CHAPITRE II à
proviennent de telles causes et que ces causes disparaissent, il ne pourra plus y avoir de guerres. Cette manière de raisonner ressemble de tous points à celle que nous lui avons vu employer pour montrer quil est fort aisé de juger les procès, S'il s’agit d’une question de fait, disait-il, l'enquête l’éclaircira, et s’il s’agit d'une question de droit, les lois la tranchent!. Sa conclusion, d’ailleurs, est semblable dans les deux cas: il convient, disait-il alors, de ne plus supporter les sources de longueur et d’obscurité dans les affaires, et l’on aura la justice ; il convient, dit-il à présent, de ne plus supporter les activités ou les volontés génératrices de guerre, et l'on aura la paix. Est-il besoin d’expliquer que la valeur pratique et la valeur théorique de ces déductions ne sont, sans doute, pas égales ?
Mais, afin de ne point porter sur elle un jugement injuste, considérons cette encyclopédie des causes de la guerre. Il yen a, nous dit Crucé, quatre principales — « l'honneur, le proffit,.… (la) réparation de quelque tort,.… l'exercice ?. » — et deux secondaires : « C’est l’inimitié et, s'il faut ainsi parler, l'antipathie qui se trouve entre plusieurs peuples ou pour leurs vieilles querelles ou pour la diversité de leur religion *. »
I. — L’honneur, avoue Crucé, est la cause « la plus commune, et semble la plus légitime#. » Mais si « le desir d'honneur est naturel à une âme généreuse Ÿ » et s’il convient, par conséquent, de louer l'honneur, il convient non moins certainement de regretter que, bien à tort, il se soit incarné dans les pratiques de la force, plutôt que dans celles de la vertu. Il y a là une déplorable confusion. L’honneur n’est pas dans la force :
(1) V. supra, p. 80.
(GIREEN GS PES:
(3) Le N. C., p. 47. — Cf. E. Lavisse, Rev. de Paris, 15 janv. 1919, p. 225-
(4) Le N. C., p. 4. — V. aussi, p. 225.
(BALENC CG pr4
« Quelle apparence y a-t-il d'estimer tant une chose... que les plus imbecilles animaux peuvent exécuter ? Car de nuire et tuer, c’est une chose facile. Il ne faut pour cest effect qu’un petit aspic, une seule mouche‘, » L'honneur est dans la vertu, il est € plus la justice que la valeur?. » Et pour appuyer son affirmation, Crucé rappelle toutes les horreurs qui constituent le récit des guerres. Il conclut en mettant d'accord la théorie et la pratique : « Les monarques… sont images de Dieu, tuteurs du peuple, destinez pour guérir, non pour blesser, pour bastir, non pour destruire. Mais supposons que la guerre fut nécessaire pour fonder les monarchies. Aujourd'huy qu’elles sont establies, il n'est plus besoing à ceux qui en jouïssent de remplir le monde de carnage... ; qu'ils se tiennent sur la défensive, c'est beaucoup de conserver une monarchie #. »
II. — Une transition très naturelle conduit Crucé de la première cause des guerres à la seconde : « L’honneur est fort engagé en la guerre, et le profit encore plus incertain5 ». « Si la force establit les monarchies, elle les peut aussi ruiner. » Et ici encore c'est l’histoire qu'il appelle à un témoignage si décisif qu'il peut prédire aux Princes, avec une vérité toujours actuelle: « Souvent après avoir deffaict vos ennemis, ravagé leurs terres, la nécessité vous force d'entendre à une paix ou tresve..… et faict perdre le fruict d'une conqueste laborieuse 7. » Le profit est donc trop douteux, s’il n’est pas trop illusoire. Que chaque Prince limite son ambition, qu’il réprime son goût de conquêtes, qu’il « se
U) Le N.C.,p.5.— V. aussi, p. 81, 222. — Cf. Montaigne, Essais, t. If, JT Che TT p-150:
(2 Le NEC pu.
(3) Le N. C;, p. 9 et suiv.
-(4) Le N. C., p. 12-13.
(5) LeuNC., p:13.
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