CHAPITRE II
contienne ès limites des terres qu’il possède à présent, et qu'il ne les outrepasse pour aucunes prétentions !. »
IT. — Mais cette affirmation appelle la réplique d’un cas particulier, qui constitue la troisième cause de guerre : la réparation d'un tort. Le principe général du maintien de la paix pourrait être admis s’il n'y avait une difficulté gisant « aux prétentions de quelques souverains qui ont esté spoliez de leur Seigneurie, ou partie d’icelle ?. » Comme ici les raisons humaines semblent insuffisamment convaincantes, l’idéalisme de Crucé ne craint pas de faire quelques emprunts aux desseins divins, C’est une erreur de parler au sujet des monarchies, comme on le fait au sujet des propriétés particulières, de ses anciens droits. Il n’y a pas de justes revendications de territoires. « Qui contemplera l’origine des empires et royaumes, jugera que telles prétentions sont mal fondées. Cär les monarchies ne s'acquièrent pas comme un autre héritage. Elles viennent immédiatement de Dieu et sont establies par sa seule providence qui donne les sceptres et les oste quand bon luy semble, en ostant pareillement le moïen de les recouvrer ?. » On retrouve ici les traces très vivantes en Crucé du principe monarchique de droit divin. Nous savons déjà qu'il est à la base de sa théorie politique *, mais les déductions qu'il en tire sont d’un opportunisme si complet qu’elles durent peu satisfaire les princes les plus attachés au principe lui-même. Sa doctrine est, en effet, d’une abnégation bien surhumaine : Lorsqu'un prince « est totalement privé (de son pays), et que pour son impuissance, il ne se peut réhabiliter, il doibt céder, je ne diray pas aux hommes, mais à Dieu... (qui) n’est pas tenu de continuer sa bénédiction en un endroict. Que s’il a transféré leur sceptre à une autre main, il a fait la mesme faveur à leurs prédéces-
ADELe NC p. 70.
(A LeuN Cr p.. 19; CNRLeAN IC. pu" (4) V, supra; I® partie, ch. 11, sect, 2.
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seurs!… » Et Crucé affirme avec sérénité le succès de sa démonstration: « Voilà donc la troisième occasion de guerre
assez refusée ?. »
IV. — Ce n’est pas avec une égale confiance qu’il aborde la quatrième: l'exercice. « Il est, nous dit-il, plus difficile (d'y) remédier, attendu que les hommes sont naturellement impatiens de repos ?. » Il assure, à titre d'exemple, que « les Allemans. exerçoient leur jeunesse au brigandage pour luy faire passer le temps *. »
La solution sera de réduire au minimum-les gens d’armes. On n’en conservera que le nombre restreint imposé par la défense des frontières, € attendu qu'ils seront tousjours nécessaires pour la manutention de la paix et conservation des Princes, qui ne peuvent estre en seureté sans les armes... » Un impôt particulier assurera lentretien de cette « gendarmerie, à quoy tout le peuple contribuëroit volontiers et n’auroit point de regret de s’incommoder un peu pour avoir la paix et éviter les oppressions et outrages qu'il endure des soldatsf.. » Et si le nombre de ceux qui ne savent « faire autre chose que fraper » excède les besoins, on occupera le surplus, selon ses goûts, et pourtant sans dommage, en expéditions contre « les pirates et voleurs qui ne font estat que de brigander 7. ».
V. — Viennent enfin deux dernières occasions de guerre, plus lointaines, mais non moins certaines.
Ce sont d’abord les haines de races. Or, si l’on y réfléchit,
() Le N. C., p. 17. — V: aussi, p. 78.
(2) SEEN CMD Ar
(S} Le sN/EG"p/er0;
(4) Le MN Cp. 20.
(5) Le N.C:, p. 27. — V. aussi, p.21 et r110. (O)MLe NAMGE pr 27228:
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