‹ Un Peu de toutChapitre 7 sur 22 · SAINT-MOR1TZ · texte numérisé non relu

SAINT-MOR1TZ

Impressions

Des nuages blancs, cotonneux delà-haut, tombent de grands, de petits Qocons de neige.

11 en tombe tellement, les uns après les autres, qu'on dirait un rideau de duvet obscurcissant l'horizon; el tout cela s'étend sur la terre et la couvre d'un blanc linceul, (l'est comme d'immenses feuilles légères laites d'ailes de papillons qui forment cette grande chose blanche, molle e1 calme qui est la neige.

Par-ci par-là, on aperçoit le bout des grands sapins tout noirs: on dirait alors un grand manteau d'hermine qui couvre la vallée où l'Inn murmure: la plaine au loin, toute la chaîne des Alpes jusqu'aux sommets, où elle se confond aux nuages.

Les étoiles brillent : Sirius. la (irande-Ourse. les Trois Rois scintillent, tels de merveilleux joyaux ciselés parles anges.

La grande route est toute blanche; (die traverse la forêt, monte, monte toujours avec ses bords ouatés. On n'entend plus les oiseaux: ils se sont tus: on ne voit plus de fleurettes, elles dorment leur grand sommeil d'hiver. A peine, par-ci par-là. une source dégringole sous un voile de glace.

1 ,i dernière* lieure bleue «lu crépuscule a jeté ses voiles partout: t « • « 1 1 es! du même Uni tendre el doux qui coule maintenant sur les choses, «i |>«'iii à petit la nuit arrive.

I ne légère brise passe, elle secoue les grands, les petits sapins givrés. Réveillés, ils causent,

— C'est beau l'hiver, «lii un vieux qu'on n'abattra pas. personne ne songe à casser une branche; pas de poussière. pas d'amoureux, je dors et me repose,

— Vous pouvez parler à votre aise, 'lit un second, tandis que iniii- voilà ici, aussi nombreux que nous sommes, ions destinés à être coupés. Mon sort à moi n'est pas si triste: je serai le lit tout blanc d'une belle mariée.

— De moi, on fera tous les jouets possibles pour distraire les enfants; des poupées de Nuremberg.

— Moi, «lit un autre, je suis destiné à la haute mer: sur un cargo-boat, au loin, on me transportera taillé en planches et je retrouverai là-bas les «-toiles mes amies.

— Quant à moi, à travers la Sibérie, je chaull'erai les locomotives et je les envelopperai d'un ruban d'étincelles; ainsi je transporterai la vie à travers le monde.

— Moi, je réchaufferai la chambre d'une jolie femme. Le plus beau, le plus fier se taisait :

— Et I >i. le silencieux la-has. on ne le coupera pas'.'

— Que si. mes camarades. Vous êtes destines à réjouir les vivants, tandis que moi je renfermerai tous les espoirs, toutes hs illusions. Doublés de satin blanc, doublés de satin mauve, on fera de moi des cercueils; je renfermerai la vieillesse aux cheveux blancs et la jeunesse aux boucles d'or, et tant de sourires: car, VOUS savez tous, les morts n'ont pas si peur.

— Silence! Laissez-nous, avec vos histoires !

I ne haie de petits sapins se tordent el rient : ils sont plantés là pour empêcher la montagne de tomber, et ils se croient éternels.

Bit! Le venl du malin qui passe.

Comme il l'ait froid! Et tout le monde tremble el m' secoue. Le i;i\ re el la neige Tout une auréole d'étoiles autour d'eux. La nuit plie vite son grand manteau noir criblé d'argent, et les gazes légères, aériennes, se lèvent sur Saint-Moritz. El dîngl diui;! ilini;! dans la neige veloutée et molle, les laitiers des environs arrivent.

I ne lumière nacrée : l'aube. La dernière. El le soleil parait derrière les glaciers du Roseg en une apothéose de lumière: il jette sa poudre d'or partoul .

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