oui, elle est Louis XVI, de la belle époque. J'en ai déjà refusé quinze cents francs.
DE BRÉZIEUX
Je le répète, vous êtes un véritable artiste.
ROBILLET
J'aime ce qui est beau.
DE BRÉZIEUX
Moi aussi. Je suis bien heureux d'avoir fait votre connaissance. Dites-moi, ce que vous jouiez tout à l'heure...
ROBILLET
C'est de moi...
DE BRÉZIEUX
Oui, je sais... mais ça s'appelle ?...
ROBILLET
C'est un chant d'amour : « Des lèvres aux pieds. »
DE BRÉZIEUX
« Aux pieds »... Quel joli titre !
ROBILLET
N'est-ce pas ?
Oh ! très joli... Si j'osais... je vous demanderais de me le jouer... pour moi seul.
ROBILLET
Mais avec le plus grand plaisir. (Il va au piano.) A part. C'est peut-être un éditeur?
(Pendant que Robillet joue, de Brézieux, d'abord attentif, devient très ému. Il tire son mouchoir, puis se jette sur le canapé <?n sanglotant).
robillet, ^interrompant Comment ! vous pleurez, monsieur ?
de brézieux, essuyant ses larmes
Ah ! monsieur, je ne sais comment vous exprimer ce que je ressens... Excusez-moi, je suis très ému, la musique, réveille en moi des souvenirs qui me sont chers.
robillet Vous semblez avoir souffert ?
DE BRÉZIEUX
Oh ! oui, monsieur, j'ai beaucoup souffert. Je dois vous paraître bizarre, mais si vous connaissiez mon histoire ! J'ai perdu dans des circonstances horribles une femme que j'adorais. Si vous saviez quel drame il y a au fond de mon existence !... (H se lève et fait quelques pas). Si vous saviez !... Mais je vous ennuie peut-être?
ROBILLET
Nullement, je vous assure. Au contraire.
Excusez-moi de m'épancher de cette façon un peu imprévue sans doute, et qui peut vous paraître assez déplacée. Mais la
sympathie est un sentiment instinctif, qui ne se commande pas et je me sens pour vous une réelle sympathie. (Il serre la main de Robillet et la secoue à plusieurs reprises). Gela fait du bien de pouvoir se confier à une créature intelligente, artiste, capable de vous comprendre. L'art console sans doute, vous le savez, monsieur, mais il y a des drames que rien ne peut faire oublier. Positivement j'en ai été fou.
robijxet
Je ne voudrais pas raviver en vous des souvenirs pénibles...
de bbézieux, s' animant
Cela me soulage vraiment, je vous assure... J'avais vingt-deux ans, monsieur... Possesseur d'un beau nom et d'une jolie fortune, je fréquentais dans le monde le plus élégant. C'est ainsi que je me liai avec les Gaufreville, vieille famille originaire du Poitou, mais qui habitait alors un château aux environs de Paris. Le marquis de Gaufreville était le père de deux filles ravissantes, Clarisse et Denise. Attiré, puis séduit par leur grâce et leur beauté, je revins souvent, je devins un ami de la maison. Que vous dirai-je, monsieur. Un jour... (Il s'assied) je m'aperçus que je les aimais toutes les deux I Que faire ? C'était là une situation embarrassante, n'est-ce pas ?
En effet, comment fîtes-vous ?
DE BREZIEUX
Vous allez voir. Une grande intimité régnait entre les jeunes filles et moi. Et voici qu'à leur tour, monsieur, toutes deux devinrent amoureuses de moi I Je m'en rendais bien compte. Mais pendant longtemps, je me sentis incapable de la moindre préférence. Je ne pouvais cependant pas lesépouser toutes les deux... Vous l'avoueraije, monsieur, c'eût été mon désir.
ROBILLET
Pour la beauté du fait, on eût dû vous y autoriser.
DE BRÉZIEUX
Après des hésitations interminables, je me décidai pour Denise, la cadette. Je la demandai en mariage ; ma demande fut agréée. La douleur de Clarisse fut immense. Elle sut dissimuler, mais, dès lors^ elle voua à sa sœur une haine sauvage. Le mariage fut célébré. Clarisse fut stoïque. Elle feignit l'indifférence, mais son visage était plus blanc que la robe blanche de ma femme, à ce point que mon bonheur en fut d'abord troublé. Je partis pour l'Italie avecma chère Denise. Je passai là, monsieur, les heures les plus heureuses de ma vie. Nos jours étaient une suite d'enchantements ininterrompus...
Vous ne regrettiez pas Clarisse ?
DE BREZIEUX
Ma foi, non. J'étais tellement absorbé dans mon bonheur ! Ma femme m'adorait.
