‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 10 sur 99 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

tienté..…. Ce seroit certes un grand heur..… Vous direz que ce sont discours qui sont plus plausibles et vraisemiblables que faisables, plus à désirer qu’à effectuer ou espérer. Toutefois, je sais bien ce que je dis et que je ne parle sans quelque fondement !. »-

- Au début du nouveau règne, des pamphlets circulent, qui sont dirigés contre Concini ou contre de Luynes, parfois, contre la reine-mère ou contre le roi? C’est ainsi qu'en 161$ on représente l’ombre de Henri le Grand apparaissant à son fils pour lui conseiller d'établir « la paix universelle entre les chrétiens, qui lui donneront pour ce bienfait tant signalé, ces grands éloges d’auguste, de pacifique de bien ?. »

Mais voici même que ce beau rêve, encore flottant, se fixe en une légende qui dut être, d’abord, une histoire. La renommée reporte sur Henri IV vivant ce que la fiction vient déjà de prèter à sa mémoire. La rumeur affirme qu’au moment où une mort brutale vient le frapper, il envisageait la réalisation d’un projet grandiose, que son cerveau mürissait depuis quelques années déjà. Telles de ses confidences, connues ou supposées, sont interprètées en ce sens.

C’est ainsi que, dès 1596, le besoin d’épanchement que lui causa l’heureuse nouvelle de la soumission du duc d’Epernon, lui faisait dire au marquis de Rosny : « J'ai le désir de pouvoir éxécutter, avant que mourir, deux magnifhques desseings que j'ai en l'esprit sans les avoir jamais communicquez à personne, desquelz (quoy que je ne doubte point qu’ilz ne vous réjouissent grandement) je ne vous diray maintenant auculne chose, ny peutestre jamais à personne, que je ne voye des dispositions à l’in-

(1) Leltres de Henri IV, de Villeroy et de Puiseux à M. dela Boderie. Amsterdam, 1733, p. 330-331.

(2) Cf. Pfister, Les Economies royales de Sully el le grand dessein de Henri 1V. Rev. historique, 1894, n° 112, p. 320.

(3) La renconire de Henry le Grand au Roy, touchant le voyage d'Espagne. Paris, MDCXV.

faillible exécution d’iceux !. » Et l’on racontait encore que sur le même et mystérieux sujet il avait, en 1601, échangé des vues avec la reine Elisabeth d'Angleterre, en laquelle sa confiance était grande ?. ;

Or, les « deux magnifiques desseings » auraient consisté, d’abord, de la suppression de l'Empire, par l’abaissement des maisons d'Espagne et d'Autriche; puis, dans l'institution sur ses ruines d’une « république très-chrestienne », et sans doute très pacifique, entre les grandes puissances d'Europe, désormais établies en état d'équilibre ?.

La première partie de ce programme se de plus aisément que la seconde. à l’ensemble de la politique, très réaliste, d'Henri IV. Mais, il nous importe peu de savoir ici si le désir d’une paix générale fut vraiment éprouvé par le roi ou si seulement la réputation lui en fut faite". Il nous importe seulement que le bruit se soit répandu de ce désir, imaginaire ou réel. Et cela on doit d'autant plus le supposer qu’il est plus facile d’expliquer par le souvenir, que par l'invention, le récit dans lequel Sully devait, à son tour, rapporter l’ambition prêtée au roi qu’il avait servi°.

(1) Sully, Economies royales. Biblioth. nation. Ms. 10307, fol. ro9 et 110.

(2) Pfister, Les économ. royales de Sully ..…. Rev. hisioriq., 1894, n°100, P:08 ne

(3) Pfister, Op. cit. Rev. historiq., 1894, n° 1r2,p. 315-317.

(4) L'hypothèse d'Henri IV pacifiste est de plus en plus abandonnée aujourd’hui. V. G. Hanotaux, Eludes hisloriques sur le XVI°et le XVI/° siècle en France. Paris, Hachette 1886, p. 161. — Pfister, Op. cit. Rev. hisloriqg., 1894, n° 100, p. 82 et n° 112, p. 326. En sens inverse, Saint-Simon croyait au projet d'Henri IV, mais ajoutait-il, il « mourut avant d’avoir achevé son dessein qui fut oublié après lui ». (Œuvres, publiées par Enfantin, Paris E. Dentu, 18081 VL pp; 179)

(5) Suis. dans ses Economies royales, expose en détail un plan de réorganisation de l'Europe et il en attribue formellement la paternité à Henri IV.

-(V. Pfister, Op. cit., Rev. historiq., 1894, n° 112, p. 316). Il commença la rédaction de ses mémoires dès 1611 (V. Pfister, Op. cit., n° 108, p. 304), mais l'édition imprimée n'en parut qu’en 1638 (V.Pfister, Op. cil., n° 112, p. 312). C'est donc par la renommée, et non par cette page d’histoire, que Crucé put connaître des idées qui occupaient certainement les conversations {V. les allusions qu’y fait Agrippa d’Aubigné, en 1620 : Hisioire universelle,

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