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CONTE DE NOËL

CONTE DE NOËL En Roumanie

Petite, blonde, boulotte, des jours roses. les veux couleur de violettes, toujours souriante, la petite Lise axait neuf ans; tout le inonde 1 aimait. Son père, serre-frein aux chemins de fer (70 francs par mois): sa mère jeune encore, malade mais vaillante, deux enfants sur les bras, un tout petit au berceau, et elle, son aînée adorée.

On n'était pas riche, la vie parfois difficile; l'hiver surtout, il est si rude en Roumanie.

Mlle travaillait beaucoup, toussait souvent: mais on était heureux, heureux quand même. Dès le matin, à cinq heures en toute saison, tout le monde était debout : le père tapotait les joues de Lise, pressait contre son cœur sa femme et partait à son travail. L'enfant aidait sa mère; on nettoyait. époussetait avec lièvre une petite chambre et une cuisine dont le logis se composait.

Ce n'était pas grand, mais propret, accueillant. Au fond. un lit couvert d'une étoile rouge à ramages, quatre coussins, aux laies crochetées: une table en bois blanc: trois chaises pareilles: une armoire qui contenait tout, la robe île mariée de la mère, la layette de Lise servant à l'autre bébé, que

terre, mit' natte; aux fenêtres « [ 1 1 « • I « 1 1 1 < • -- pots de iiium .ni\ fleurettes rouges et roses r imme des 11 animes.

m- un pot de basilic; un petit lit-canapé sur lequel

le berceau «lu petit frère dont le bruit

ncé berce les beures; quelques menus objets néces-

- .m ménage, parfois un rayon de soleil... et c'était

tout.

Pardon, dans un <«»in très haut. «In coté «lu Levant, accrorhéc contre !«• mur. la Madone veillait. I ne ancienne image

mvertc d'argent, au regard calme, hautain et froid, la Madone byzantine, toute <l<- mystère, seul souvenir de ses parents à lui.

Le m 'nage se terminanl à 7 heures, la petite Lise se ln>itail par les rues étroites de la \ill«'. Il faisait froid; la neige tombait: elle, rouverte de son petil chàle, grelottante, ses livres sous le bras, courait vers recule: ses petits t;il<ms faisaient toc, toc, contre les dalles. Les \<>isins reconnaissaient le bruit. C'est la petite Lise, la fille «lu serre-frein ». el l'on souriait. Pas de glissades pour elle sous les arbres givrés; pas de courses folles après les papillons en «'•t«'\ ni «le halle pour entendre chanter les oiseaux; «'ll«' était si pressée, et les saisons passaient.

I ii jour, c'était en automne, elle a \ ail treize ans, l'effroyable journée grise! Rentrée à la maison, «'ll«' trouve sa mère en larmes. Par terre gil un paquel ensanglanté, une masse qui remue, du m unie autour; parfois un gémissemenl douloureux s en échapp • comme un cri d'outr '-tombe.

Qu était-il arrivé? Dame, ce qui arrive souvenl : le train «!<■ Iniii h Mir 's, par une erreur d'aiguillage, s'étail engagé sur une autre voie; il \ini tamponner un «les wagons que le père de l.isr accrochait a un train de marchandises stationnant. Une vive secousse; il tombe, ses pieds glissent sous les roues <lu

wagon <|iii subitement s'étail mis on marche; on une seconde ses deux jambes lurent broyées.

Le lendemain, dans 1rs journaux, à la troisième page, parmi les faits divers, on annonçait le malheur. La compagnie accordait -'> IVa n es par mois aux trois abandonnés. Le père survécut à peine; sa femme le suivit au printemps; des voisins charitables recueillirent le petil frère. Lise connul toutes les déchéances, tous les succès, les tristesse- et les réalités de la \ ie...

Malheureusement, elle devinl jolie.

A dix-huil ans. rien ne lui manque : auto, toilettes élégantes,

les plus beaux bijoux. A son passage, on l'admirait: rien qu'en la désignant, on la classait, la Qétrissail : cependant, dans ses \eux. parfois une ombre de pureté, un rellel de vie d'autan passait.

Dans le monde des gens qui s'amusent, se glissent quelquefois des artistes, êtres singuliers, sans préjugés, amoureux de lumière, de couleur, d'infini, vivant d'illusions, de rêves, retombant dans la vie pour se faire très mal et, grâce à un rayon, remontant très haut.

Son ami Pierre était de ceux-là. Il la connaissait de longtemps, avait pour elle de l'amitié, îles égards.

I n jour, elle le croise dans la rue. une belle gerbe de lys à la main : « Est-ce pour moi, Pierre? — ()li ! non. n'y touche pas : c'est pour la Madone ! — Pour la Madone ?... — A propos, belle Lise, veux-tu me poser un un '.' \e ris pas: sérieusement, là. trois séances: tu trouveras bien le temps: on sera sage. — C'est promis, répondit-elle, adieu ».

L'atelier est inondé de lumière, de parfum de jeunesse.

Lise est là. cause, jase, se déshabille, bonne fille. Lui. la palette à la main, répond par bribes, par bouts de phrases. l'âme tout à sa Madone, à sa Vierge au Lys <pii le tient, l'occupe tout entier.

.!. -m- prête. — Comment tii es prête: c'est nu nu que tu — Oui, c'est \ rai Deux rubans roses dénoués sur les épaules et la chemise

-,■ retourne et doucement se laisse choir à genoux. I..i-I>;i». dans le coin tic l'atelier, la Madone encadrée de lys trône, la \ ierge de tous les [tardons.

Deux (grosses larmes perlent au bout des cils de la Lise d'autrefois.

lu ne sais pas, Pierre*, tu ne sauras jamais ce que lut pour

moi l;i M alloue ! "...

Mauvaise séance; Lise pose mal, préoccupée, nerveuse. Elle n'est jamais revenue à l'atelier; on ne la voit plus. S.»n absence a à peine étonne quelques amis; on ne s'intépas longtemps à ces créatures-là.

Deux années ont passé.

Veille de Noël. La petite maisonnette d'an tan est éclairée; il tombe de grands flocons de neige. Dans ce quartier humble, pas «le tralnaux pimpants aux nais grelots, les passants se pressent, chargés de provisions, de petites branches de sapin à la main; quelques femmes courent vite vers leurs maisons, des oranges liées dans un petit mouchoir.

I ne petite lille porte un plateau chargé <le IumocIics dorées, toutes chaudes; elle glisse, <>n marche mal dans la neige qui grince tristement sous les pas. les rues sont mal éclairées.

Pendant ce temps, la nuit tombe, froide, glaciale; les cloches sonnent, quelques passants s'arrêtent; devant une maisonnette, cinq enfants grelottants chantent un air ancien qui annonce la naissance du < îhrist. Ils agitent une étoile en papier aux dessins primitifs; à l'envers, au centre, une petite bougie éclaire la même crèche, relie <pie depuis des siècles élèvent les cœurs.

Des Milieux jettent un regard à travers les petits stores

crochetés. Lise est là, simple, humble, toute aux soins de son ménage. Devant le petit poêle, un homme rude aux mains d'ouvrier se réchauffe, le Iront creuse par le travail; il sourit parfois, car on entend un vagissement si faible qui vient d'un

berceau que Lise réunie en passant.

Elle est heureuse, la vie a changé. I. 'homme est son mari, il l'aime. Parfois un nuage <lc tristesse et de résignation passe dans ses veux.

« N'y pense pas. Jean, je t'en supplie: oublie, puisque la Madone a pardonné. »

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