Un Peu de tout
Des lys. des lys de triomphe et de candeur, des lys de symbole et de rémission, «les lys nationaux et régionaux, îles bruyères, des cigognes familières, des parfums mêlés «'t des porcelaines rares s'accordant à des terres cuites lointaines, voilà le décor enchanté et bereeur. empli de poésie, de mélancolie, d'amour al an gui, de lyrisme épars, de légende alliciante, un peu rauque et si douce d'où l'auteur de ce livre se lanceM» l'assaut du monde, à la complète des paysages, des villes, des mers et îles neiges.
Assaut courtois ! complète passionnée et enthousiaste, conquête émue et chantante.
Tout ici est sentiment, tout est harmonie.
En ce moment où Ton découvre un peu tard et un peu longuement notre grande sœur latine, la Roumanie, on peut reconnaître le besoin initial et inné d'art, de mélodie, d'expression qui agite et charme la nation où Ovide eut ses plus belles inspirations et où il trouva sou âme, la terre où. sous l'égide auguste et l'exemple souverain «le Carmen Sylva, après Hélène Vacaresco, les Lahovary et les Bibesco se partagent les palmes de la prose et île la poésie
. i de l'épopée, -.m- parler du dan- ,. , > délicieux < lliarles-Adolphe
!..in- multiple de la comtesse Mathieu
cher à l'Histoire de la Science, à la plus
lalité. .1 l'a> cuir le plus tutélaire et le
pas détourné Mme Marie Jonesco de dire son
sa chanson de femme sur sa maison, sur ses
pèlerinages, sur son Paris, son Italie, son
*c. «-..h Afrique, sa Grèce, son Espagne, sa
- pauvres de partoul et ses amis les amoureux
• I ailleurs.
- poèmes de prose précieuse et personnelle, ses cantilènes
adenec oppressée e1 sûre, cette fièvre heu-
i|in rencoiitii* une sérénité résignée, cet instincl de
iiuleur cl <l<- nuances, ce bonheur d'expression, involontaire
et < ternel, (oui l'ail image, dans des nerfs, de la sincérité ailée,
>l<- la vie crispée et rayonnante, de la pitié et de l'extase, ton!
i.i..iiv sans coup férir el l'auteur annexe les territoires,
les villes ci les villages, les tristesses et les joies jusqu'aux
doutes rencontrés sur la route, les assimile à sa sensibiité, à
son existence intérieure, en fait une moisson ardente, un
rophéc r«>ug»' cl blanc à lier de -es roses et <!<• ses lys, de ses
lys patients, obstinés, tutélaires '.
Richesse d'évocation H de nostalgie! Le monde n'est pas
- and pour le trésor <!<• passion et de fraternité, pour la
vination pénétrante de notre poétesse errante: sa force de
• i .m delà... Elle traverse 1rs murs <•! les remparts, les
I ►chers, les cimes, les glaciers •■! les océans, les aurores et 1rs
es, les civilisations et les derniers el charmants ves-
l.i barbarie pour se retrouver elle-même, dans son
i dans son espoir, .laiis son enfance peuplée de fées et
d'anges, «le madones, de vœux <'t de secrets, dans ses mystères innocents, dans son paradis en relief, en traditions, en hommages, en symphonie, pour se retrouver dans L'aubade journalière de l'aurore, de l'alouette, du vent et des lys mouvants.
Va c'est ainsi 1 1 il** cet assemblage de spectacles, d'états d'âme, d'émois en valeur et en musique, que ce panorama changeant cl magnifique, animé d'un souille plus qu'humain cl d'un pathétique féminin et électrique, que cel hymne, enfin, à la vie, à La tendresse, au devoir, à L'abnégation, toul devient un chant religieux où L'humanité prend les prés, le^ roseraies, les lloraisons des campagnes, des cités, les coupoles, le^ vagues, les palmiers et les sables pour les ofl'rir en holocauste au Dieu d'amour, au Dieu d'inquiétude, et, de proclie en proche, au Dieu pur. au seul Dieu, au Dieu de la petite enfance et des premiers rêves, au seul Dieu, et à Dieu seul!
Je suis bien petit garçon pour mêler ma voix discordante à ce concert sublime et savoureux : c'est un honneur pour moi et un plaisir «le qualité rare d'avoir sonne'1, en une trompette tic hasard, le juste los d'un voyageur de beauté, d'une voyante de merveilles, d'une grande âme et d'un grand cœur qui vogue, en clair et noble style frémissant et classique, sur une mer toute gaufrée «le nefs byzantines, sur des rêves tout givrés de Lvs '.
