CHAPITRE Il
nous dit Crucé, ces « inimitiez ne sont que politiques!. » Elles sont donc très superficielles. « Pourquoy moy qui suis François, voudray-je du mal à un Anglois, Hespagnol et Indien ? Je ne le puis quand je considère qu’ils sont hommes comme moy, que je suis subjet comme eux à erreur et péché et que toutes les
nations sont associées par un lien naturel, et conséquemment indissoluble ?. » 3
VI. -— Et c’est la même opinion que professe Crucé à l'égard de la dernière cause de guerre : « Je diray le mesme pour le regard des religions qui passionnent tant les hommes et les acharnent les uns contre les autres, si que un Chrestien quand il rencontre un Juif ou Mahometan pense estre contaminé de leur aspect et s’imagine de veoir un démon : d'autre part, ceux-cy et les payens ont en pareil horreur les Chrestiensë. »
Souvent, remarque Crucé, la religion n'est qu’un prétexte pour engager la guerre“, et on l’admet plus facilement encore que de croire qu'elle puisse vraiment en être la cause ; car, les religions ( tendent toutes à une mesme fin, à sçavoir à la recognoissance etadoration de la divinité? », en sorte que l’antagonisme ne peut apparaître que « pour la diversité des cérémonies. » Mais « la piété est un trop bon arbre pour produire de si mauvais -fruicts, comme sont les rancunes, inimitiez et mesdisances 7. » Et, au cours d’une dizaine de pages d'une rare élévation de pensée 8, Crucé adjure les hommes d'être au moins logiques avec eux-mêmes : « Tandis que nous taschons de monter au ciel
11) LeN CG, p.48.
(2) Le N>G.;'p. 48.
(3) Le N. C., p. 48-49 (4) Le N. C., p:3-4.
GLEN C;3p 50.
(Ge NC Sp: 50:
(ELeN AC DrET.
(8) Le NC, pr 48-50:
par l'ingredient de la Religion, gardons de tomber en une stupi-
dité et inhumanité brutale !. »
VII. — De cette revue, passée par Crucé, des risques de guerre se dégage l'impression qu'il n’a évidemment pas découvert l'impossible moyen d'empêcher matériellement la guerre. Cependant son effort n’a pas été entièrement vain. Il a abouti à montrer qu'il pouvait y avoir un empêchement psychologique,
l'on peut dire, au recommencement des guerres : c'est la volonté ferme et unanime de ne pas les entreprendre. Et si superflue que puisse sembler cette démonstration, elle était cependant utile à une époque où l’existence de certaines situations, l'intervention de certains événements, apparaissaient comme les sources jamais taries de nécessaires interventions armées.
Mais ce qui demeure dans l'esprit est peu propre à gouverner la vie. Il faut réaliser DR cette foi en une paix introublée.
Crucé le fait avec modération et clairvoyance. Il demande aux princes de ne pas vouloir des guerres injustifiées. Or, toutes les guerres sont injustifiées, sauf deux : la guerre défensive et la guerre contre les pirates. Crucé n’est pas un idéaliste aveuglé ? ; il ne demande qu’une chose, tout d’abord, c’est que la raison gouverne le déchaînement de la force; et c’est ce contrôle de la raison qui aboutira à cette suppression absolue, ou peu s’en faut, de la guerre.
Ce résultat étant acquis, il le fixe par le principe qui en est la conséquence en même temps que la garantie : la diminution des armements.
Crucé a ainsi jeté les bases de la paix; mais la paix ne mérite
(DéBesN CAD sr (21 On retrouve même à plusieurs reprises chez lui des manifestations
d’un atavisme guerrier, dont il n'a pas su complètement se débarrasser. VÉCLEUN Cp: 120, 143, 187, 188.