CHAPITRE I
Les politiques
La doctrine politique de Crucé est double, nous le savons : elle vise d’abord à l’organisation de la’ paix nationale ; elle vise ensuite à l'établissement et au maintien de la paix internationale.
I. — La politique nationale de Crucé comprend elle-même une partie proprement, politique — le libéralisme monarchique — et une partie plutôt sociale : l’interventionnisme étatique.
L'évolution qui devait se faire au cours des siècles a eu pour résultat de rattacher les préoccupations sociales aux discussions doctrinales en matière d'économie politique, tandis qu’elle soumettait les préoccupations politiques au contrôle, jugé seul probant, des événements eux-mêmes. C’est pourquoi nous avons dû rechercher l'influence sociale de Crucé dans les œuvres des économistes !; et c’est pourquoi nous devons renoncer à trouver dans des livres la continuité vraiment intéressante de son enthousiasme libéral en matière politique?. Les destinées des idées politiques de Crucé ne pourraient être fixées avec un réel intérêt que par l'examen des vicissitudes gouvernementales des xvIr°, XVIIe et xix° siècles. L’aboutissement de ces transformations dans la
(1). V. supra, p. 127 et suiv.
(2} L'ouvrage, déjà mentionné, de Burle Réal de Curban — La science du gouvernement — doit cependant être signalé comme reprenant nombre des opinions de Crucé. L'auteur, nous le savons, avait eu connaissance du Nouveau Cynée (supra, p. 11}. En matière de politique extérieure, Réal de Curban admet, au contraire, la légitimité de la guerre (V. en particulier T;: V., p. 363 et suiv.).
révolution et dans l'établissement du régime démocratique, non seulement en France, mais dans le monde presque tout entier, nous apprendrait par sa quasi-unanimité que l'avenir n’a donné raison qu’à l'une seule des attentes de Crucé. Il voulait une habile combinaison de l’autorité et de la raison, c’est à dire un gouvernement qui conservât la force pour la mettre au service du droit. Une tendance très certaine de l’époque actuelle est la poursuite du droit seul ; la force étant écartée, en tout état de cause, parce qu’elle rappelle des crimes et qu’elle en fait redouter. Mais les solutions extrêmes, qu’elles le soient en bien ou en mal, ne durent pas plus que l’occasion qui les a dictées. Les solutions moyennes, au contraire, qui puisent leur force dans des milieux divers, riches d'énergies différentes, portent en elles une garantie de stabilité et de durée, en même temps que de logique et de pondération. Il est à regretter qu’à des conceptions trop radicales n'ait pas été préférée celle que la sûreté de son jngement faisait proposer à Crucé. Le bon gouvernement, disait-il, n’est ni celui du tyran, ni celui du peuple ! ; il est celui qui concilie les énergies vraiment saines de ces deux prétentions exagérées ; il est celui qui est puissant avec discernement et qui est raisonnable avec autorité. +
Mais, cette recherche des démentis ou des confirmations, donnés par les siècles postérieurs à la doctrine de Crucé, nous ne saurions l’entreprendre avec le légitime espoir d'y mettre en lumière quelques mérites nouveaux pour lui. Elle constitue, nous l’avons vu, la partie la moins personnelle du Nouveau Cynée. La gloire ou la critique serait tout entière à l'adresse de Bodin. À Crucé n'est dû que l'éloge de s'être entièrement inspiré de ce dernier, en une matière qu'il sentait ne pas devoir traiter avec autant de maîtrise que lui.
IT. — C’est donc l'influence et le sort de la seule politique internationale de Crucé qui doivent nous retenir ici. Nous tou-
QG) V supra, p. 110 et suiv.