‹ Un Plan de Paix Générale et de Liberté du Commerce au XVIIe SiècleChapitre 86 sur 99 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ment avant la publication du Catholique discret en 1664, Charles Sorel a rappelé aux mémoires oublieuses que le Nouveau Cynéea jadis donné « des avis pour établir une Paix générale! » et cette humble mention a pu suffire à mettre le théologien allemand sur la voie du théologien français.

Remarquons que l’idée même des abus dans les bénéfices ecclésiastiques existe déjà chez Crucé. Mais évidemment ce qui s’y rencontre dans toute sa force, c’est le principe d’une cour d’arbitrage international, située dans une ville proche des nations intéressées. Si pour le prince de Hesse ce centre pacifique doit être Lucerne et non plus Venise, c’est que, pour lui, les nations intéressées ne sont plus celles du monde tout entier, mais celles seulement du monde catholique. Il est remarquable de constater que, tandis que Crucé embrasse dans sa construction les puissances de toutes religions, Grotius et Sully ne comprennent plus dans les leurs que les puissances chrétiennes, ‘et le prince de Hesse enfin restreint la sienne aux puissances catholiques.

L'ampleur, étonnamment grande et profondément rationnelle, des vues de Crucé n’est maintenue par aucun, même après qu’il en a donné l'exemple. Et ce qui frappe déjà sur un point particulier, apparaît à l'évidence quand on compare, au fond, les différents systèmes.

IV. — Crucé a construit avec maîtrise et perspicacité. Ses contemporains ont manqué de l’une et l’autre qualité. Celui qui en est évidemment le moins dépourvu, c’est Sully ; mais c’est lui aussi qui paraît avoir subi avec le plus d'intensité l'influence de Crucé, en sorte que sa propre valeur n’est qu’un argument de plus en faveur de la supériorité de ce dernier.

D’autres noms encore pourraient être relevés parmi ceux des contemporains de Crucé ou de ses successeurs immédiats, qui ont représenté, avec une conviction ou un retentissement moindre,

(1) V, supra, p. 10.

les idées pacifistes au xvn° siècle. Mais leurs doctrines, moins certaines où moins révélées, ne permettent pas avec celle de Crucé une comparaison indicatrice de leur parenté. Nous ne ferons qu’en signaler quelques unes.

En 1624, un an après la publication du Nouveau Cynée, Neumayr fait paraître à Léna ses projets en faveur de la paix — Won Friedens Handlungen ! —, dans lesquels le principe de discussion est présenté comme devant détrôner la guerre.

Vers 1625, un ministre d'état, demeuré anonyme, donne le Caton du Siècle ?, qui est rempli de conseils en faveur du maintien de la paix. Et, dans les années qui suivent, le Mercure Français publie le long Discours de l'Estat de tous les Princes Chrétiens *, où son auteur supposé — le père Joseph — imagine à son tour d'introduire la paix permanente dans la chrétienté. Plus tard, on prêtera des vues semblables au cardinal Alberonit. Mais avant lui, il est un dernier personnage, plein de pittoresque et d’opinion plus certaine, qui ne doit pas demeurer oublié: c’est l'anglais Guillaume Perm.

Son œuvre; qui seule nous intéresse ici, paraît en 1693. Elle a pour titre : Essai sur la paix tant pour le présent que pour Pavenir®. La largeur et la pénétration des vues, la volonté de trouver une solution pratique et viable rappellent la manière de Crucé. Mais, des solutions très personnelles accusent en Perm, plutôt

qu'un disciple de Crucé, un témoin de l’évolution qui s’est

accomplie dans les idées en soixante-dix ans. Perm est plus scientifique que Crucé. Il demande la constitution d’une diète générale, composée de députés de tous les gouvernements d'Europe. Cette assemblée s’efforcera, d’abord, de formuler les règles du droit international; après quoi, elle les appliquera aux conflits

(1) Vesnitch, Rev. d'histoire diplomaliq., 1911, p. 76.

(2) V. Vesnitch, Jbid., p. 76.

(3)-V. Vesnitch, Jbid., p. 76.

(4) V. Vesnitch, /bid., p. 59-60.

(5) V. de Beaufort, Rev. d'hist. diplomatiq., 1902, p. 356-357.

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