‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 21 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

état d'équilibre et se conférant mutuellement la paix, mais bien d'une France assez puissante pour imposer sa paix aux autres nations {,

Il ne s’agit pas d’une pacification universelle, mais seulement d’une discipline hiérarchisée entre les peuples chrétiens qui doivent laccepter et se soumettre: « Nullus catholicus contra catholicos currat ad arma, nullus sanguinem baptizatum effundat *».

Le maintien de la paix n’est pas attendu de l'indépendance d’arbitrages, s'imposant par la contrainte, mais de l'action pacificatrice du Pape, sous la sanction de l’excommunication ?. .

Et toutes ces réformes sont liées à une expédition guerrière qui forme leur base la plus certaine: la conquête de la Terre Sainte‘.

Incontestablement Dubois dépasse son siècle, et non seulement par son projet de paix, mais encore par son espoir de tant d’autres transformations moins retentissantes, par exemple en matière de colonisation, d'enseignement, de finances, etc... ”. Mais Crucé anticipe plus encore sur le sien, en sorte que trois cents ans les séparent toujours. Dubois veut perfectionner une organisation encore essentiellement nationale; Crucé rêve d’un régime vraiment international. Dubois, c’est la puissance, moralisée par la foi; Crucé, c’est la diplomatie, guidée par la justice. Il y a là deux systèmes absolument différents ; le premier a peutêtre préparé le second, mais il ne l’a pas ébauché. Enfin aucune allusion de Crucé, aucun passage de son œuvre, n'implique une influence qu’on devrait donc supposer avoir été minutieusement

masquée, sans qu’on s'explique cependant le motif de cette simulation.

(1) De recuperat. lerræ sanciæ, Réédition de M. Langlois, Paris, A, Picard, 1891, no 3,12, 101.

(2) Op. cit., no 3.

(3) Op. cit., ne 101.

(4) Op. cit., n° 104.

(5) Op. cit., n° 7, 92—59, 84—135,

Au total, et en dépit de son apparence paradoxale, la vérité paraît bien être que Crucé n’a pas prêté attention aux espoirs pacifistes de ses devanciers ou que, tout au moins, s’il les a connus, il les a totalement dédaignés.

IT. — Crucé, nous le savons, a construit son plan de réorganisation internationale au sein d’une réorganisation économique, qui en forme le nécessaire appui. Et il a dégagé ses opinions éçonomiques des faits qui se sont passés sous ses yeux ou qui ont immédiatement précédé sa naissance ?. Mais leur sens a-t-il toujours été si net quil n'ait pas éprouvé le besoin d’en chercher le contrôle ou simplement la précision chez les théoriciens ? [ci encore il ne semble pas que Crucé se soit livré à une recherche approfondie. Les questions économiques ne correspondent, dans son plan, qu'à une préoccupation secondaire et générale, et les événements l'ont suffisamment instruit.

L'importance de l’agriculture est indiscutable selon lui. Mais il l'affirme en une phrase rapide? ; il n'entre pas dans les détails dont l’eût informé le Théâtre d'agriculture ou mesnage ‘des champs d'Olivier de Serres.

Il professe une même opinion à l'égard de l’industrie, dont il approuve lexpansion. Mais s’il connaît, par exemple, le tissage des soieries, qu’Henri IV venait de répandre’, il est peu probable qu'il ait étudié La cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la font, du mème Olivier de Serres, et en tout cas il est bien loin d'approuver les tendances mercantilistes qui s’y manifestent.

Une divergence de vues plus radicale existe entre son propre libre-échange et le protectionnisme systématique que Laffemas

(1) V. supra, p. 34 et suiv.

(2) V. supra, p. 39 et suiv.

(3) V. supra, p. 36.

(4) V. supra, p. 37.

Page 1