‹ Un portrait russeChapitre 129 sur 143 · UN PROVERBE RUSSE · texte numérisé non relu

UN PROVERBE RUSSE

Un petit Elzévir de 1630 renferme des détails curieux sur la condition des femmes, sur le gouvernement et les mœurs de la Russie et de la Tartarie à cette époque. J'en donne l'extrait suivant qui concerne le proverbe: «Bats ta femme comme ta pelisse et aime-la comme ton âme.» La condition des femmes est trèsmisérable; on ne croit pas qu'aucune soit honnête et pudique, si elle ne vit retirée au point de ne jamais sortir. En restant à la maison, elles filent, elles tissent de la toile, et ne prennent jamais nulle autorité sous le toit de famille. Bien battues par leurs maris , elles se plaignent rarement; au contraire, elles appellent cela une preuve d'amour. (P. 66.)

«Les femmes, sévèrement retenues à la maison et vouées à une longue captivité sont dignes encore de plus grands maux: on les dit si abaissées dans la servilité que c'est à n'y pas croire. Elles mesurent la bienveillance de leur mari envers elles sur le nombre des

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coups qu'elles en reçoivent: à leur avis, elles ne sont jamais mieux traitées que lorsqu'elles sont tombées sur des caractères cruels. Un homme du peuple de la race germaine, était passé en Moscovie, et si le nom peut intéresser dans une si petite chose, il s'appelait Jorda. nés. Il se fixa dans ce pays; et, comme le séjour lui plaisait, il s'y maria aussi. Il aimait sa femme, et par toutes sortes d'égards, il lui témoignait une aflfection sincère. Pour elle, triste, les yeux baissés, elle s'échappait fréquemment en sanglots, et donnait les autres marques d'un cœur affligé. Enfin son mari lui ayant demandé la cause de son chagrin, protestant qu'il ne savait pas en quoi il avait manqué aux devoirs de l'amitié: «Pourquoi, répondit la femme, ah! pourquoi feindre si bien l'amour? Penses-tu me cacher combien je suis vile à tes yeux?» et en même temps elle se mit à pousser de grands gémissements. L'homme étonné, embrassa sa femme en pleurs, persistant à loi demander s'il l'avait oflFensée, l'assurant que si par hasard il avait eu des torts, il les réparerait. Elle s'écria alors: «Mais où sont les coups par lesquels tu m'as appris à t'aimer? C'est surtout de cette manière-là chez nous que les maris montrent leur attachement et leur sollicitude pour leurs épouses 1» Entendant ces paroles, Jordanès fut si stupéfait qu'il ne put d'abord rire; mais bientôt l'hilarité et Tétonnement s'évanouirent; il pensa que c'était de son devoir de traiter sa femme comme elle le lui avait prescrit, et bientôt après, il saisit le prétexte de l'assommer. Cette femme apaisée par le fouet se mit à aimer sincèrement et à respecter son mari. Celui-ci ne garda pas de mesure ; mais déjà plus féroce que sa

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