‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 24 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les six livres de la République de Jean Bodin sont vraiment, selon l’expression de M. Baudrillart, La « Somme de la politique au XVI s. !. » Comment croire que Crucé, curieux des problèmes politiques, encore mal connus de lui, et anxieux de solutions satisfaisantes à leur donner, nese soit pas reporté au livre qui résumait tous les livres et à l’auteur qui surpassait tous les auteurs ? Et pour lui qui appréciait les anciens, ne devait-ce pas être un attrait et une garantie que d’entendre Bodin, dès ses premières pages, dire de Platon et d’Aristote, que leurs « Discours Politiques. ont plustost laissé en appétit que rassasié ceux qui les ont leuz 2. » C’est de grand cœur qu'il dut s’apprêter à écouter les nouvelles leçons d’un enseignement aimé.

Crucé a pris Bodin pour guide en tout ce qui concerne le régime politique et l’organisation sociale, et non pas seulement en deux occasions déterminées. Tantôt il- a trouvé en lui, comme nous allons le voir, une inspiration générale ; tantôt il a recherché une directive plus intime encore et soit qu'il ait eu la fierté de le critiquer, soit qu'il ait eu la prudence

de le reproduire, c’est toujours de lui qu'il procède. IT lui arrive de le suivre pas à pas, comme lorsqu'il traite de la vénalité des charges *. Il lui arrive même de lui emprunter une phrase qui lui paraît jolie, une comparaison qui le satisfait au point de ne plus se souvenir, sans doute, que ce n’est pas lui qui l’a imaginée. Bodin avait dit des méchants : « Ceux-là qui prennent les moindres occasions pour faire la guerre, ressemblent aux mousches, qui ne se peuvent tenir sur un mirouër bien poly et ne s'attachent sinon aux lieux raboteux*. » Et Crucé dit aux médisants : « Ne faisons point... comme les mousches qui s’arres-

(1) Henri Baudrillart, J. Bodin el son lemps, Paris, de Guillaumin et C*, 1853, p. 109. À ;

(2) Les six livres de la République, de J. Bodin, Angevin, À Paris, chez Jacques du Puys, libraire juré à la Samaritaine, 1577: — Préface.

(3) V. infra, Il partie, ch. tir.

(4) La République, op. cil., 1. V, ch. v, p. 582.

tent plustost sur les lieux raboteux et infectez, que sur ceux qui sont polis et purifiez !. »

II. — Mais, il est encore un témoignage plus décisif de lPautorité que Bodin a exercée sur Crucé. Le Nouveau Cynée ne contient que deux références précises à des auteurs modernes: l’une à Bodin, qui est cité.en toutes lettres, à une double reprise; l'autre à « un certain personnage », dont le nom n’est pas indi- ‘qué, et qui avait « soustenu par un livre publié sur ce subject qu'il y a beaucoup à perdre sur une pièce d’or et d'argent, encore qu’on la mette pour le mesme prix qu’on l’a receüe?. »

Ce « certain personnage » c’est le « seigneur de Malestroict, conseiller du Roy et maistre ordinaire de ses comptes », auteur des Paradoxes sur le faict des Monnoyes, présentez à Sa Majesté au moys de Mars MDLXVI3. Aucun doute n’est possible à ce sujet puisque Crucé cite, presque textuellement, certains passages de Malestroict. Il suffit, pour s’en convaincre, de rapprocher au hasard, deux phrases concordantes. Nous trouvons, par exemple, dans Crucé: « On ne se peut plaindre, dit-il (Malestroict), qu'une chose soit enchérie depuis trois cens ans, sinon que pour lachester il faille aujourd’huy bailler plus d’or ou d’argent, que le temps passé #. ». Et nous lisons dans Malestroict : « Lon ne peut dire qu’une chose soit maintenant plus chère qu’elle estoit il y a trois cens ans, sinon que pour l’achester, il faille maintenant bailler plus d’or ou d’argent que l’on n’en bailloit alors5. » La démonstration de Crucé est celle de Malestroict, assez correctement rapportée. |

Une autre citation $ du même auteur est plus proche encore du

(1) Le N. C., p. 54.

(2) Le N. C., p. 198.

(3) A Paris, chez Jacques du Puys, librairé juré en l'université, rue Saint- Jean de Latran, à l'enseigne de la Samaritaine, 1578, avec privilège du Roy.

(4) Le N. C., p. or:

(5) Les paradoxes du seigneur de Malestroict…, Op. cil., non paginé. :

(6) Le N. C., p. 198 et suiv.

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