toute heure qu'il fait grans boues
Dameival.
LE GRÂNT GARDE DERRIÈRE
Glose» — Et i*ai gardé la crotte que je rapportais, comme une relique ; elle surexcitait mon amour. J*ai fait bien d'autres folies et je ne les regrette pas ; seulement je suis bien pauvre, mes souliers s'usent et je crains les moqueries des gens.
7. Laisser la faut, si hardi qu'on la frotte. Quant elle chet, je la mets en reliques Soigneusement, — car c'est la sainte crotte Qui fait miracles sur les paralitiques.
Je m'en rapporte à ma dame de Cliques, Qui l'entend bien, ainsi comme l'en dit.
Elle viendra, se dieu plaist, au lendit.
8. Je ne me plains que des souliers que j'use, Dont il me faut avoir plus dru que paille ; Des froides nuits, ne du temps que je muse A marmouser I — ne me chaut d'une maille.
Je ne feroye aussi bien rien qui vaille,
Et si espère une fois recompense.
S'il plaist à Dieu, mais je crains la despense.
Ms. 8. 7. Si.
Notes. 7. Il n*est huy bruit que de tel gent Pour tirer et abatre argent.
Damerval. Des porteurs de pardons et de reliques.
8. Afin qu'ils n'usent leurs soliers Ils ne hobent de leurs maisons.
Damerval .
Se j'y perds temps, seuUet à moy Et non autre en est deu le blasme.
Rondeau xv« siècle.
9 . Mais savez-vous, — quant on m'a bien tensé, Ou qu'on me tient les termes de danger Et j'ay un peu sur mon fardel pensé, II m'est advis qu'on me veuille estranger.
Car femmes sont si prestes à changer.
Que le Cochet du clocher Nostre Dame Ne change pas si souvent par mon âme.
10. Que fait le fol? — ah, il faut qu'on le sache : Quant il se voit un petit rabattu, Il pique barre — pleurant comme une vache Plus fondement que qui l'aroit battu.
Se qui que soit lui demande: qu'as-tu?
Ne qui te meut à ainsi lermoyer ?
Il respondra : mon cousin mourust hier.
Close. — Tout cela n'est rien; mais, savez - vous quand doux accueil de la part de ma dame fait place à dureté et que j'ai cru comprendre , après y avoir pensé qu'elle me veut rebuter, — oh alors je fonds en larmes, je m'envais en courant comme un fou et je ne sais plus ce que je dis aux gens que je rencontre.
Notes. 9.
C'est folie d'y faire mes affûts, Car peu de chose voulentiers les estrange ; Donc qui les suit est aveugle et confus, Quand vont toutes et si souvent au change.
Ballade xy* siècle.
10. Ou lac de larmes très parfond Mon povre cueur se noyé et fond, La le deffont Désespoir et mérencolie.
Vaillant.
LE GRANT GARDE DERRIÈRE
Giose. — De sommeil il n'en est pas question. Pourtant il fout bien aller se coucher. Mon lit est une botte de paille dans une écurie; là je me tiens la nuit, tout près des chevaux, moi " même, une pauvre bête harassée par ses pensées. Dès le matin, après une toilette des plus expéditives, je vole vers la maison de la belle ; et, si elle me sourit, je suis gai comme un pinson et brave comme un paladin.
11 . En ce pensert en ce terrible soin Coucher me faut, pour faire la manière, Non pas en lit ! — sur du feurre ou du foin Près des chevaux, tout plat sur la litière, Et là me tiens la belle nuit entière
A tout le bast, poure beste esgarée, Comme un cheval à chasseur de marée.
12. Quant il est jour, il ne me faut qu'escourre; Vez me là prest comme un beau chandelier, Et par ma foy, je ne cesse de courre Jusques je soye dont je me partis hier ;
Et se l'en veut un peu me festier.
Je passe tout pour un outre- volant,
Car tout du moins je cuide estre un Rolant.
Ms. 11. C. A tout le bas.
Notes, il. Et quand souvent au resveiilier
J'ay fait des chasteaux un millier En Espagne ou ailleurs sans doute, - Qui saroit que une heure me couste Bien se devroit esmerveiller:
Des quatre nuits les trois veillier, Et la quatrième sommeillier.
Rondeau zt* siècle.
12. Gens d'un courage trop vaillant Aussi hardis comme un Rolant.
Damerval.
13. Lors n'ay je membre, dont je ne m'esvertue, Je suis tant aise que je ne scay que faire :
Je ris, je danse, je saute, je me tue,
Je fais des tours ce jour plus de cent paire. Or est le bon I car j'en cuide mieux plaire, Et m'en contente à mon povre lourdois; Car c'est bien fait, au moins pour si lourds doigts.
14. Et s'il advient par un cas de meschief Que surviengne qui que soit qui mieux plaise. Bien recueilli ! — vez me là derechief Tout abattu I — Dieu sait que je suis aise.
Se qui que soit ne vient qui me rapaisê.
Heure n'attens, ne terme ne respit.
Je broue au large et m'en vois par despit.
Glose. — > Je fais de mon mieux pour me rendre agréable.
Est-ce que je réussis à plaire? Eb, je donne ce que j*ai, qu'on n'en demande pas davantage.
Courts instants de bonbeur, un autra visiteur vient Je me trouve placé au second rang, et bumilié, je file, par dépit.