Ernest LA JEUNESSE
LES LYS
LES LYS Souvenir de Roumamie
Hai la ('.fini! liai la Crini!
Voilà des Lys '. Voilà les Lys !
En effet, ils sont arrivés; toute une nuée odorante envahit la ville: les beaux lys blancs aux pétales de cire, les lys argentés, comme ils embaument ! Ils parfument l'air et leurs loris arômes nous enivrent.
Voici ceux de l'Angelico et ceux de «l'Annonciation» de Fra Filippo Lippi, et les lys suaves et Meutes de Botticelli, et ceux de Léonard, et tous les lys rêvés de Hébert. Leur parfum puissant depuis des siècles traverse la terre, et tous les ans. aux premiers jours chauds de juin, quand les blés se dorent, quand les rayons l'ont tout éclore, au moment des roses, des cerises juteuses et des fraises : Hai l(i Crini! Hai la Crini! retentissent les voix des tziganes pittoresques, à travers les rues étroites de la ville.
Le teint bronzé, aux beaux yeux al an guis, la taille cambrée, couvertes de bouts d'étoiles aux vives couleurs, la tête entourée d'un foulard ou du fameux « loulptut ». une Heur penchée sur l'oreille, la poitrine bombée au vent, un petit panier suspendu au bras gauche qui contient de la lavande, du basilic, quelques
le la droite elles tendent au passant un
s tout droit on dirait an immense cierge qui
s [lamines jaunes de tous côtés. D'où venez-
Heurs droites et ftères? où irez-vous dans huit jours?
il ,,,i l'on tisse avec vos pétales les grandes
i où tous 1rs petits pétales qui tomberont
iront pour parer les chérubins et les séraphins; et votre
.:,, alors se mêlera aux nuages <lc myrrhe et d'encens...
ml j'étais enfant, j'ai passé de longues années auprès
d'un oncle vieux garçon, amoureux de Qeurs et de lumière. Les
tulipes, les camélias, une petite Qeur bleue qui fleurit pari. mile
et qu'il apprl.ut Heur d'amour » et les lys le passionnaient.
le hantaient.
Vu moment <l«- leur floraison, on enlevait la grille du jardin pour qu'ils fleurissent en paix, et l'on voyait venir une théorie
• h Ivs argentés, jaunes, rouges couleur <le sang, blanc bleuté routeur '!«• clair '!<• lune, et par les belles nuits d'été, quand le riel est criblé d'étoiles <pii brillent, <pii scintillent, une se déta-
• hait et filait dans l'infini. Tenant ma petite main d'enfant, il disait Vois-tu, fillette, une étoile qui va mourir, un lys qui fleurira •• Cher beau temps passé '.
Hai la (.i-ini! Uni la Crini!
\ travers toute la journée, .les l'aube au soir, parmi les itions des hommes et les tristesses «le la vie, toujours le même cri jusqu'au soir, aux sons douloureux, stridents des violons; car les tziganes jouent maintenant partout, dans les gquarrs, dans les cafés, les jardins: partout aussi se glissent fleurs de Ivs: i.i. .-Iles parent une poitrine de femme; là. .■Il.-s meurent doucemeut sur une nappe. Et les tziganes continuent a remuer de la douleur en nous: ils vont avec leurs liants aigus chercher des choses lointaines au plus profond de ' la nuit avance, lente, chaude, accablante, jusqu'à
l'heure où le sommeil engourdira des cœurs lourds de mélancolie, d'espoir, de détresse.
Là-haut aussi, dans la cité des nu ni s. rien ne remue, même les discaux se sont tus: pas la moindre brise ne passe: tous reposent, dans leurs étroits cercueils, donnent indifférents le grand sommeil d'éternité.
Ni spectre, ni fantôme; sur toutes les tombes, L'ombre des grands lys veille, argentés, couleur de clair de lune; car il n'y a plus de morts, car « il n'y a pas de morts » '".
Au ruban blafard de l'aurore, au chant de l'alouette, au murmure du vent, dans les feuilles, toutes les ombres s'évanouirent et alors, doucement, par les rues silencieuses de la ville : liai la Criai ! liai la Criai! la vie recommencera
(i) Maeterlinck : L'Ois n< bleu, acte IV, 7e tableau.
Hai la Criui ! Hai la Crini '.