Je l'adorais. Hélas ! (Il s'essuie le front)
ROBILLET
Je crains que ce récit ne vous fatigue.
de brézieux, se levant vivement
Non, monsieur, je vous assure, cela me soulage... J'étais donc parfaitement heureux. Au bout de quatre ou cinq mois, nous revînmes en France. Clarisse nous fit le meilleur accueil. Je pensai qu'elle avait oublié, et je me rassurai. (Il s'assied devant la table). A quelque temps de là, la santé de ma femme s'altéra. Elle éprouvait des malaises indéfinissables, maux de tête, douleurs d'estomac. Elle s'affaiblissait. Son caractère, autrefois si égal, était devenu bizarre, fantasque. Un vieux médecin, ami de la famille, venait la voir tous les jours. Il me regardait de façon étrange, il me posait des questions extraordinaires.
J'étais tenté de croire qu'il radotait. Bref, l'état de ma femme empirait. Elle s'alita. Sa sœur ne quittait plus son chevet et témoignait d'un dévouement sans bornes...
Un soir, pendant une absence de Clarisse, ma femme m'appela et, d'une voix faible :
i< Armand, Armand, me dit-elle, je suis perdue, je meurs empoisonnée par ma sœur. Je l'ai vue la nuit dernière, elle me croyait endormie, je l'ai vue me verser le poison. Elle était jalouse de mon bonheur, elle veut devenir ta femme. Jure-moi que tu ne l'épouseras jamais. » Je le lui jurai, comme vous le pensez, puis, quelques, heures après, elle expira.
ROBILLET
Je vous plains. Et alors ?
de brézieux, se levant
Alors, monsieur, quand Clarisse entra, je la pris par le cou, me retenant pour ne pas l'étrangler, et la traînant près du lit de Denise, je la forçai à regarder le cadavre. « Misérable, lui criai-je, contemplez votre ouvrage : je sais tout ! » Elle se jeta à mes genoux, confessa son crime, le rejeta tout entier sur son amour pour moi : « Je ne vous livrerai pas à la justice, lui dis-je, car je ne veux pas déshonorer une famille qui a été jusqu'ici digne de tous les respects. Quant à vous, vous allez disparaître ou je vous tue ! »
(Il retombe sur sa chaise en sanglotant).
ROBILLET
Remettez-vous, monsieur, je vous en prie.
de brézieux, plus calme
Je vous demande pardon... Clarisse me* répondit : « Je disparaîtrai, je vous le promets, je disparaîtrai pour toujours. » Deux: jours plus tard, monsieur, on la trouvait morte dans son lit. Elle s'était empoisonnée.
C'est affreux !
DE BRÉZIEUX
Oh ! ce n'est pas fini... Les deux sœurs me laissaient tous leurs biens. Clarisse morte, l'horrible secret n'était plus connu que de moi seul. J'espérais que tout était terminé. (Il se lève) Ah ! j'avais compté sans le vieux docteur i Au retour du cimetière (Il jrappe sur le piano) il me frappa sur l'épaule : « Tous mes compliments,, monsieur le comte, me dit-il avec calme, vous savez manier le poison. » Interloqué, je répondis : « Mais que signifient vos paroles? — Elles signifient, répliqua le médecin, que votre procès fera quelque bruit. Mes pressentiments sont maintenant confirmés. D'ailleurs, vous allez un peu vite. Clarisse morte deux jours après sa sœur... » Je criai, je hurlai : « Mais c'est fou, vous m'accusez, moi, moi ! — Vous, dit le docteur toujours avec le même flegme. Il est inutile de nier : j'ai analysé le poison qui vous a servi, n De nouveau, je m'écriai "r
Mais vous êtes fou I Dans quel but aurais-je empoisonné ma femme, que j'adorais ! Vous me forcez à vous livrer un secret que j'aurais voulu garder seul : l'empoisonneuse, c'était Clarisse, et... — Connu, dit le docteur, avec un sourire sardonique. Clarisse ne protestera pas maintenant. Au surplus, les tribunaux apprécieront, les magistrats rechercheront à qui le crime pouvait profiter. Car, si dans vingt-quatre heures, vous ne vous êtes pas fait sauter la cervelle, je vous dénonce à la justice !...
{En causant, de Brézieux est passé derrière le piano, puis s'est avancé, Robillet a reculé au fur et à mesure).
ROBILLET
C'est épouvantable !
DE BRÉZIEUX
Comprenez-vous toute l'horreur de ma situation ? Accusé du plus abominable des crimes, il m'était impossible de prouver mon innocence. Le docteur était sûr de son fait, et toutes les apparences étaient contre moi. Personne ne voudrait croire ce qui était la vérité. C'était effrayant, c'était atroce, c'était à devenir fou ! J'étais perdu.,.
(Il se laisse tomber sur une chaise).