Notes. 13. En lourdois pour vous vouloir plaire Guidant le mieux du monde faire, Il semble que vous ay coursée.
Rondeau xv* siècle.
14. Je me courrouce, je m'appaise Et en parlant, faut que me taise, Je me plains, je ris, je souspire, * Je ne me puis veoir à mon aise .
Rondeau zv* siècle.
LE GRANT GARDE DERRIÈRE
Glo8e. — Je me rends ridicule, je le sais bien; elle se moque de moi derrière mon dos; du haut de sa grandeur elle excusera la brusquerie de mon départ par mon ignorance des usages du monde. Ah laissezmoi être homme du monde au milieu de la compagnie pour pouvoir parler de modes, et souffrez que je sois gueux avec vous dans une chambre bien close ; alors vous ne vous plaindriez - pas de mon manque de manières.
15. Mais qu'a elle à faire, ce dis-je en m'en allant, De mes despits? Par Dieu, pas d*un festu.
S*on lui demande : qui est il ce galant, Qui est ainsi sur le mince vestu?
Hélas, dit-elle : — Il est un peu testu, Pardonnez luy, s'il est ainsi soudain, Il tient à ce, qu'il est trop peu mondain.
16. Se mondain fusse, comme il appartenist Pour blasonner chaperons et atours, Et que le gueux une heure à part tenist Celle qui tant luy fait faire des tours.
S'il y avait ou chambres ou destours.
L'en cognoistroit et bien legièrement Qu'il ouvreroit assez niondainement.
Ms. 15. 1. se.
Notes. 16. Ha, povre perdu, que fais tu ?
Combien que sois de uoir vestu.
Rien ne le vaut :
A ta dame, par Dieu, n'en chaut Pas d'un boutonne d'un festu.
Vaillant.
17. Quelque povre homme que je soye, Se ma dame tenir povoye Entre mes bras dedans un lit, J'abandonne qu'on me pendist Se bientost sa grâce n'avoye.
Rondeau xv« siècle.
llUaUiamÊÊÊJ'i
17. Quant j'ay fumé environ un quart d'heure. Je m'en vois veoir se tout s'en est allé,
Et se celuy qui si fort me ceurt seure,
A point depuis advisé le pelé ;
Se je l'y treuve encores attelé,
Je le maudis pour toute la semaine,
De maie rage et de fièvre quartaine.
18. Car je voudroye par le sang que Dieu fist Qu'il fust pendu ou ars ou escorché.
Combien vray ement qu'onques ne me meffist, Mais mal me fait qui ceurt sur mon marché.
Quant un autour son gibier a marché,
Ce n'est raison qu'un buisart le luy toile :
Arrière escoufle, depuis que l'autour vole.
Glose. — Mon impatience me fait remonter chez la belle apr^s quelques minutes, pour voir si le visiteur s'en est allé déjà. Quand je le retrouve encore làje le maudis quoique je ne le connaisse guère. Je n'aime pas qu'un autre se mette en travers de mon chemin. La vile engeance n'a que voir là où un homme de ma valeur (ne riez pas, pour Dieu) est occupe.
Ms. 17. 5. luy. — 18. 2. Qui.
Notes. 17. Quand je voy quelqu'un qui vous baise Ou qui avecques vous devise, Pensez ma dame que tant prise, Se je suis à Teure bieu aise.
Rondeaa xy* siècle.
18. Mais votre oisel, qui bon vol a Pourtant ne Taura davantage :
8e ne m'en croyez, vêla gage ! —
Rondeau zv« siècle.
LE GRANT GARDE DERRIÈRE
Glose. — Mais 19.
quand il est parti, ab, comme je reprends mes bonnes habitudes de l'entretenir et de faire Taimable. Elle me parle et me parle; je ne distingue pas trop le sens de ses paroles; il se peut qu'au fond elle se moque de moi. Mais oo qu'est-ce que cela méfait; je suis heureux, en paix avec tout le monde, jus- Iqu'au )i)0ment ou de nouveaux visiteurs viennent interrompre ma félicité.
S'il est parti, et qu'on ne puisse mieux, Lors suis je en jeu» lors revien je en office, Et Dieu sache se je suis gracieux, Car il n'est rien que pour elle ne feisse.
Elle dit rage, mais je suis si novice Que je n'ay pas le sens de concevoir, S'elle me ment ou s'elle me dit voir.
Lorssuis je en bruit, — lors ay je l'audience, Lors ay tout bien, — lors suis je en paradis, Lors est en paix toute ma conscience ; Pleust ores à Dieu, qu'ainsi feusse toudis !
Et tout soudain arrive plus de dix, Que d'uns et d'autres, qu'il faut entretenir ; Mal ait celuy qui les y fait venir î
Notes. 19. Bien scay qu'elle a grand appétit, A l'un parle, à l'autre sourit, Puis ça, puis là, fait les doux yeux, Mais c'est pour bien, car après eux El m*entretient et me souffit.
Rondeau zt« siècle.
20. Vous les voudriez tous alfollés De vous, puisqu'il faut que le die.
Rondeau zv* siècle.
21 . Maudits soient-ils, je ne les aime point, Pleust ores a Dieu, qu'ils fussent tous pendus, Tant viennent-ils maintenant mal à point :
Parleur venue sont mes fais suspendus.
Au fort ce sont tous nouveaux descendus .
Mais tant pis vaut. — Savez qu'il en sera ?
L'un de ces dix, le bout me baillera.