‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 63 sur 99 · CHAPITRE III IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE III IT

S'ils sont «sains et dispos », il faut les contraindre à travailler ; idée chère à Crucé et qui trouve ici sa plus normale application. D’ordinaire, le travail ne manque pas: «... Les Princes et les villes ont tousjours affaire des manœuvres et hommes de travail pour bastir, paver les chemins, calfeutrer les vaisseaux, réparer les murailles, ponts et forteresses?. Si le travail venait à faire défaut, il vaudrait mieux encore leur faire accomplir des travaux superflus que de les laisser oisifs3; mais, il est toujours possible de les employer utilement : «.. A ceste fin, les villes bien policées ont des maisons où (elles) retirent les nécessiteux non malades, afin de faire des pépinières d’artisans et d’empescher les vagabonds et faitnéans, qui ne demandent qu’à belistrer ou à voler # ».

Si les pauvres sont au contraire « estropiez, aveugles, vieillards, malades, impotens5 », ou s'ils « ont esté ruinez par les guerres, incendie, et semblables accidens, et sont honteux de mendier 6 », il faut leur faire la charité, sans rien exiger d’eux : « Les aumosnes leur sont mieux appliquées qu’à ces maistres gueux qui n'ont jamais faict autre mestier? ».

« Mais pour dire le vray, ajoute Crucé, il est plus facile d’empescher la pauvreté de venir que d’y remédier quand elle est venuë. Et partant, puisque l'expérience nous apprend que les guerres, procez et imposts envoyent les hommes à l’hostel Dieu, ostons ces trois causes, nous ne verrons point tant de misérables mendians8 ».

Avant déjà parlé de la suppression des guerres et de la réforme des impôts?, il ne lui reste qu’à conseiller la diminution des procès.

(Gi) V. supra, p. 80.

(2) Le N. C., p. 155-156.

GPLENSEMp 156"

(4) Le N. C., p. 156.

to) RLeNN AC MD 5 5:

(6h Le NC. par56:

(7) Le N.C., p. 156.

(8) Le N. C., p. 156-157.

(a) V, supra, Ch. Tet IT. -

II. — Nous avons vu précédemment en quelle faible estime Crucé tient la science du droit !. Sa sympathie est moindre encore etenvers ceux qu'elle fait vivre et envers ceux qu’elle ruine; il n'aime ni les. procureurs, ni les plaideurs. « Tels plaidereaux, dit-il de ceux-ci, devroient estre punis à tout le moins par la bourse? ». Et de ceux-là: Le « mal vient principalement des hommes de pratique qui, soubs prétexte de défendre leurs parties, allongent industrieusement les procez et les veulent rendre immortels, pour ce qu'ils ne vivent d’autre chose 3 ».

En conséquence, il faut abolir « l’office des Procureurs' », exiger que les affaires viennent vraiment à tour de rôle, établir Passistance judiciaire, réduire et clarifier les lois, rendre les magistrats responsables de leurs sentences, diminuer leur nombre, mais veiller à ce qu'ils soient consciencieux et travailleurs et, par ailleurs, bien rétribués®.

C’est surtout cette question du bon juge qui préoccupe Crucé. Il veut « des magistrats qui ayent de l’aage, du jugement, de la constance et preud’hommie, qui ne soient point souffreteux, qui ne se laissent emporter par faveur ny par crainte, en somme qui ne se fassent point prier pour signer une requeste juste, et ne se laissent point amadouër pour en accorder une injuste6 ». On pourrait dire, d’un mot, des âmes d’anges dans des corps d’athlètes.

Et ce ne sont pas encore là des garanties absolument suffisantes. Pour que tant de vertus ne soient pas sujettes à s’abatardir, il sera propice que le prince s'assure par lui-même de l’ardeur professionnelle de ses magistrats : « D'autant que nous ne sommes pas

(1) V. supra, p. 91.

(2) Le N° C; pra.

(3) Le N. C., p.158-150.

(ANLEENSCEpArS0 (5) Le N.C., p. 160-161.

(6) Le N, C., p. 164.

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