CHAPITRE II
tantôt présenté comme étant composé de quarante membres, et tantôt comme en comptant soixante-six !. Sully a trop ou trop peu compris Crucé.
IT. — L'année même où parut le Nouveau Cynée — 1623 — naissait à Cassel celui qui devait être connu plus tard sous le nom du landgrave Ernest de Hesse-Rheinfels. Leibniz qui, à propos du projet de labbé de Saint-Pierre, recherche quels furent ses devanciers et qui se rappelle l’œuvre de Crucé ?, mentionne encore un livre de ce prince allemand — le Catholique discret —, dans lequel celui-ci « raisonnoit, nous dit-il, librement et souvent très judicieusement sur les controverses Théologiques » ; et il ajoute : « Il y avoit dans cet Ouvrage un Projet approchant de celui de M. lPAbbé de Sainta TRE)
Le livre auquel il est fait allusion date de 1666. Son titre complet ne comporte pas moins de dix lignes", que M. Nys résume en ces termes : « Le catholique sincère et discret, ou discours des sentiments, idées, réflexions raisonnables, libres et modérées sur état actuel de la religion dans le monde, par une personne qui est fermement attachée au catholicisme romain 5 ».
(1) Pfister, Jbid., n° 112, p. 317. — Econom. royales, Edit." Michaud, IT, 217 et 350.
CAPSSupDra po:
(3) Recueil de diverses pièces. op. cit.,t. Il, p. 356.
(4) Der so warhaffte als ganz aufrichtig und discrel-gesinnte Calholischer, d. i, Traclal oder Discours von einigen so ganz raisonablen und freyen als auch modernlen Gedancken, Sentimenten, Reflexionen und Conceplen über den heuligen Zustand der Religions-wesens in der Well : durch eine der Rümisch- Calholischen Religion mit Mund und Herzen redlich zugelhane Pershon, also aufgeselzt und verfasst, alles alleinig zu grôsseren Ehren Golles des Allmächligen angesehen. Non nisi Bonis placere cupio. Beali qui esuriunt el sitiunt ‘usliliam, d. i‘welche gern sehen das alles zu Gotles Ehr und fein der Raison nach in der Weli hergienge. Gedruckt in einen. solchen Sladt daselbsten es an Calholischen Kirchen gewiss nicht ermangelt.
(5) Etudes de droit international et de droit politique, op. cit., p. 307, note 1.
L'œuvre est, dans son ensemble, consacrée à dénoncer les
abus religieux, à combattre les richesses du clergé, à réclamer des réformes, dont l’ajournement justifie, aux yeux de ce protestant converti, le refus des protestants de rentrer dans le sein de PEglise catholique. Mais elle s'achève, en effet, par un projet de paix perpétuelle et un plan de cour d’arbitrage.
Le landgrave de Hesse-Rheinfels propose que les princes catholiques se forment en une « société des Souverains ». Il envisage la création d’un tribunal international, qui siégerait à Lucerne, ville peu distante des deux grandes puissances catholiques : PAutriche et la France. Mais, sur ce projet d'égalité internationale, s’en greffe un autre, de prépondérance impériale, qui diminue singulièrement la portée du premier, si même il ne l'anéantit pas complètement !.
Crucé a-t-il contribué à former les idées du prince de Hesse ? L’affirmative est ici plus douteuse.
Cependant il convient de relever, plus encore que dans l’œuvre de Grotius faite de préoccupations au moins voisines, cette apparition inattendue d’un plan de paix dans l’œuvre allemande, essentiellement consacrée à l'étude de questions religieuses. Cette nouvelle orientation subitement prise s'accorde aisément avec hypothèse d’une influence extérieure puissante, qui a pu contraindre l’auteur.
Sans doute, cette influence peut-elle être autre que celle de Crucé lui-même ; elle peut être, par exemple, celle de Grotius, dont l’œuvre, écrite en latin, doit être plus accessible à l’auteur allemand. Mais comment imaginer cependant que les brèves lignes visant l'arbitrage, perdues au milieu du long traité du Droit de la guerre et de la paix, aient su précisément atteindre et impressionner un esprit non préparé à de semblables méditations ?
Le plaidoyer si chaud de Crucé est autrement fait pour éveiller l'attention et solliciter la sympathie. D'ailleurs, deux ans seule-
(2) Nys, /bid., p. 308.