CHAPITRE I SI
avait défendu et que Montchrétien, plus récemment encore, venait de prôner. Et si son opinion s'oppose à la leur, ce n’est pas à la suite d’une impartiale appréciation portée sur le Reiglement général pour dresser les manufactures du royaume de Laffémas et sur le Traicté de l'Œconomie politique de Montchrétien ; nulle part il ne les discute ; on ne saurait même dire sil les a connus.
Sans doute, sur quelques points spéciaux, Lafflémas, en particulier, émet-il des idées que reprendra Crucé, tels, dans son Reiglement général, son vœu en faveur de l’uniformité des poids et mesures !, ou, dans ses Moyens de chasser la gueuserye, contraindre les fainéants, faire vivre et employer les pauvres, son projet d’amélioration sociale?, Mais, comme le remarque M. Levasseur *, ces idées étaient fréquentes à l’époque : elles étaient des fragments épars de ce que la politique colbertiste allait grouper en une doctrine unifiée. En l’absence d'indices plus décisifs, il est donc aussi légitime de croire que Crucé, comme Lafflémas, a puisé ces opinions particulières dans le milieu ambiant, que de supposer que parce que tous deux les ont professées, l’un les a reçues de l'autre.
Et la même explication doit être fournie à l'égard des améliorations sur lesquelles Crucé tombe d'accord avec Montchrétien : établissement d’ateliers publics #, limitation du luxe ÿ, tolérance, censure 7, etc...
IV. — En résumé, on peut certifier que ni les philosophes anciens, ni les pacifistes du Moyen Age, ni les économistes contemporains, n’ont exercé sur Crucé une influence que ses théo-
CHOVPLeRNCE De 2,
(2) V. Le N. C., p. 155.et suiv.
(3) Hisi. des classes ouvrières... Op. cit., t. Il, p. 156.
(4) Traicié de l'Œconomie politique (Edit. Funck-Brentano), p. 103 et suiv. — Le N.C., p. 156 et suiv.
(5) Traicté.… p. 59,74. — Le N. C., p. 128.
(6) Traicté…., p. 341. — Le N. C., p. 56 et suiv.
(7) Traicté.…., p. 341-353. — Le N.C., p. 180 et suiv.
ries rendent appréciable ; il ne s’agit jamais ou que d’une action très lointaine, ou même que d’une ressemblance toute fortuite. On sent très bien que les idées internationales et économiques de Crucé lui sont essentiellement personnelles ; il les expose avec une entière spontanéité et parce quil les sent justes : ce sont elles qui s'imposent à lui plus qu'il ne les choisit. La part que la documentation peut avoir dans une pareille œuvre est nécessairement minime, si même elle n’est pas entièrement nulle. Mais Crucé n’a pas consacré son livre tout entier à l'exposé d’un plan préétabli de paix extérieure et de productivité intérieure. Il a témoigné d’une grande clairvoyance en comprenant qu’il fallait transformer parallèlement la politique nationale -et la politique internationale, parce qu’elles se pénètrent l’une l’autre
et qu’elles se complètent mutuellement. Or, selon toute vrai-.
semblance, sa conviction s’arrêtait là; persuadé qu'il y avait quelque chose aussi à faire à l’intérieur, il hésitait cependant sur ce qu'il convenait de faire. Sa profonde probité intellectuelle connaissait désormais un vaste besoin d’information.