ROBILLET
Alors ?
de brézieux, se levant brusquement
Alors, monsieur, la crainte du scandale». le cauchemar terrible dans lequel je me débattais, m'inspirèrent une résolution insensée : « Oui, dis-je au docteur, oui, je suis coupable. Mais je ne veux pas que ma honte rejaillisse sur deux familles honorables. Je disparaîtrai. Je vous demande seulement le temps de mettre mes affaires en ordre. — Soit, dit-il, je vois que tout bon sentiment n'est pas éteint en vous. A celte condition, je ne parlerai pas. — Il est nécessaire, repris-je, que je me rende à ma propriété d'Indre-et-Loire pour y prendre ceitaines dispositions. — Je vous accompagnerai, répondit le médecin. » Nous partîmes ensemble. La nuit était tombée lorsque le train arriva à la petite station où nous devions descendre. Le vieux médecin s'était à moitié endormi. Lorsque le train ralentit sa marche, j'ouvris soudain la portière, et de toutes mes forces, je précipitai le docteur sur la voie ! Ce que j'avais espéré arriva. Il tomba sous les roues et fut écrasé, broyé. J'appelai du secours, on vint. Je déclarai qu'il avait voulu descendre avant que le train fût arrêté. On crut à un accident, personne ne me soupçonna, .l'étais sauvé !... (Pendant ce récit, de Brczieux marche de nouveau sur Robillot qui recule et passe derrière le canapé). Mais, monsieur, tant d'émotions avaient ébranlé
ma pauvre tête ! Je devins fou, monsieur r mais... fou à lier ! On m'enferma, puis... je guéris. Je quittai la Franee. J'avais hâte de fuir Paris et tout ce qui me rappelait ma lugubre histoire. Je ne pouvais plus vivre ici ; il me semblait que j'allais être de nouveau soupçonné, arrêté. La nuit j'avais des cauchemars atroces : sans cesse, je voyais là, devant moi, le cadavre du vieux docteur, une bouillie sanglante qui prenait corps, se levait, venait à moi, me criait : « Assassin, assassin ! » Pendant... près de vingt ans, je voyageai, je visitai l'Europe, je partis en Amérique, parcourant les villes sans m'arrêter, avec cette crainte angoissante de laisser deviner mon secret... Puis, avec les années, ma terreur diminua ; peu à peu l'horrible vision s'effaçait, disparaissait. Je revins à Paris. Les parents de ma femme étaient morts depuis longtemps ; j'étais tellement changé que personne ne me reconnut... Et, s'il m'est impossible d'oublier le passé, j'ai du moins la certitude d'être seul à le connaître. Personne ne connaît mon secret, personne ne peut me trahir, per... (Il s'arrête et regarde fixement Robillet) mais... si... mais si... mais vous !
robillet, effrayé Quoi ?
DE BRÉZIEUX
Mais vous le connaissez !
ROBILLET.
Quoi donc ?
DE BRÉZIEUX
Mon secret I
ROBILLET
Mais je ne vous ai rien demandé, moi I
DE BRÉZIEUX
Vous pouvez me trahir I
ROBILLET
Mais, monsieur, je vous prie de sortir !
DE BRÉZIEUX
Ah ! tu veux me trahir 1 attends un peu, misérable, je vais te supprimer, toi aussi, je vais te faire passer par la portière I
(Il marche sur Robillet. Pendant qu'il passe derrière le canapé, Robillet se réfugie derrière le piano).
robillet, en courant
C'est un fou ! C'est un fou furieux I Au secours, au secours !
88ÊNI II
(La porte s'ouvre. Entre un monsieur en redingote, chapeau haute-forme, décoré d'un ordre étranger. Derrière lui, deux hommes en blause, coiffés de casquettes).
MAXESTOWN
Àh ! le voilà ! (Aux deux hommes). Emparez-vous de lui ! (Pendant que les deux hommes maintiennent de Brézieux, Maxestown s'avance vers Robillet qui se tient à Vautre bout de la scène, tremblant encore d'émotion).
maxestown, léger accent étranger
Mille pardons, monsieur, je suis le docleur Maxestown, directeur de la maison de santé de la Muette. Un de mes pensionnaires s'est évadé, et...
robillet, vivement
Oui, oui, c'est lui... ah I vous pouvez l'emporter... Il n'est pas gai !
MAXESTOWN
D'après les renseignements que j'ai recueillis, je pensais bien le trouver dans votre maison.
Vous arrivez à propos. Il voulait me jeter par la fenêtre.
MAXESTOWN
C'est sa manie... C'est le comte de Brézieux, un malheureux qui a perdu la raison à la suite de la mort de sa femme, qu'il adorait.
ROBILLET -
Oui, oui... Àh ! il m'en a raconté !
MAXESTOWN
11 se ligure qu'elle a été empoisonnée. >*ous allons vous en débarrasser, mes aides et moi. Je vous demande bien pardon de tout le dérangement que nous vous occasionnons.
ROBILLET
Mais faites donc !
de brlzieux, cherchant à se débarrasser des aides
Laissez-moi, laissez-moi !... Docteur, ■cet homme veut me dénoncer, il faut que je le tue. Laissez-moi, je vous dis que je veux le tuer I
MAXESTOWN
Il va avoir un accès. Votre présence l'ir- Tite, monsieur. Seriez-vous assez aimable pour vous cacher, pendant que nous allons l'emmener?
Mais très volontiers. Dans ce cabinet, si vous voulez?...
MAXESTOWN
C'est cela. (Il pousse Robillet dans le cabinet et referme la porte). Merci et pardon encore une fois. (A mi-voix s'adressant aux irois hommes). Allez ! (Haut, tout en retirant sa redingote et son chapeau). Et maintenant, du calme, voyons, monsieur le comte, du calme I