SECTION I. — LA DOCTRINE POLITIQUE
I. — La doctrine politique de Crucé est fort remarquable. Mais nous savons qu'il n’a pas eu le mérite de l’édifier; il a seulement eu la sagesse méritoire, Bodin l'ayant construite, d’en comprendre la valeur, faite de modération, et d’en accueillir, sans presque jamais les retoucher, les détails harmonieusement combinés ?. < 6
Nous n’avons donc qu’à rappeler brièvement ce qu'est le libé-
“ralisme monarchique de Bodin et qu’à signaler les rares dissidences de Crucé.
D'une part, la monarchie n’est pas discutable. « L’authorité Royale ne dépend d'aucun supérieur ? ». D'autre part, le gouvernement doit être « réglé selon les loix de la raison naturelle À ». La souveraineté doit donc appartenir à un roi absolu au regard de ses sujets, dépendant au regard de la justice. Il sera ainsi détenteur de la puissance et de la vertu; son action sera vigoureuse et équitable.
(1) Le N. C.,p. 130-131.
(2) V. supra, p. 56 et 63.
(3) Le N.C., p. 87. — V. aussi, p. 104.
(A Le NEC p;87:
Bodin déduisait de ces idées que le gouvernement idéal est également distant de la tyrannie et de la démocratie. Crucé dirait plutôt qu'il est également différent de l’une et de l'autre, mais plus distant encore de la démocratie qui n’a pour elle ni l'autorité ni la raison, que de la tyrannie qui, du moins, a pour elle autorité.
De la tyrannie, Crucé dit en effet : « Un Empire violent ressemble aux torrents rapides qui ne font que passer, et celuy qui est modéré à ces petites pluyes qui arrousens doucement la terre et durent longuement ! ».
Mais dans la démocratie il trouve encore plus d'excès : «……. Les brigues, corruptions, partialitez et impunitez de crimes sont ordinaires. les plus beaux harangueurs font ce qu'ils veulent, les vertueux sont suspects, les magistrats peu respectez, les factieux advancez, la justice venduë au plus offrant et négligemment administrée ? ».
Il conclut donc : « La tyrannie est fascheuse, je le confesse, mais la fureur et confusion populaire est encore plus à craindre, d'autant qu’ell’ a une cause permanente, à sçavoir l'humeur du peuple. Au contraire, la tyrannie se passe… Il faut donc endurer de telles gens, comme on souffre la stérilité d’une année, en attendant un meilleur temps. Car la vicissitude estant perpétuelle aux affaires du monde, le mal succède au bien, le bonheur à l’adversité, et après l’orage d’un injuste gouvernement, on voit reluire le serein d’un règne doux et paisible $ ».
Le prince légitime, évitant ces deux écueils extrêmes, pratiquera une politique modérée ; la douceur sera son procédé normal, mais la force lui sera un secours exceptionnellement nécessaire : « La douceur est bien requise en celuy qui commande, mais en icelle, comme en toute autre chose, il faut garder médio-
(1) Le N. C., p. 88-80.
(2) Le NC pros (3) Le N. C,, p. 108-100.