SECTION 2. — ÉPOQUES SUBSÉQUENTES
Si les travaux poursuivis en faveur de la paix à partir du xvuIe siècle ne devaient que nous confirmer dans la certitude que Crucé n’en a été pour rien l’inspirateur, il nous suffirait de l’affirmer d’un mot. Mais leur étude, qui ne nous amènera pas à cette conclusion absolue, nous forcera à reconnaitre, pour le moins, que toutes les grandes idées dominant l'établissement d’une cour internationale d’arbitrage sont déjà dans le Nouveau Cynée.
Les principes les plus sûrs, les propositions les plus viables, parce qu’étant les plus rationnelles et les plus pondérées, sont affrmés par lui, sans qu'aucun perfectionnement d’ordre général soit venu les transformer. Crucé à spontanément atteint la vérité
(1) D'autres noms encore auraient pu être signalés, tels ceux de Gustave- Adolphe, William Temple, William Perm, Liiienfels, etc... V. pour plus de détails Balch, L'’évolut. de l'arbitrage inlernat., op. cil., et Vesnitch, Aev. d'hist, diplomaliq., 1911, p. 76.
dont, le premier, il poursuivait la fuyante et, semblait-il, insaisissable image. On l’a répété, on ne l’a guère dépassé. C'est qu'il avait eu une vision singulièrement perspicace dès l’abord, et que ne pas adopter son opinion, c'eut été le plus souvent embrasser une opinion fausse. -
L'idée de l'arbitrage s'étant fortifiée et répandue, aux exposés .doctrinaux ont commencé à succéder les tentatives de fait. De sorte que, pour l’époque moderne, c’est dans une double voie que nous devons comprendre quel grand précurseur fut Crucé.
Il nous suffira, pour nour en convaincre, de passer rapidement en revue, d'une part, les principales constructions théoriques ; d'autre part, les plus fameuses réalisations pratiques. Nous négligerons les rêves les plus indécis, ceux des Chateaubriand ou des Lamartine, des Michelet ou des Victor Hugo, comme nous avons naguère négligé ceux d’'Homère ou d’Aristophane, de Lucrèce ou d’Ovide, et plus récemment ceux même de Fénelon!. Et nous délaisserons pareillement les arbitrages particuliers, pour ne retenir que ceux qui eurent où qui s’'apprètent à avoir une ampleur véritable, semblable à celle qu'avait conçue Crucé.
A. — Constructions théoriques
[. — Le premier nom que nous ayions à citer ici est celui de l’homme qui personnifie le plus couramment l’idée de la paix perpétuelle, et aussi le caractère utopique des entreprises qui la poursuivent : c’est Charles-[rénée Castel, abbé de Saint-Pierre ?, Et ce double jugement se fonde, avec quelque logique, sur le retentissement, recherché et obtenu par son œuvre, et sur l'échec des solutions qu’elle proposait. Parmi tant de sarcasmes ironiques, comme ceux du cardinal Fleury, ou d’invectives méchantes,
(1) 11 convient de rappeler que chez Fénelon comme chez Crucé, les vœux pacitistes étaient liés à des vœux libre-échângistes. V, supra, p, 131.
(21 V. De Molinari, L'abbé de Saint-Pierre, Paris, 1857. — Goumy, Ælude sur la vie elsur les écrits de l'abbé de Saint-Pierre, Paris, 1859.