‹ Un Peu de toutChapitre 6 sur 22 · LOUQSOR · texte numérisé non relu

LOUQSOR

Doucement, La dahabieh glisse. Elle nous emporte sur le Nil opalin ri tranquille. La brise légère <lu soir gonfle ses voiles immenses, ses voiles étranges aux formes anciennes comme «les ailes de grands oiseaux que noire âme ignore.

Elle s'enfonce dans la nuit bleue; elle nous conduira au loin à travers les [daines brillantes du désert incandescent.

La nuit merveilleuse et calme nous engourdit pour quelques heures, et l'aube naît dans les grisailles d'une délicatesse infinie: on dirait delà poudre de nacre aux (ins reflets d'or qui tombe du ciel. L'Egypte se réveille: (die se révèle à moi. l'ancienne terre des Pharaons, telle que jamais je ne l'avais rêvée. A terre, du vert éineraude: au loin, les collines calcaires renfermant les tombeaux des rois et des reines, l'osées aux tons différents à travers toutes les heures du jour, tout ce paysage coupé par un ruban de lumière, le Nil qui coule comme de l'ambre liquide; il glisse à travers l'infini du désert.

Et d'autres dahabiehs nous croisent, et d'autres voiles découpent leur relief sur l'horizon. La gamme des gris du ciel a traversé tous les tons pour donner dans les mauves suaves, les bleus très doux: sur tout cela, le soleil parait.

Rien de la lumière éclatante de l'Europe; rien ne brusque la vue. On «lirait qu'un grand artiste maître des tons et «1rs couleurs maintient l'accord parfait, qui finit avec la grâce cl la majesté de la draperie noire jetée sur chaque épaule de fellahs cheminant, l'amphore sur la tète, telles des statues antiques, dan- la légèreté transparente et bleutée de l'air frais du malin.

Harmonie parfaite des choses, démarches gracieuses et fières, Imes des hommes, lumière qui nous rattache a l'infini ,ln ciel, '|iii pourra jamais décrire toul le charme où est plongée l'âme, en la relevant très haut dans les grands silences, les grands recueillements, afin qu'elle se sente vivre à travers les profondeurs mystérieuses du passé !

Voici Louqsor et son temple aux immenses colonnes, moitié en forme de (leurs de lotus, emblème de la liasse Egypte, moitié papyriforme, la fieur de la liante Egypte, gravées comme de la dentelle. Le temple fut consacré au dieu A.mmon de Thèbes.

Les derniers nous montrent encore la procession de la fête dn premier jour de l'an; au fond, se trouve le sanctuaire d'Alexandre le Grand; voici la place où fui l'obélisque de Paris.

Nous attendons la nuit pour traverser les routes bordées de palmiers droits et calmes aux panaches élégants — tel un Itoiiquet d'immenses plumes d'autruche — où se trouve l'allée des Sphinx. Il y en a cinq cents de chaque côté, beaucoup d'intacts, colosses de pierre qui semblent défier le temps, et nous allons ainsi jusqu'il [a porte de Ptolémée.

I n petit sentier tourne à gauche, l'as de bruit. Dans le sable velouté encore chaud, les pieds enfoncenl : nous nous engageons dans l'allée des Béliers, el devant nous se dresse l'immense temple de Karnal< .

I ne série infinie d'obélisques, de ((donnes; les rayons de lune filtrent à travers; des milliers d'étoiles brillenl sur la voûte azurée. La nuit est divine; toutes les inscriptions, toutes

1rs silhouettes lincs des pois el des dieux se détachent, m -ni M eut revivre, entourées d'air léger. L'impression esl unique; il faut. pour comprendre, que l'espril plonge dans le recul des siècles.

Le lendemain, par une chaleur atroce, nous faisons cinq heures à dos de mules à travers la nécropole où règne la mort, pour descendre dans les tombeaux «1rs reines.

Nous commençons par le plus beau, celui de Nephertari, femme de Ramsès II. qui vécut 1^(1(1 ans avanl .!.-(.. Le jour précédent, je l'avais vue dans le temple de Louqsor, petite comme une poupée, à côté de la statue imposante de son royal époux.

Nous descendons dans la tombe.

On étoufle; elle est profonde : trois escaliers immenses nous y conduisent : elle est éclairée: tous les murs sont cou verts de dessins aux vives couleurs. Voici la course du soleil à travers le jour; la nuit luttant avec les ténèbres comparée à la vie de l'homme. Toutes les anciennes di\ inités de l'Egypte sont représentées sous différentes formes... Kl le voici enfin, délicieuse Néphertari !

Quel enchantement «pie toute sa silhouette, toute sa grâce de femme qui palpite sous les voiles empesés, blancs et raides de sa petite robe ! Une ceinture rouge serre sa taille fine et fait ressortir l'exquise poitrine sensuelle SOUS la pèlerine (le mousseline: les colliers d'or multiples entourent le cou: les bracelets pressent les lins poignets; dans les longs yeux noirs en amande, on devine à peine le sourire si jeune: la tète hautaine est parée des deux plumes droites, symbole de la justice, el du

disque royal du soleil.

Règne à travers les siècles, grande reine des reines, à travers les triomphes de la poussière, nul ne pourra détruire Ion souvenir !

Puis nous visitons les tombeaux «les rois; mêmes coloris intacts, mêmes dessins plus beaux encore.

la barque scolaire «pii traverse le royaume des morts, puis la déesse Nul qui représente le ciel. \ oici le banc autour de la chambre où l'on mettait les o 11 r and es et, t . > 1 1 ( au fond, la momie du roi Aménophis 11. W Ml d> iastie, 1330 av. .1 . ('.. A travers tr<>i«- mille < -i 1 1< | crut- ans, les mains croisées sur la poitrine, il règne dans le silence « i t * la mort, «i involontairement quelque chose en m >i cric et se révolte à la vue de cette sépulture ouverte, éclairée par un bec électrique et <|ii on peut voir \ muant quelques piastres '.

.l'ai liasse encore quelques jours dans l'ancienne ville de Thèbes, la \ il le aux cent portes. J'ai nu les colosses de Memnon dont le septentrional chantait au lever «lu soleil. ()n disait que Mcmnou saluait sa mère, l'aurore du matin: les gouttelettes de rosée ramassées dans le creux de la pierre, sous les rayons du soleil, produisaient un murmure étrange. Puis le palais temple de Medinel A.bou, «In roi Rarnsès admirablemenl conservés; les reliefs des murs gardenl la couleur, les bleus sonl vivants, la porte principale couronnée par le symbole ailé du soleil.

I ii \iiile s'est levé sur mon esprit. Les yeux de l'àme ouverts sur les mystères <le la grandeur passée, dans un recueillement religieux, je regagne la dahabieh qui m'emporte vers Assouan et l'île de Philœ.

Nil

Le S'il ii I

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